I — Fondements
Définition et concepts
Terminologie fondamentale
| Terme | Définition |
|---|---|
| Hôte définitif | Hôte dans lequel le parasite accomplit sa reproduction sexuée (ex : l'humain pour Plasmodium... non, le moustique est le définitif ! L'humain est l'hôte intermédiaire) |
| Hôte intermédiaire | Hôte dans lequel se déroule la reproduction asexuée ou des stades larvaires obligatoires |
| Hôte paraténique | Hôte dans lequel le parasite survit sans se développer — rôle de « transport » |
| Vecteur | Organisme transmettant le parasite d'un hôte à l'autre (arthropode piqueur), souvent biologiquement nécessaire |
| Zoonose | Maladie transmissible de l'animal à l'humain (toxoplasmose, hydatidose, leishmaniose viscérale) |
| Endoparasite | Parasite vivant à l'intérieur de l'hôte (intestin, sang, cellules) |
| Ectoparasite | Parasite vivant à la surface de l'hôte (peau, poils, plumes) |
II — Taxonomie
Classification des parasites
III — Parasites Unicellulaires
Protozoaires pathogènes
Paludisme — Plasmodium
Cycle biologique complexe : Vecteur = Anopheles femelle. Hôte définitif = moustique (sporogonie sexuée). Hôte intermédiaire = humain (schizogonie asexuée).
| Phase | Stade | Lieu | Durée |
|---|---|---|---|
| Inoculation | Sporozoïtes injectés par le moustique | Peau → sang → foie | Minutes |
| Hépatique | Schizogonie exo-érythrocytaire (mérozoïtes) | Hépatocytes | 5–16 jours selon espèce |
| Érythrocytaire | Invasion GR, trophozoïtes, schizontes, mérozoïtes | Globules rouges | Cycle 48 h (falciparum, vivax) |
| Gamétocytes | Gamétocytes circulants (ingérés par moustique) | Sang | Persistants |
| Sporogonie | Fécondation → oocyste → sporozoïtes → glandes salivaires | Intestin + glandes moustique | 10–21 jours |
Toxoplasmose — Toxoplasma gondii
Parasite à succès planétaire : ~30 % de la population mondiale séropositive. Hôte définitif = félidés (chats). Transmission humaine : ingestion d'oocystes (litière, terre, crudités) ou de bradyzoïtes (viande crue/peu cuite de porc, agneau). Risques : grossesse (toxo congénitale → hydrocéphalie, choriorétinite, calcifications) et immunodéprimés (encéphalite toxoplasmique).
Leishmaniose — Leishmania
Vecteur : phlébotome (Phlebotomus, Lutzomyia). Trois formes cliniques :
- L. donovani → Leishmaniose viscérale (kala-azar) : fièvre prolongée, splénomégalie, cachexie, pancytopénie. Mortelle sans traitement (~95 %).
- L. tropica/major → Cutanée : ulcère indolore chronique (bouton d'Orient). Cicatrice définitive.
- L. braziliensis → Cutanéo-muqueuse : destruction progressive du nez et du palais.
Trypanosomiases
Trypanosoma brucei (Afrique sub-saharienne). Vecteur : mouche tsé-tsé (Glossina). Phase lymphatico-sanguine puis neuro (invasion SNC → altération du sommeil, coma, mort). Traitement : nifurtimox-éflornithine (NECT).
T. cruzi (Amérique latine). Vecteur : punaise réduviide (Triatoma, triatomine). 6–7 millions de personnes infectées. Cardiopathie chagasique chronique (cardiomyopathie dilatée). Benznidazole ou nifurtimox.
IV — Vers Parasites
Helminthes
Nématodes (vers ronds)
| Espèce | Maladie | Prévalence | Transmission |
|---|---|---|---|
| Ascaris lumbricoides | Ascaridiose | ~800 millions | Ingestion d'œufs embryonnés dans l'environnement contaminé |
| Necator / Ancylostoma | Ankylostomose | ~600 millions | Pénétration cutanée des larves (pieds nus sur sol contaminé) |
| Trichuris trichiura | Trichocéphalose | ~500 millions | Ingestion d'œufs, péri-anal, sol |
| Wuchereria bancrofti | Filariose lymphatique / éléphantiasis | ~120 millions | Piqûre de moustique (microfilaires) |
| Onchocerca volvulus | Onchocercose (cécité des rivières) | ~21 millions | Simulie (mouche noire) |
| Strongyloides stercoralis | Anguillulose | ~100 millions | Cutané, autoinfection, hyperinfection fatale chez immunodéprimés |
Cestodes (ténias / vers plats segmentés)
- Taenia saginata — ténia du bœuf. Jusqu'à 10 m de long. Hôte intermédiaire : bovin. Transmission : viande peu cuite. Asymptomatique ou douleurs abdominales. Traitement : niclosamide, praziquantel.
