~5 millionsde follicules pileux sur le corps humain
~2 cm/moiscroissance des poils terminaux
20–60 µmdiamètre d'un poil vellus
~300follicules / cm² sur le cuir chevelu

Les trois types de poils humains

Le corps humain produit trois générations de poils morphologiquement distinctes, correspondant à des stades de développement différents. Leur transformation est en grande partie régulée par les androgènes.

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Lanugo
Ø < 20 µm · sans médulla

Poil fœtal fin, dépourvu de pigmentation et de glande sébacée. Recouvre le fœtus dès la 20ème semaine. Généralement tombé avant la naissance (dégluti puis excrété → méconium). Peut persister chez les prématurés. Régresse ou se transforme en vellus après la naissance.

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Vellus
Ø 20–60 µm · peu pigmenté

Poil fin, court, peu coloré couvrant la majeure partie de la surface corporelle chez l'enfant et chez la femme adulte. Follicule peu profond, médulla souvent absente. Glande sébacée fonctionnelle. Peut se transformer en poil terminal sous influence androgénique à la puberté.

🪶
Terminal
Ø 60–120 µm · pigmenté

Poil épais, long et pigmenté. Présent dès la naissance sur le cuir chevelu, les sourcils et les cils. Apparaît à la puberté dans les zones androgéno-dépendantes (aisselles, pubis, visage chez l'homme). Médulla présente, glande sébacée développée.

Structure du follicule pilo-sébacé

Le follicule pilo-sébacé des poils est anatomiquement identique à celui des cheveux, mais ses dimensions et son angle d'implantation varient selon la région corporelle. L'angle entre le follicule et la surface cutanée détermine la direction du poil.

Tige pilaire
Architecture de la tige

Trois couches concentriques : cuticule (écailles protectrices imbriquées), cortex (fibres de kératine α et mélanine), médulla (absente dans les poils fins). L'angle de la cuticule détermine le coefficient de frottement inter-poils, critique pour la feutrage des textiles de laine.

Bulbe
Matrice & papille

La papille dermique (tissu conjonctif vascularisé) induit et maintient la croissance. La matrice germinative (kératinocytes + mélanocytes actifs) produit la tige. La niche des cellules souches folliculaires (renflement / bulge) permet le renouvellement cyclique.

Annexes
Glande sébacée & muscle

Chaque follicule possède une glande sébacée sécrétant le sébum (protection et lubrification) et un muscle arrecteur (lisse, sympathique). La contraction de l'arrecteur érèse le poil et comprime la glande sébacée, augmentant la sécrétion de sébum en réponse au froid ou au stress.

Innervation
Réseau périfolliculaire

Chaque follicule terminal est entouré d'un réseau de fibres nerveuses sensitives formant une terminaison périfolliculaire. Ces mécanorécepteurs détectent les mouvements les plus fins de la tige — un poil peut détecter un déplacement de 0,1 mm sur la peau.

Distribution sur le corps humain

L'être humain possède environ 5 millions de follicules (hors cuir chevelu), mais leur densité et leur type varient considérablement selon les zones. Contrairement à nos ancêtres primates, la grande majorité restent en état vellus chez l'adulte.

Visage (homme)
Androgèno-dépendant · DHT

La barbe (poils terminaux du menton, lèvre supérieure, joues) se développe à la puberté sous influence de la DHT. Densité : 500–700 follicules/cm². Les moustaches nécessitent un taux de DHT plus bas que la barbe pleine.

Aisselles (axillaire)
Androgèno-dépendant · Testostérone

Transformation vellus → terminal à la puberté chez les deux sexes. Rôle dans la dispersion des phéromones apocrine. Région très dense en glandes sudoripares apocrines associées aux follicules.

Région pubienne
Androgèno-dépendant · DHEA / Testostérone

Premiers poils à apparaître à la puberté (adrénarche : sécrétion surrénalienne de DHEA dès 6–8 ans). Distribution en losange chez l'homme, triangulaire chez la femme. Fonction : réduction des frottements mécaniques.

Membres & tronc
Partiellement androgéno-dépendant

Poils vellus transformés partiellement en terminal selon l'exposition aux androgènes. Plus développés chez l'homme. La pilosité dorsale et thoracique masculine est très sensible à la DHT.

