Anatomie de l'ongle
L'ongle est une structure pluricomposante comportant la plaque unguéale (partie visible) et un ensemble de structures de soutien et de production. Ses composants fonctionnent en système intégré.
Composition moléculaire
La plaque unguéale est principalement constituée de kératine dure α, structuralement différente de la kératine molle de l'épiderme — plus riche en soufre (liaisons disulfure) et en cystéine, ce qui lui confère sa rigidité caractéristique.
Filaments de kératine α richement reliés par des ponts disulfure entre résidus cystéine. Teneurs en soufre 2× supérieure à la peau. Ces ponts confèrent la dureté. La permanence (redressage) les brise chimiquement — même principe que pour les cheveux.
L'ongle est hygroscopique. En milieu humide, la teneur en eau peut atteindre 30 % — l'ongle ramollit et s'étend. Sec, il durcit et devient cassant. L'hydratation régulière des ongles prévient les fissures et les dédoublements.
Céramides, cholestérol et acides gras liés entre les filaments de kératine. Ils limitent les échanges hydriques et confèrent souplesse. Leur appauvrissement (gel hydro-alcoolique, détergents) fragilise et déshydrate la plaque.
Le calcium est incorporé dans la structure kératinique (non dans le cristal d'hydroxyapatite comme l'os). Le zinc participe à la synthèse des filaments de kératine. Le fer, via l'hémoglobine, conditionne la teinte rosée visible par transparence.
Croissance & renouvellement
La croissance unguéale résulte de la prolifération et de la différenciation des cellules de la matrice en kératinocytes aplatis qui s'accumulent pour former la plaque. Elle est continue et asymétrique selon le doigt et l'âge.
La croissance est maximale en été (chaleur → vasodilatation), de jour (rythme circadien), sur la main dominante, à l'adolescence (pics d'hormones anabolisantes). La grossesse accélère nettement la croissance par effet des œstrogènes sur la matrice.
Froid, malnutrition, carences (fer, zinc, biotine), maladies systémiques graves, chimiothérapie, hypothyroïdie, immobilisation du membre. Les lignes de Beau (sillons transversaux) témoignent d'arrêts temporaires de la croissance matricielle.
La vitesse de croissance connue (3 mm/mois) permet d'estimer la date d'un traumatisme ou d'une maladie systémique par la position d'un sillon ou d'une anomalie de la plaque. 1 cm d'ongle = ~3 mois d'historique biochimique exploitable.
Fonctions de l'ongle
L'ongle protège la houppette digitale (pulpe distale) des traumatismes. En formant une surface rigide dorsale, il amplifie la sensation tactile de la face palmaire en créant un effet de contrefort : la pression pulpaire est concentrée et renvoie une information proprioceptive précise.
Permet la prise fine bidigitale ongle-pulpe pour saisir de petits objets plats (aiguille, pièce, agrafe). Cette fonction, absente chez les primates à griffes, est unique aux primates à ongles plats et est essentielle à la manipulation d'outils.
Des terminaisons nerveuses libres et des corpuscules de Meissner, présents dans le lit et la matrice, contribuent à la sensibilité fine digitale. Le retrait d'un ongle réduit significativement la discrimination tactile de la pulpe du doigt correspondant.
La plaque unguéale reflète fidèlement l'état des systèmes cardiovasculaire, hépatique, rénal, pulmonaire et endocrinien. Elle constitue un outil diagnostique non invasif exploré en dermatologie et en médecine interne par l'examen unguéal systématique.
Signes cliniques unguéaux
L'inspection de l'ongle constitue un examen sémiologique de premier plan. Chaque anomalie de forme, couleur ou texture peut orienter vers une pathologie systémique précise.
Élargissement en « baguette de tambour » de la phalange distale avec angle unguéal >180°. Évoque une cardiopathie cyanogène, BPCO, cancer bronchique, fibrose pulmonaire, cirrhose. Le signe de Schamroth (losange disparu) en est le test clinique.
Ongles « en cuillère » : concaves au lieu de convexes. Pathognomonique de la carence martiale sévère (anémie ferriprive). Aussi : hypothyroïdie, hémochromatose, exposition chimique. Réversible sous supplémentation en fer.
