Baril de pétrole159 litres qui font tourner le monde
Unité standardisée en 1866, le baril reste le repère économique et géopolitique central de l'énergie mondiale — et le thermomètre de la transition qui s'amorce.
1Définition
Le baril de pétrole est à la fois une unité de volume et un repère économique majeur de l'industrie énergétique mondiale. Dans le langage courant, « le prix du baril » désigne le cours du pétrole brut sur les marchés internationaux.
Un baril de pétrole (barrel, symbole bbl) = 42 gallons US = 158,987 litres ≈ 159 L. C'est une unité de volume, pas de masse ; la masse d'un baril varie selon la densité du brut (typiquement 115 à 140 kg).
On distingue trois sens courants :
- Le baril comme unité physique pour mesurer production, transport, stockage.
- Le baril comme indicateur économique (cours Brent, WTI, OPEP basket).
- Le baril comme contenant physique historique, aujourd'hui remplacé par pipelines, pétroliers et cuves.
2Histoire de l'unité
- 1859 — Edwin Drake fore le premier puits commercial à Titusville (Pennsylvanie). Le pétrole est stocké dans des tonneaux de whisky et de poisson.
- 1866 — Les producteurs de Pennsylvanie standardisent à 42 gallons le "oil barrel", en s'inspirant du tierce, unité anglaise du XVe siècle.
- 1872 — Adoption officielle par le Petroleum Producers Association.
- 1882 — Standard Oil de Rockefeller contrôle 90 % du raffinage US, impose le baril comme référence mondiale.
- 1960 — Création de l'OPEP à Bagdad ; les prix sont fixés en dollars par baril.
- 1973 — Premier choc pétrolier : le baril passe de 3 à 12 $ en quelques mois.
- 1983 — Lancement des contrats à terme WTI au NYMEX. Le baril devient actif financier.
- 20 avril 2020 — Krach Covid : le WTI plonge à -37,63 $ le baril (prix négatif historique).
3Du brut aux produits
Un baril de pétrole brut ne produit jamais un seul produit. Le raffinage par distillation fractionnée sépare le brut en plusieurs coupes selon leur point d'ébullition :
| Produit | Part (%) | Usage principal |
|---|---|---|
| Essence | ≈ 45 % | Transport routier (véhicules légers) |
| Gazole / diesel | ≈ 27 % | Camions, agriculture, chauffage |
| Kérosène / jet fuel | ≈ 9 % | Aviation |
| Fioul lourd | ≈ 4 % | Navigation maritime, chaudières |
| Gaz liquéfiés (GPL) | ≈ 4 % | Pétrochimie, chauffage |
| Naphta | ≈ 4 % | Plastiques, solvants |
| Bitumes, coke, autres | ≈ 7 % | Routes, asphalte, industrie |
1 baril (159 L) ≈ 170 L de produits finis : le volume total en sortie est supérieur à celui du brut car le craquage allonge les molécules. Les raffineurs ajustent les rendements par craquage catalytique (cracking) selon la demande saisonnière.
4Prix du baril
Le prix du baril résulte d'un équilibre fragile entre offre, demande, stocks, spéculation et géopolitique. Il s'exprime traditionnellement en dollars américains.
- 1970 — 1,80 $ (ère du "pétrole bon marché")
- 1974 — 11 $ (après choc pétrolier)
- 1981 — 35 $ (pic 2e choc pétrolier)
- 1998 — 12 $ (creux asiatique)
- juillet 2008 — 147 $ (record absolu, Brent intraday)
- avril 2020 — -37 $ WTI (effondrement Covid, premier prix négatif)
- mars 2022 — 128 $ (invasion de l'Ukraine)
- 2024 — fourchette 70-90 $
Une hausse du baril ne se répercute pas à l'identique à la pompe : taxes, taux de change, marges de raffinage et coûts de distribution interviennent. En France, le carburant à la pompe comporte environ 60 % de taxes (TICPE + TVA) contre 30 % de coût du brut.
5Types de brut de référence
Il existe plus de 200 qualités de brut dans le monde. Trois grands indices servent de référence :
| Indice | Origine | Densité API | Particularité |
|---|---|---|---|
| Brent | Mer du Nord (GB/Norvège) | 38° | Référence pour 2/3 du pétrole mondial |
| WTI | Texas / Oklahoma | 39,6° | Livré à Cushing, doux, peu soufré |
| Dubai / Oman | Golfe Persique | 31° | Référence Asie, plus soufré |
La densité API (American Petroleum Institute) mesure la légèreté du brut : plus elle est élevée, plus le brut est léger, plus il est cher (il produit davantage d'essence et kérosène). Un brut > 31,1° API est dit « léger », < 22,3° est « lourd ».
6Géopolitique
Le pétrole est le premier produit échangé au monde en valeur. Les grands producteurs disposent d'un levier diplomatique majeur.
| Pays | Production | Part mondiale |
|---|---|---|
| États-Unis | 12,9 | 15 % |
| Arabie saoudite | 11,4 | 13 % |
| Russie | 10,1 | 12 % |
| Canada | 4,8 | 6 % |
| Irak | 4,4 | 5 % |
| Chine | 4,2 | 5 % |
| EAU | 3,5 | 4 % |
| Iran | 3,4 | 4 % |
L'OPEP+ (13 membres OPEP + 10 partenaires dont la Russie) contrôle environ 40 % de la production mondiale et détient 70 % des réserves prouvées. Ses décisions de quotas font la une des marchés financiers.
7Enjeux environnementaux
La combustion d'un baril de pétrole émet en moyenne 430 kg de CO₂. Avec une consommation mondiale de 100 millions de barils/jour, le pétrole représente un tiers des émissions mondiales de CO₂.
- Marées noires : Exxon Valdez (1989, 40 000 t), Deepwater Horizon (2010, 700 000 t).
- Pollution chronique du delta du Niger, des sables bitumineux albertains.
- Fuites de méthane lors de l'extraction (GES 80 fois plus puissant que le CO₂).
- Transition énergétique : l'AIE projette un pic de consommation vers 2030.
Les actifs échoués (stranded assets) — réserves qui ne pourront plus être exploitées pour respecter l'Accord de Paris — sont estimés à 13 000 milliards de dollars (Carbon Tracker, 2023).