Sourcils & cils
Androgèno-indépendant

Poils terminaux présents dès la naissance, non soumis aux androgènes. Cycle plus court (~4–6 mois). Les sourcils ont des fonctions de protection oculaire et de communication non verbale via leur mobilité.

Oreilles & nez (hommes âgés)
Paradoxalement stimulé par DHT

Paradoxe pilaire : les mêmes androgènes qui causent l'alopécie androgénétique stimulent la croissance des poils narinaires et auriculaires chez les hommes âgés (sensibilité folliculaire différentielle à la DHT).

Paradoxe androgénique : La DHT miniaturise les follicules du vertex crânien (alopécie), mais stimule les follicules du menton, des aisselles et du pubis. Ce comportement opposé s'explique par des différences dans l'expression de la 5α-réductase, des récepteurs aux androgènes et des facteurs de croissance locaux (IGF-1 vs TGF-β).

Cycle de croissance des poils

Comme les cheveux, les poils subissent un cycle en quatre phases. La durée de chaque phase est spécifique à la région corporelle, déterminant ainsi la longueur maximale naturelle de chaque type de poil.

Phase I
Anagène (croissance)

Activité matricielle intense. Durée très variable : 2–6 ans pour le cuir chevelu, 2–6 semaines pour les cils, 4–6 mois pour les poils corporels. C'est cette durée courte qui explique pourquoi les poils n'atteignent pas la longueur des cheveux.

Phase II
Catagène (régression)

Involution du follicule (~2 semaines). La papille se dissocie de la matrice, la tige monte et se kératinise en poil-massue. Apoptose des kératinocytes matriciels. Phase transitoire commune à toutes les régions.

Phase III
Télogène (repos)

Follicule quiescent. Le poil-massue est retenu dans l'infundibulum. Durée : 2–4 mois pour les cheveux, mais 1–4 semaines seulement pour les cils et les sourcils. Densité maximale de poils en télogène : 15–20 %.

Phase IV
Exogène (chute)

Le nouveau poil anagène pousse et chasse le poil télogène. Chute physiologique. Chez l'adulte : 50–150 poils corporels/jour. La chute saisonnière (automne-printemps) est une synchronisation partielle des cycles télogènes, de mécanisme non encore élucidé.

Régulation hormonale de la pilosité

La distribution et la densité du poil terminal chez l'adulte sont déterminées par les androgènes, notamment la dihydrotestostérone (DHT, produit de la conversion de la testostérone par la 5α-réductase intrafolliculaire).

Stimulant
DHT (dihydrotestostérone)

Androgène le plus puissant au niveau folliculaire (5× > testostérone). Produit par la 5α-réductase de type II dans le follicule. Stimule la croissance du poil terminal dans les zones sensibles (pubis, aisselles, barbe). Inhibe les follicules du vertex crânien génétiquement prédisposés.

Freinateur
Œstrogènes

Allongent la phase anagène et réduisent la pilosité androgéno-dépendante. Expliquent la pilosité féminine moins développée malgré une sécrétion androgénique surrénalienne équivalente. Leur chute (ménopause) peut accentuer la pilosité faciale chez certaines femmes.

Thyroïde
Hormones thyroïdiennes

L'hypothyroïdie ralentit la croissance et affine les poils (signe de la queue des sourcils : alopécie du tiers externe). L'hyperthyroïdie peut provoquer une chute diffuse (effluvium télogène). Les hormones thyroïdiennes régulent directement la durée de la phase anagène.

Autres
GH, insuline, prolactine

L'hormone de croissance (GH) et l'IGF-1 stimulent la phase anagène. L'hyperinsulinisme (syndrome métabolique, SOPK) augmente la biodisponibilité des androgènes (diminution de la SHBG). La prolactine en excès peut causer une alopécie et une galactorrhée.