Plages blanches sur la plaque. Ponctuelle (traumatique, bénigne), linéaire (lignes de Mees : arsenic, chimiothérapie) ou totale (hypoalbuminémie, cirrhose). Les ongles de Terry (blancs à bande distale rose) signent l'insuffisance hépatique.
Décollement distal de la plaque du lit. Causes : psoriasis (50 %), onychomycose, traumatisme répété, hyperthyroïdie, photolyse médicamenteuse. Crée une poche propice aux surinfections bactériennes et fongiques.
Sillons transversaux correspondant à un arrêt temporaire de la croissance matricielle. Témoignent d'un épisode systémique grave (sepsis, infarctus, chimiothérapie). La distance de la lunule permet de dater l'épisode (3 mm ≈ 1 mois).
Hémorragies linéaires sous-unguéales dans l'axe de l'ongle. Classiquement décrites dans l'endocardite infectieuse (Osler), mais fréquemment causées par de simples microtraumatismes ou une vascularite.
Affections unguéales
| Affection | Mécanisme & présentation | Gravité |
|---|---|---|
| Onychomycose | Infection fongique de la plaque par dermatophytes (Trichophyton rubrum 80 %), levures ou moisissures. Ongles épaissis, jaunâtres, friables, hyperkératosiques. Prévalence : 5–10 % de la population. Traitement systémique (terbinafine 3 mois) souvent nécessaire. | Chronique |
| Onychocryptose (ongle incarné) | Pénétration du bord latéral de la plaque dans les tissus du repli. Gros orteil +++. Douleur, inflammation, surinfection. Facteurs : coupe incorrecte, chaussage serré, hyperhidrose. Traitement : soin podologique ou avulsion partielle avec matricectomie. | Douloureuse |
| Psoriasis unguéal | 40–80 % des psoriasiques. Signes : dés à coudre (pitting matriciel), onycholyse, tache d'huile (lit), hyperkératose sous-unguéale, hémorragies. Associé au risque de rhumatisme psoriasique. Traitement : dermocorticoïdes, calcipotriol, biothérapies. | Chronique |
| Paronychie aiguë | Infection bactérienne (staphylocoque) du repli proximal ou latéral. Rougeur, tuméfaction, pus. Souvent post-cuticule arrachée ou ongle rongé. Traitement : antibiotiques, drainage si abcès formé. | Fréquente |
| Mélanome sous-unguéal | Mélanome acral lentigineux sous la plaque : bande pigmentée longitudinale (mélanonychie). Signe d'Hutchinson : extension à la cuticule. Pouce et hallux le plus souvent. Pronostic sombre si diagnostic tardif. Biopsie matricielle obligatoire devant toute mélanonychie suspecte. | Grave |
| Lichen plan unguéal | Maladie inflammatoire auto-immune atteignant la matrice. Striations longitudinales, amincissement de la plaque, ptérygion proximal. Peut aboutir à la destruction définitive de la matrice (anonychia). Dermocorticoïdes systémiques en urgence. | Grave si tardif |
| Hématome sous-unguéal | Épanchement sanguin sous la plaque après traumatisme. Douleur intense par compression (pression ++ dans espace fermé). Évacuation par trépanation thermique ou mécanique si >50 % de la plaque. Toujours exclure une fracture de P3. | Traumatique |
Soin & entretien des ongles
Couper droit à la main, arrondir légèrement les coins. Aux pieds, couper droit sans arrondir les bords latéraux pour prévenir l'onychocryptose. Couper après le bain (ongle ramolli). Ne jamais couper trop court.
Application régulière d'émollient sur la plaque et les replis (huile de jojoba, lanoline). Éviter l'exposition prolongée à l'eau et aux détergents (port de gants). Les vernis occlusifs renforcent en formant une barrière hydrique.
Biotine (B7), zinc, fer, acides aminés soufrés (méthionine, cystéine), vitamine C. La supplémentation en biotine (2,5 mg/j) améliore la solidité dans les ongles fragiles. Carences fréquentes chez les végétariens stricts, sportifs et femmes enceintes.
Ne pas marcher pieds nus dans les lieux collectifs humides (piscines, vestiaires). Sécher soigneusement les espaces interdigitaux. Chaussures aérées. Antifongique topique préventif (ciclopirox) chez les sujets à risque (diabète, immunodépression).