206 os chez l'adulte
70 % de la masse est minérale (hydroxyapatite)
~10 % du squelette renouvelé chaque année
~300 os à la naissance (fusion progressive)

Classification morphologique des os

Les 206 os du squelette adulte se répartissent en cinq classes morphologiques définies par leur forme et leur rapport entre longueur, largeur et épaisseur. Cette classification conditionne leurs propriétés mécaniques et leurs fonctions.

Os longs
Fémur, tibia, humérus

Longueur > largeur. Diaphyse cylindrique, épiphyses élargies. Rôle de levier. Ossification endochondrale. Canal médullaire central.

Os courts
Carpiens, tarsiens

3 dimensions équivalentes. Noyau spongieux recouvert de corticale mince. Absorption des chocs, mobilité multidirectionelle.

Os plats
Crâne, sternum, omoplate

Surface >> épaisseur. Architecture diploïque (2 tables + spongieux). Protection des organes, surface d'insertion musculaire.

Os irréguliers
Vertèbres, sphénoïde

Forme complexe ne rentrant dans aucune catégorie précédente. Multiples fonctions : soutien, protection, transmission de forces.

Os sésamoïdes
Rotule, sésamoïdes du pouce

Développés dans les tendons. Protègent les tendons du frottement et modifient l'angle de traction musculaire (effet de poulie).

Structure macroscopique et microscopique

À l'échelle macroscopique, tout os long présente une diaphyse (corps), deux épiphyses (extrémités) et deux métaphyses (zones de transition). Au niveau histologique, deux types d'os coexistent.

Compact
Os cortical (haversien)

Forme la diaphyse et la coque des épiphyses. Organisé en ostéons (systèmes de Havers) : lamelles concentriques autour d'un canal central (Havers) contenant vaisseaux et nerfs. Les canaux de Volkmann relient les ostéons transversalement. Densité : 1,8–2,0 g/cm³.

Spongieux
Os trabéculaire (spongieux)

Réseau tridimensionnel de travées osseuses orientées selon les lignes de contrainte (loi de Wolff). Remplit les épiphyses et les os courts/plats. Porosité 50–90 %. Très actif métaboliquement. Site principal de l'hématopoïèse et de la résorption en cas d'ostéoporose.

Enveloppe
Périoste

Membrane fibreuse vascularisée recouvrant la surface externe de l'os. Double couche : fibreuse externe (collagène + fibres de Sharpey pour les insertions musculaires) et ostéogénique interne (ostéoblastes, cellules souches mésenchymateuses). Essentiel à la cicatrisation fracturaire.

Interne
Endoste & canal médullaire

L'endoste tapisse la face interne de la corticale et les travées. Riche en ostéoclastes. Le canal médullaire contient la moelle osseuse rouge (hématopoïèse) chez l'enfant, progressivement remplacée par la moelle jaune (adipeuse) chez l'adulte.

Loi de Wolff (1892) : L'os se remodèle en réponse aux contraintes mécaniques qu'il subit : les travées spongieuses s'orientent selon les lignes de force, et la corticale s'épaissit là où les contraintes sont les plus importantes. L'immobilisation entraîne une ostéoporose de décharge, tandis que l'exercice physique renforce la masse osseuse.

Composition de la matrice osseuse

La matrice osseuse est un matériau composite biphasique associant une phase minérale (rigidité, résistance à la compression) et une phase organique (élasticité, résistance à la traction). L'équilibre entre ces phases détermine les propriétés mécaniques.

Hydroxyapatite Ca₁₀(PO₄)₆(OH)₂
70 %
Collagène de type I
22 %
Eau
8 %
Protéines non collagéniques
~4 %
Phase minérale
Hydroxyapatite

Cristaux hexagonaux nanométriques (20–50 nm) déposés le long des fibrilles de collagène. Confèrent la dureté et la résistance à l'écrasement. Principal réservoir de calcium (99 %) et de phosphore (85 %) de l'organisme. Mobilisable par les ostéoclastes pour réguler la calcémie.

Phase organique
Collagène de type I

Triple hélice de chaînes α1 et α2 assemblées en fibrilles puis en fibres. Confère l'élasticité et la résistance à la traction. Synthétisé par les ostéoblastes. Les mutations du gène COL1A1/COL1A2 causent l'ostéogenèse imparfaite (os de verre).

