La libido (du latin : désir, envie) désigne en sexologie contemporaine le désir sexuel — son intensité, sa variabilité et ses dysfonctions. Formalisée par Freud en 1905 comme énergie de la pulsion sexuelle (Trieb), elle est aujourd'hui étudiée à l'intersection de la neurobiologie (dopamine, testostérone), de la psychologie et du contexte relationnel.
Bases neurobiologiques
Le désir sexuel est régulé par plusieurs systèmes cérébraux. Le système dopaminergique (voie méso-limbique) constitue le principal moteur : la dopamine crée l'anticipation et la motivation sexuelle. L'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique régule la sécrétion de testostérone (hommes et femmes) et d'œstrogènes, qui modulent directement l'intensité de la libido. La sérotonine, à l'inverse, exerce un effet inhibiteur — expliquant la baisse de désir fréquente sous antidépresseurs ISRS.
Les structures clés sont l'hypothalamus (contrôle hormonal), le noyau accumbens (circuit de la récompense), l'amygdale (réponses émotionnelles), le cortex préfrontal (régulation et inhibition sociale). L'ocytocine et la vasopressine jouent un rôle dans la dimension affective.
Facteurs modulateurs
Facteurs hormonaux
Testostérone (principal androgène du désir chez les deux sexes), œstradiol, progestérone (effet inhibiteur), prolactine élevée (inhibitrice).
Facteurs psychologiques
Estime de soi, image corporelle, relation de couple, stress chronique, anxiété de performance, antécédents traumatiques, dépression.
Facteurs pharmacologiques
ISRS/IRSNA : inhibent le désir. Contraceptifs oraux : baissent la testostérone libre. Opiacés, alcool chronique : effets négatifs documentés.
Facteurs somatiques
Diabète, maladies chroniques, hypothyroïdie, hypogonadisme, fatigue chronique — parmi les premiers inhibiteurs du désir.
Troubles du désir — DSM-5
| Trouble | Code | Prévalence | Traitement |
|---|---|---|---|
| Trouble du désir hypoactif masculin (HSDD) | 302.71 | ~6% hommes | TRT, psychothérapie |
| Trouble intérêt sexuel/excitation féminine | 302.72 | ~10–15% femmes | Psychothérapie, flibanserin |
| Comportement sexuel compulsif | F52.8 CIM-11 | ~3–6% adultes | TCC, ISRS |
| Trouble sexuel dû à une condition médicale | R / F52 | Variable | Traitement étiologique |
Chronologie du concept
Krafft-Ebing publie Psychopathia Sexualis — première classification médicale des variations et troubles de la sexualité.
Sigmund Freud formule le concept de libido dans Trois essais sur la théorie sexuelle — énergie fondamentale de la pulsion de vie (Eros).
Carl Jung élargit le concept à une énergie psychique générale, non exclusivement sexuelle — rupture avec Freud.
Masters & Johnson publient Human Sexual Response — première étude expérimentale du cycle de la réponse sexuelle.
Helen Kaplan introduit le désir comme première phase du cycle sexuel (avant l'excitation) — modèle triphasique.
Commercialisation du sildénafil (Viagra®) — distinction nécessaire entre désir (libido) et fonction érectile.
Rosemary Basson reformule le modèle féminin : le désir féminin est souvent réactionnel, déclenché par l'intimité plutôt que précédant le contact.
La flibanserin (Addyi®) reçoit l'approbation FDA pour le HSDD féminin — premier médicament ciblant le désir hypoactif.
Vocabulaire clinique
- HSDDHypoactive Sexual Desire Disorder — absence persistante de désir sexuel causant une détresse subjective significative
- MODÈLE DE BASSONModèle non-linéaire féminin : désir réactionnel → intimité → excitation. Réfute le modèle linéaire masculin
- ISRSAntidépresseurs causant une hyposexualité chez 30–60% des patients par excès de sérotonine inhibant la dopamine
- TRTThérapie de Remplacement de la Testostérone — traitement des hypolibidies masculine et féminine
- PULSION (TRIEB)Concept freudien : force psychobiologique composée d'une source, d'une poussée, d'un objet et d'un but
- DÉSIR RÉACTIONNELDésir déclenché en réponse à une stimulation intime — modèle féminin fréquent, opposé au désir spontané