- Taenia solium — ténia du porc. Hôte intermédiaire : porc. Risque de cysticercose (autoinfection par les œufs → kystes dans les muscles, yeux, cerveau — neurocysticercose, première cause d'épilepsie acquise dans les pays en développement).
- Echinococcus granulosus — ténia du chien. Hydatidose : kystes hydatiques dans le foie (70 %) et les poumons. Chirurgie ± albendazole.
- Echinococcus multilocularis — échinococcose alvéolaire : invasion pseudotumorale du foie, mortelle sans traitement. Renard = hôte définitif. Europe, Asie centrale.
Trématodes (douves)
- Schistosoma mansoni, haematobium, japonicum — Schistosomiase (bilharziose). 2e parasitose mondiale après le paludisme en termes de morbidité. ~240 millions infectés. Cercaires pénètrent la peau dans l'eau douce. Réaction granulomateuse chronique → fibrose hépatique (S. mansoni), hématurie/cancer de la vessie (S. haematobium).
- Fasciola hepatica — grande douve du foie. Hôte intermédiaire : escargot lymnée. Ingestion de cresson sauvage ou eau contaminée. Hépatite aiguë → cholangite chronique.
- Opisthorchis viverrini — douve du foie asiatique. Poisson cru. Cholangite chronique → cholangiocarcinome (cancer des voies biliaires).
V — Parasites de Surface
Ectoparasites
Ixodes ricinus (Europe), I. scapularis (Amérique). Vecteurs de borréliose de Lyme (Borrelia burgdorferi), encéphalite à tique (FSME), anaplasmose, babésiose. Piqûre indolore. Retrait en moins de 24 h réduit le risque de transmission.
Acarien qui creuse des galeries dans l'épiderme. ~200 millions de cas/an. Très contagieuse par contact direct. Prurit intense (surtout nocturne), sillons dans les plis. Traitement : perméthrine topique ou ivermectine orale.
Poux de tête (capitis), du corps (corporis — vecteur du typhus épidémique), pubiens (pubis). Prurit intense. Poux du corps transmettent Rickettsia prowazekii (typhus), Bartonella quintana (fièvre des tranchées).
Xenopsylla cheopis (puce du rat) vecteur de la peste (Yersinia pestis) — les pandémies de peste noire ont tué ~50 millions en Europe. Ctenocephalides felis (puce du chat) — hôte intermédiaire de Dipylidium caninum.
VI — Dynamique
Relation hôte–parasite
La relation hôte-parasite est dynamique et coévolutive — chaque adaptation défensive de l'hôte sélectionne des contre-adaptations parasitaires, dans une course aux armements perpétuelle.
Stratégies d'échappement immunitaire des parasites
- Variation antigénique : Plasmodium exprime alternativement ~60 gènes var (PfEMP1) → l'immunité ne suit pas. Trypanosoma change radicalement sa coat de VSG (Variable Surface Glycoprotein).
- Mimétisme moléculaire : les parasites expriment des molécules similaires aux molécules hôtes → pas reconnus comme étrangers.
- Immunosuppression active : Schistosoma couvre sa surface de molécules hôtes (camouflage) + induit des Treg qui affaiblissent la réponse.
- Localisation protégée : kystes intramusculaires (Toxoplasma), compartiment intracellulaire (vacuole parasitophore de Leishmania dans les macrophages — là où on ne s'y attend pas).
Défenses de l'hôte
- IgE + mastocytes + éosinophiles : réponse Th2 adaptée aux vers. Les IgE se fixent sur les parasites → dégranulation → molécules cytotoxiques.
- Réponse granulomateuse : encapsulation des œufs de schistosomes → limitation des dégâts mais fibrose chronique.
- Résistance génétique : sickle-cell (HbAS) protège contre P. falciparum grave. Groupe Duffy négatif (gène DARC) protège contre P. vivax. Gènes HLA spécifiques associés à la résistance à certains parasites.
VII — Parasitologie Comportementale
Manipulation du comportement hôte
Champignon parasite de fourmis (O. unilateralis). Manipule le comportement : la fourmi s'accroche sous une feuille à hauteur optimale pour la sporulation du champignon, puis meurt. Métabolites altèrent le SNC de l'insecte.