Protéines matricielles
Ostéocalcine, ostéonectine…

Protéines non collagéniques régulatrices : ostéocalcine (marqueur de formation, régulation de la glycémie), ostéopontine (adhésion cellulaire), fibronectine, protéoglycanes. Biomarqueurs du remodelage osseux en clinique.

Les quatre types cellulaires osseux

Le tissu osseux est le résultat d'une activité cellulaire coordonnée et dynamique entre quatre populations cellulaires spécialisées, régulées par des hormones systémiques et des facteurs locaux.

Ostéoblaste
Formation osseuse

Cellule mésenchymateuse cubique alignée à la surface osseuse en formation. Synthétise et sécrète la matrice organique (ostéoïde) puis la minéralise. Exprime le récepteur PTH, les récepteurs aux œstrogènes et la phosphatase alcaline (marqueur biologique). Durée de vie : quelques semaines.

Ostéoclaste
Résorption osseuse

Cellule géante multinucléée (3–20 noyaux) d'origine hématopoïétique (fusion de monocytes). Crée une lacune de Howship en acidifiant et en sécrétant des enzymes (cathepsine K, MMP). Activé par RANK-L/M-CSF, inhibé par l'OPG. Cible des bisphosphonates et du dénosumab.

Ostéocyte
Mécanosenseur

Ostéoblaste muré dans la matrice ossifiée (lacune ostéocytaire). Cellule la plus abondante de l'os (90–95 %). Connectée aux voisines par des canalicules contenant des prolongements cytoplasmiques. Mécano-senseur principal de l'os, régule le remodelage via FGF23 (phosphaturie) et sclérostine.

Cellule bordante
Quiescence / Activation

Ostéoblaste quiescent aplati sur les surfaces osseuses inactives. Forme un revêtement protecteur. Peut se réactiver en ostéoblaste sous stimulation hormonale (PTH). Coordine le couplage formation-résorption en recrutant les précurseurs ostéoclastiques.

Modes d'ossification

L'os se forme embryologiquement par deux mécanismes distincts selon la localisation anatomique, tous deux impliquant les ostéoblastes mais à partir de modèles différents.

Type I
Ossification membraneuse

Formation d'os directement à partir de cellules mésenchymateuses, sans modèle cartilagineux préalable. Concerne les os plats du crâne, la clavicule et une partie de la mandibule. À la base des techniques de chirurgie maxillo-faciale (greffes). Ossification des fontanelles.

Type II
Ossification endochondrale

Formation à partir d'un modèle cartilagineux préexistant progressivement remplacé par l'os. Concerne la majorité du squelette (os longs, vertèbres, côtes, base du crâne). Le cartilage de croissance (physis) permet l'allongement en hauteur jusqu'à la puberté.

Croissance
Cartilage de croissance

Zone de cellules cartilagineuses entre épiphyse et métaphyse. Prolifération, hypertrophie, calcification puis ossification endochondrale progressive. Responsable de la croissance staturale. Fermé (soudé) entre 14 et 18 ans selon le sexe et le site. Fracture de Salter-Harris en pédiatrie.

Réparation
Cicatrisation fracturaire

En 4 étapes : hématome fracturaire → cal mou fibrocartilagineux (3 semaines) → cal dur (os woven, 6 semaines) → remodelage en os lamellaire (6–12 mois). Le périoste joue un rôle clé. La consolidation dépend de la vascularisation, de la stabilité et de l'état nutritionnel.

Remodelage osseux

Le remodelage osseux est un processus continu de destruction-reconstruction qui renouvelle environ 10 % du squelette adulte chaque année. Il maintient la résistance mécanique, répare les microfissures et régule la calcémie.

Étape 1
Activation

Recrutement des précurseurs ostéoclastiques par RANK-L. Signal déclencheur : microfissure, stimulus hormonal (PTH, 1,25-OH vitamine D), mécano-transduction.

Étape 2
Résorption

L'ostéoclaste active creuse une lacune de Howship. Sécrétion d'HCl (pH <4,5) et de cathepsine K. Durée ~2 semaines. Libération de facteurs de croissance (TGF-β, IGF).

Étape 3
Inversion

Phase transitoire. Nettoyage de la lacune par les macrophages. Recrutement des ostéoblastes par les facteurs de couplage libérés (TGF-β, BMP). Durée ~1–2 semaines.

