Selon la Bible, après le Déluge, les humains parlaient une seule langue et utilisaient les mêmes mots. Ils arrivèrent dans la région de Shinéar, généralement associée à la Babylonie, et décidèrent de bâtir une ville avec une tour « dont le sommet touche le ciel ».
Dieu descend pour voir la ville et la tour. Constatant l'unité et la puissance collective des bâtisseurs, il brouille leur langage afin qu'ils ne se comprennent plus. Les hommes cessent alors la construction et sont dispersés sur la terre. Le lieu reçoit le nom de Babel, parce que Dieu y a « confondu » le langage des humains.
Dans le texte biblique, Babel est rapproché d'un jeu de mots hébreu avec l'idée de confusion des langues. Historiquement, Babel correspond à Babylone. Le nom babylonien est souvent expliqué par l'akkadien Bab-ilu, c'est-à-dire « porte du dieu » ou « porte de Dieu ».
Le récit joue donc sur deux niveaux :
La Tour de Babel est associée à la terre de Shinéar, identifiée à la Basse Mésopotamie. Beaucoup de chercheurs rapprochent ce récit d'un grand sanctuaire à degrés de Babylone : la ziggourat Etemenanki, dédiée à Marduk.
Cette ziggourat était un monument réel. Elle a souvent été présentée comme le meilleur candidat historique ayant pu inspirer le récit biblique. On la liait au grand centre religieux de Babylone.
Sur le plan religieux, la Tour de Babel appartient au récit biblique. Sur le plan historique et archéologique, on ne dispose pas d'une preuve montrant qu'une tour exactement décrite dans la Genèse a existé sous cette forme.
En revanche, on sait que la Mésopotamie possédait de grandes ziggourats, c'est-à-dire des tours-temples construites en briques. Le lien le plus souvent évoqué est celui avec Etemenanki, à Babylone.
La Tour de Babel n'est pas seulement une histoire d'architecture. C'est surtout un récit sur :
Le texte est souvent lu comme une critique de l'hybris : l'humanité veut s'élever trop haut, maîtriser son destin absolu et construire un pouvoir total. La confusion des langues casse cette unité forcée.
Dans la tradition biblique, Babel explique pourquoi il existe plusieurs langues. C'est donc un récit des origines, parfois appelé récit étiologique : il raconte l'origine d'un phénomène du monde.
On peut le lire de deux manières :
Aujourd'hui encore, l'expression “c'est Babel” évoque un lieu où tout le monde parle sans se comprendre, dans un grand bruit ou un grand désordre linguistique.
Le choix d'une tour est important. Dans l'ancien Proche-Orient, les ziggourats reliaient symboliquement la terre et le ciel. Elles avaient une fonction religieuse et monumentale.
Le détail des briques cuites et du bitume dans le texte correspond bien au contexte mésopotamien, où la pierre était moins disponible que dans d'autres régions. Ce détail donne au récit une couleur locale forte.
La Tour de Babel est souvent interprétée comme l'image d'une humanité unie dans un mauvais projet. L'unité n'est donc pas bonne en soi ; tout dépend du but poursuivi.
Dans le christianisme, certains voient un contraste entre Babel et la Pentecôte : à Babel, les langues divisent ; à la Pentecôte, des personnes de langues différentes entendent un même message.
Des lectures modernes voient dans Babel une critique :
Le récit est aussi utilisé pour penser la mondialisation, les réseaux, les difficultés de communication, ou encore la tension entre unité et diversité.
La Tour de Babel a inspiré de très nombreuses œuvres. La représentation la plus célèbre est probablement celle de Pieter Bruegel l'Ancien, au XVIe siècle, où la tour ressemble à une construction gigantesque, spiralaire, presque impossible à achever.
En peinture, en littérature, au cinéma ou dans les jeux vidéo, Babel devient souvent le symbole de :
La Genèse ne donne pas de hauteur précise de la tour, ni de plan détaillé, ni de nom d'architecte. Elle ne parle pas d'un effondrement spectaculaire de la tour dans le passage biblique lui-même. Le cœur du récit n'est pas l'écroulement matériel, mais la rupture de la compréhension mutuelle.
Plus tard, des traditions, commentaires et récits populaires ont ajouté d'autres détails, parfois très imaginatifs, sur la taille de la tour ou son destin.
La Tour de Babel est une histoire biblique dans laquelle les hommes, parlant une seule langue, veulent construire une ville et une tour gigantesque à Babylone. Dieu brouille alors leurs langues, ce qui arrête le chantier et disperse les peuples. Le récit explique symboliquement l'origine des langues et dénonce l'orgueil humain.