Trématode de l'escargot. Ses sporocystes colorés et pulsatiles dans les tentacules de l'escargot imitent des chenilles pour attirer des oiseaux (hôtes définitifs). L'escargot est également contraint de se déplacer en pleine lumière.
Modifie l'amygdale des rats → convertit l'aversion des chats en attraction sexuelle. Serait lié à des modifications dopaminergiques et de méthylation de l'ADN des neurones. L'objectif évolutif est la transmission au chat (hôte définitif).
Crustacé parasite qui envahit le crabe, castrele, et le fait se comporter comme une femelle en couvant les œufs du parasite comme s'ils étaient les siens — même chez les mâles.
VIII — Santé Mondiale
Épidémiologie mondiale
Les maladies parasitaires touchent disproportionnellement les populations pauvres des régions tropicales et subtropicales — classées comme Maladies Tropicales Négligées (MTN) par l'OMS (20 maladies prioritaires).
| Maladie | Agent | Personnes touchées | Mortalité/an | Zone |
|---|---|---|---|---|
| Paludisme | Plasmodium spp. | 249 millions (2022) | 608 000 | Afrique, Asie, Amér. lat. |
| Ascaridiose | Ascaris lumbricoides | ~800 millions | ~3 000 | Mondiale (tropiques) |
| Schistosomiase | Schistosoma spp. | ~240 millions | ~14 000 | Afrique, Asie, Amér. lat. |
| Leishmaniose | Leishmania spp. | 12 millions actifs | ~20 000 | Afrique, Asie, Méditerranée |
| Maladie de Chagas | T. cruzi | 6–7 millions | ~12 000 | Amérique latine |
| Filariose lymphatique | Wuchereria spp. | 863 millions à risque | Faible | Afrique, Asie, Pacifique |
| Onchocercose | Onchocerca volvulus | 21 millions infectés | Faible | Afrique intertropicale |
| Toxoplasmose | T. gondii | ~2 Md séropositifs | Rare (sauf immunodéprimés) | Mondiale |
IX — Méthodes
Diagnostic parasitologique
Frottis sanguin (paludisme — goutte épaisse et frottis mince colorés Giemsa), examen parasitologique des selles (EPS — technique de concentration Kato-Katz, enrichissement Ritchie). Toujours d'actualité, peu coûteux, gold standard dans les pays endémiques.
Détection d'anticorps spécifiques (ELISA, IFI, Western blot) — utile pour hydatidose, toxoplasmose, cysticercose, leishmaniose viscérale. Attention à la fenêtre sérologique et aux réactions croisées.
Détection d'antigènes parasitaires sur bandelette. TDR paludisme (HRP2 pour P. falciparum, pLDH) — déploiement massif en Afrique. Résultats en 15 min. Fondamental pour le traitement en zone d'endémie sans microscope.
Détection d'ADN parasitaire — haute sensibilité et spécificité. Identifie les espèces et la résistance aux traitements (P. falciparum résistant chloroquine, artémisinine). Coûteuse, nécessite un laboratoire équipé.
X — Thérapeutique
Traitement et prévention
| Pathogène | Traitement de choix | Mécanisme d'action |
|---|---|---|
| Plasmodium falciparum | Artémisinine + partenaire (ACT) : artéméther-luméfantrine, artésunate-amodiaquine | Artémisinine : radicaux libres oxydants tuant le parasite érythrocytaire |
| Paludisme grave | Artésunate IV (remplace quinine) | Diffusion rapide, parasiticidal, +++ |
| Leishmaniose viscérale | Amphotéricine B liposomale (L-AMB), miltefosine | Liaison aux stérols membranaires, perturbation lipidique |
| Trypanosomiase (stade 1) | Pentamidine | Interférence avec la biogenèse mitochondriale du kinetoplaste |
| Trypanosomiase (stade 2) | Nifurtimox-éflornithine (NECT) | Radicaux libres (nifurtimox) + inhibition ODC (éflornithine) |
| Schistosomiase | Praziquantel | Augmentation perméabilité Ca²⁺ → tétanie → mort du ver |
| Nématodes intestinaux | Albendazole, mébendazole | Inhibent la polymérisation de la tubuline → paralysie du ver |
| Filariose, gale, onchocercose | Ivermectine | Agoniste canaux Cl⁻ glutamate-gated → paralysie invertébrés |
| Toxoplasmose | Pyriméthamine + sulfadiazine + folinate | Inhibition DHFR + DHPS parasitaire (synthèse folates) |
XI — Historia Parasitologiae