Étape 4
Formation

Les ostéoblastes sécrètent l'ostéoïde puis le minéralisent. Formation d'un nouvel ostéon. Durée ~3 mois. Couplage strict formation = résorption en conditions normales.

Régulation hormonale : La PTH (parathormone) mobilise le calcium osseux en activant la résorption. La calcitonine (thyroïde) inhibe les ostéoclastes. La vitamine D active (1,25-OH) favorise l'absorption intestinale du calcium et la minéralisation. Les œstrogènes freinent la résorption — leur chute à la ménopause explique l'ostéoporose post-ménopausique.

Fonctions de l'os

Biomécanique
Soutien & locomotion

Le squelette forme le cadre rigide du corps, supporte le poids corporel et transmet les forces musculaires en mouvements via les leviers articulaires. La résistance à la compression de l'os cortical est comparable à celle du béton (~150 MPa), mais avec une masse 10× inférieure.

Protection
Bouclier des organes vitaux

Le crâne protège l'encéphale, la cage thoracique (côtes + sternum) protège cœur et poumons, le rachis protège la moelle épinière, le bassin protège les organes pelviens. Résistance aux chocs calibrée par l'architecture trabéculaire.

Hématopoïèse
Production des cellules sanguines

La moelle rouge (présente dans tous les os chez l'enfant, puis confinée aux os plats et épiphyses chez l'adulte) produit chaque seconde des millions d'hématies, leucocytes et plaquettes. L'os est le seul organe à maintenir les cellules souches hématopoïétiques (CSH) dans une niche protectrice.

Métabolisme
Réservoir minéral & endocrine

Réservoir de 99 % du calcium et 85 % du phosphore corporels, mobilisables en minutes (PTH). L'os est désormais reconnu comme organe endocrine : l'ostéocalcine régule la sensibilité à l'insuline et la fertilité masculine ; le FGF23 régule la phosphaturie rénale.

Principales affections osseuses

AffectionMécanisme & présentationFréquence
Fracture Solution de continuité osseuse par trauma (fracture traumatique), fatigue (os sain soumis à contraintes répétées) ou fragilité (insuffisance : ostéoporose). Classification AO/OTA par morphologie. Traitement : orthopédique ou chirurgical (ostéosynthèse, prothèse). Très fréquente
Ostéoporose Diminution de la densité osseuse (T-score <−2,5) et dégradation de la microarchitecture. Principale cause de fractures de fragilité (vertèbres, col fémoral, poignet). Ménopause, âge, corticothérapie. Traitement : bisphosphonates, dénosumab, tériparatide. Épidémique
Ostéomalacie / Rachitisme Défaut de minéralisation de l'ostéoïde par carence en vitamine D ou anomalie du métabolisme phospho-calcique. Chez l'enfant : rachitisme (déformations des os longs). Chez l'adulte : douleurs, fractures. Traitement : supplémentation vitamine D + calcium. Globale
Ostéosarcome Tumeur maligne primitive des cellules ostéoblastiques. 2ème tumeur osseuse maligne primitive. Pic : 15–25 ans. Localisation : métaphyse des os longs (fémur distal, tibia proximal). Triangle de Codman en radiographie. Traitement : chimiothérapie + chirurgie. Grave
Maladie de Paget Remodelage osseux focal anarchique (résorption excessive puis formation désorganisée). Os épaissis, déformés, douloureux, fragiles. Risque de transformation sarcomateuse (1 %). Crâne, rachis, bassin, tibia. Traitement : bisphosphonates. Chronique
Ostéoarthrite (arthrose) Dégradation du cartilage articulaire avec réponse osseuse sous-chondrale (sclérose, géodes, ostéophytes). Facteurs : âge, obésité, génétique, surcharges mécaniques. Pathologie la plus fréquente en rhumatologie. Traitement symptomatique ; prothèse en dernière intention. Très fréquente
Ostéonécrose Infarctus osseux par interruption de la vascularisation. Tête fémorale +++. Causes : corticothérapie, alcoolisme, drépanocytose, maladie des caissons, idiopathique. Évolution vers l'effondrement et l'arthrose. Traitement : décompression, prothèse. Grave
Ostéogenèse imparfaite Maladie génétique du collagène de type I. Fragilité osseuse extrême (fractures multiples), sclérotiques bleues, surdité. 8 types de gravité variable. Traitement : bisphosphonates (réduction du taux de fractures), chirurgie orthopédique (enclouage prophylactique). Rare