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Le projet Concorde naît en 1962 d'un accord de coopération franco-britannique entre Sud Aviation (devenu Aérospatiale) et la British Aircraft Corporation, avec la participation des motoristes SNECMA et Rolls-Royce. Son nom, choisi après un débat diplomatique, symbolise la concorde entre les deux nations — et entre l'homme et la vitesse.
Le premier vol d'essai a lieu le 2 mars 1969 à Toulouse, piloté par André Turcat. Les vols commerciaux débutent simultanément le 21 janvier 1976 sur les lignes Paris–Dakar–Rio de Janeiro (Air France) et Londres–Bahreïn (British Airways). La ligne Paris–New York — la plus emblématique — est inaugurée en novembre 1977.
Au total, 20 appareils sont construits : 6 prototypes et avions d'essai, 14 exemplaires de série. Seulement 14 entrent en service commercial, exploités exclusivement par Air France (7) et British Airways (7).
02
Caractéristiques techniques
Constructeurs
Aérospatiale / BAC
Motorisation
4 × Olympus 593 Mk 610 (SNECMA / Rolls-Royce)
Poussée unitaire
169 kN avec postcombustion
Envergure
25,6 m
Longueur
61,66 m
Hauteur
11,4 m
Masse à vide
78 700 kg
MTOW
187 700 kg
Capacité carburant
119 500 L de kérosène
Rayon d'action
7 250 km (avec 100 pax)
Vitesse max
Mach 2.23 (2 380 km/h)
Vitesse croisière
Mach 2.04 (2 179 km/h)
Altitude croisière
15 000 – 18 300 m
Paris–New York
3 h 30 min (vs 8 h en avion classique)
Aile delta
Ogive double courbure (Ogee wing)
Nez basculant
12,5° à l'atterrissage (Droop Snoot)
Pressurisation
Équivalente à 1 800 m d'altitude
Dilatation thermique
+25 cm à Mach 2 (échauffement cinétique)
Température fuselage
+127 °C en croisière
Prix billet (2003)
~7 000 USD l'aller simple
03
Innovations & Défis technologiques
✈️
Aile ogive delta
Forme géométrique complexe générant un tourbillon de bord d'attaque contrôlé, source principale de portance à grande vitesse et à faible vitesse.
👃
Nez articulé (Droop Snoot)
Le nez s'abaisse de 5° au décollage et de 12,5° à l'atterrissage pour assurer la visibilité du pilote, compensée par le fort incidence de l'aile delta.
🌡️
Gestion thermique
Le carburant sert de fluide caloporteur pour refroidir l'avionique et la cabine. Le fuselage en aluminium spécial (AU2GN) supporte 127°C en continu.
⚡
Postcombustion
Nécessaire pour franchir la barrière du son. Les 4 réacteurs Olympus 593 fonctionnent en postcombustion au décollage et lors du passage transsonique.
💧
Transfert de carburant
Système de pompes transférant le carburant d'un réservoir à l'autre pour contrôler le centre de gravité lors du passage supersonique (déplacement du foyer aérodynamique).
🪟
Hublots ovales réduits
Petits hublots ovales (26 cm) conçus pour résister à la différence de pression à haute altitude, tout en minimisant les pertes thermiques.
04
Chronologie clé
1962 — Accord franco-britannique
Signature du traité de coopération entre la France et le Royaume-Uni pour le développement conjoint d'un avion de ligne supersonique. Budget initial : 170 millions de £.
2 mars 1969 — Premier vol
André Turcat aux commandes du prototype 001 à Toulouse-Blagnac. Durée : 29 minutes. La vitesse du son n'est pas encore franchie.
1 octobre 1969 — Mach 1
Concorde 001 dépasse la barrière du son pour la première fois. Mach 2 sera atteint le 4 novembre 1970.
21 janvier 1976 — Entrée en service commercial
Deux décollages simultanés : Air France vers Dakar–Rio de Janeiro, British Airways vers Bahreïn. Début d'une ère.
1977 — Ligne New York
Ouverture de la ligne Paris/Londres–New York, la plus rentable. Un aller-retour quotidien de chaque côté de l'Atlantique.
25 juillet 2000 — Catastrophe de Gonesse
Le vol AF 4590 s'écrase au décollage de Paris-CDG après crevaison d'un pneu et incendie moteur. 113 victimes. Tous les Concorde sont cloués au sol.
7 novembre 2001 — Reprise des vols
Après modifications (protection des réservoirs, pneus renforcés), Concorde reprend ses vols commerciaux. Mais le contexte post-11 septembre fragilise la rentabilité.
24 octobre 2003 — Dernier vol commercial
British Airways effectue le dernier vol Concorde entre New York et Londres. Air France avait effectué le sien le 31 mai. Fin d'une aventure de 27 ans.
05
Accident de Gonesse & Fin de service
Le 25 juillet 2000, le vol Air France 4590 décolle de Paris-CDG à destination de New York. Lors du roulage, une lamelle métallique perdue par un DC-10 de Continental Airlines crève un pneu. Un débris de caoutchouc percute à haute vitesse le réservoir de carburant du Concorde, provoquant une fuite et un incendie catastrophique. L'avion s'écrase à Gonesse (Val-d'Oise), tuant 109 passagers, 9 membres d'équipage et 4 personnes au sol.
Au-delà de l'accident, plusieurs facteurs expliquent l'arrêt définitif en 2003 : le coût exorbitant de maintenance de la flotte vieillissante, la chute du trafic affaires post-11 septembre 2001, le refus d'Airbus (successeur d'Aérospatiale) d'assurer le support technique, et la rentabilité structurellement dépendante d'une clientèle d'affaires de plus en plus restreinte.
Note technique : L'accident a conduit à des modifications majeures : revêtement Kevlar des réservoirs, nouveaux pneus en mousse expansive, modification des nacelles moteurs. Ces améliorations auraient pu prolonger le service, mais les opérateurs ont préféré cesser l'exploitation.
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Héritage & Successeurs
Concorde reste à ce jour le seul avion de ligne supersonique commercial à avoir transporté des passagers de façon régulière et durable (le Tupolev Tu-144 soviétique n'a opéré que quelques mois en 1977-78). Son bilan : plus de 50 000 heures de vol commercial, 2,5 millions de passagers transportés, et un record de traversée de l'Atlantique de 2 h 52 min 59 s (en 1996, avec vent favorable).
Ses innovations ont irrigué toute l'aéronautique moderne : les techniques de gestion thermique, les matériaux composites haute température et les études d'aérodynamique supersonique civile trouvent encore des applications aujourd'hui.
Plusieurs projets cherchent à lui succéder : le Boom Supersonic Overture (Mach 1.7, 64–80 passagers), prévu pour un service commercial vers 2029, le NASA X-59 QueSST (vol silencieux à Mach 1.4), et des projets d'avions d'affaires supersoniques comme l'Aerion AS2 ou le Spike S-512.
La principale contrainte reste le bang supersonique (boom sonique), interdit au-dessus des terres habitées, qui limite économiquement ces appareils aux liaisons transocéaniques. Les recherches actuelles portent sur sa réduction ou son élimination.