Transport aérien supersonique · 1976–2003
« Le seul avion de ligne au monde à voler à Mach 2 » — 100 places, 3 500 km/h, 60 000 pieds.
Le projet Concorde naît en 1962 d'un accord de coopération franco-britannique entre Sud Aviation (devenu Aérospatiale) et la British Aircraft Corporation, avec la participation des motoristes SNECMA et Rolls-Royce. Son nom, choisi après un débat diplomatique, symbolise la concorde entre les deux nations — et entre l'homme et la vitesse.
Le premier vol d'essai a lieu le 2 mars 1969 à Toulouse, piloté par André Turcat. Les vols commerciaux débutent simultanément le 21 janvier 1976 sur les lignes Paris–Dakar–Rio de Janeiro (Air France) et Londres–Bahreïn (British Airways). La ligne Paris–New York — la plus emblématique — est inaugurée en novembre 1977.
Au total, 20 appareils sont construits : 6 prototypes et avions d'essai, 14 exemplaires de série. Seulement 14 entrent en service commercial, exploités exclusivement par Air France (7) et British Airways (7).
| Constructeurs | Aérospatiale / BAC |
| Motorisation | 4 × Olympus 593 Mk 610 (SNECMA / Rolls-Royce) |
| Poussée unitaire | 169 kN avec postcombustion |
| Envergure | 25,6 m |
| Longueur | 61,66 m |
| Hauteur | 11,4 m |
| Masse à vide | 78 700 kg |
| MTOW | 187 700 kg |
| Capacité carburant | 119 500 L de kérosène |
| Rayon d'action | 7 250 km (avec 100 pax) |
| Vitesse max | Mach 2.23 (2 380 km/h) |
| Vitesse croisière | Mach 2.04 (2 179 km/h) |
| Altitude croisière | 15 000 – 18 300 m |
| Paris–New York | 3 h 30 min (vs 8 h en avion classique) |
| Aile delta | Ogive double courbure (Ogee wing) |
| Nez basculant | 12,5° à l'atterrissage (Droop Snoot) |
| Pressurisation | Équivalente à 1 800 m d'altitude |
| Dilatation thermique | +25 cm à Mach 2 (échauffement cinétique) |
| Température fuselage | +127 °C en croisière |
| Prix billet (2003) | ~7 000 USD l'aller simple |
Le 25 juillet 2000, le vol Air France 4590 décolle de Paris-CDG à destination de New York. Lors du roulage, une lamelle métallique perdue par un DC-10 de Continental Airlines crève un pneu. Un débris de caoutchouc percute à haute vitesse le réservoir de carburant du Concorde, provoquant une fuite et un incendie catastrophique. L'avion s'écrase à Gonesse (Val-d'Oise), tuant 109 passagers, 9 membres d'équipage et 4 personnes au sol.
Au-delà de l'accident, plusieurs facteurs expliquent l'arrêt définitif en 2003 : le coût exorbitant de maintenance de la flotte vieillissante, la chute du trafic affaires post-11 septembre 2001, le refus d'Airbus (successeur d'Aérospatiale) d'assurer le support technique, et la rentabilité structurellement dépendante d'une clientèle d'affaires de plus en plus restreinte.
Note technique : L'accident a conduit à des modifications majeures : revêtement Kevlar des réservoirs, nouveaux pneus en mousse expansive, modification des nacelles moteurs. Ces améliorations auraient pu prolonger le service, mais les opérateurs ont préféré cesser l'exploitation.
Concorde reste à ce jour le seul avion de ligne supersonique commercial à avoir transporté des passagers de façon régulière et durable (le Tupolev Tu-144 soviétique n'a opéré que quelques mois en 1977-78). Son bilan : plus de 50 000 heures de vol commercial, 2,5 millions de passagers transportés, et un record de traversée de l'Atlantique de 2 h 52 min 59 s (en 1996, avec vent favorable).
Ses innovations ont irrigué toute l'aéronautique moderne : les techniques de gestion thermique, les matériaux composites haute température et les études d'aérodynamique supersonique civile trouvent encore des applications aujourd'hui.
Plusieurs projets cherchent à lui succéder : le Boom Supersonic Overture (Mach 1.7, 64–80 passagers), prévu pour un service commercial vers 2029, le NASA X-59 QueSST (vol silencieux à Mach 1.4), et des projets d'avions d'affaires supersoniques comme l'Aerion AS2 ou le Spike S-512.
La principale contrainte reste le bang supersonique (boom sonique), interdit au-dessus des terres habitées, qui limite économiquement ces appareils aux liaisons transocéaniques. Les recherches actuelles portent sur sa réduction ou son élimination.