Sensibilité folliculaire aux androgènes selon la zone
Barbe (menton) 95%
Pubis / aisselles 88%
Poitrine / abdomen (H) 75%
Sourcils / cils 5%
Vertex crânien (alopécie) 90%

Fonctions des poils

Sensoriel
Mécanoréception tactile

Chaque poil terminal fonctionne comme un levier amplificateur de contact. Les terminaisons périfolliculaires (corpuscules de Ruffini, terminaisons libres) détectent les mouvements d'air, les vibrations et les contacts légers avant tout contact direct de la peau. Rôle d'alarme précoce.

Thermorégulation
Isolation & érection pilaire

Chez les mammifères à fourrure, l'érection pilaire (piloérection) emprisonne une couche d'air isolante. Chez l'humain, réponse vestigiale (chair de poule). Cependant, les poils corporels contribuent à réduire la perte de chaleur par convection sur la peau nue.

Protection
Barrière physique

Les poils narinaires filtrent les particules et micro-organismes inhalés. Les cils protègent la cornée des corps étrangers (réflexe cornéen). Les poils axillaires réduisent les frictions mécaniques. Les sourcils dévient la sueur et la pluie des yeux.

Communication
Signal sexuel & social

La pilosité faciale masculine (barbe) est associée à des signaux de maturité, de dominance et d'attractivité sexuelle. La distribution sexuellement dimorphique des poils (contrôlée par les androgènes) constitue un caractère sexuel secondaire visible.

Affections de la pilosité

AffectionMécanisme & descriptionGravité / Prise en charge
Hirsutisme Développement excessif de poils terminaux chez la femme dans des zones androgéno-dépendantes masculines (score de Ferriman-Gallwey ≥8). Causes : SOPK (70–80 %), hyperplasie surrénalienne congénitale, tumeur surrénalienne ou ovarienne, iatrogène. Bilan hormonal indispensable (testostérone, DHEAS, 17-OHP). Fréquent
Hypertrichose Pilosité excessive sans rapport avec les androgènes (toutes zones, tous sexes). Forme congénitale (rare : gène TRPS1) ou acquise (médicaments : minoxidil, phénytoïne, cyclosporine ; paranéoplasique). À distinguer formellement de l'hirsutisme. Variable
Pseudofolliculite (poils incarnés) Inflammation périfolliculaire causée par la repousse d'un poil rasé ou épilé qui se recourbe et pénètre dans le derme. Prévalence élevée dans les populations à poils crépus (barbe, pubis, nuque). Traitement : exfoliation, épilation laser (solution définitive). Douloureuse
Alopécie universelle Perte totale des poils et cheveux du corps. Forme sévère de la pelade (alopecia universalis). Mécanisme auto-immun contre les follicules. Traitement : inhibiteurs de JAK (baricitinib, ritlecitinib) avec efficacité démontrée depuis 2022. Sévère
Folliculite Infection bactérienne (staphylocoque) ou fongique du follicule pilo-sébacé. Pustules périfolliculaires, douloureuses. Aggravées par le rasage, la transpiration, l'occlusion. Formes profonde (furoncle) et chronique (folliculite décalvante). Fréquente
SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) Première cause d'hirsutisme féminin. Hyperandrogénisme ovarien et/ou surrénalien. Oligo/anovulation, infertilité, acné, alopécie androgénétique. Traitement : antiandrogènes (spironolactone, acétate de cyprotérone), contraceptifs oraux. Chronique
Trichophagie / Trichotillomanie Arrachage compulsif des poils (cils, sourcils, corps) dans le cadre d'un trouble obsessionnel-compulsif. Souvent associé à l'ingestion des poils (trichophagie → bézoar gastrointestinal = trichobezoar). Traitement : TCC, inhibiteurs de recapture de la sérotonine. Psychiatrique

Méthodes d'épilation & dépilation

Temporaire
Rasage & coupe

Coupe de la tige à la surface cutanée. N'affecte pas la structure du follicule ni le cycle. Le mythe de la repousse plus épaisse est infondé : la tige coupée fraîche semble plus rigide mais son diamètre et sa vitesse de croissance sont inchangés.

Semi-permanent
Épilation à la cire / fil

Arrachage de la tige avec la racine (poil en phase anagène). La régression dure 3–6 semaines. Les répétitions peuvent affaiblir progressivement la papille. Risques : folliculite, poils incarnés, hyperpigmentation post-inflammatoire sur peaux foncées.

Longue durée
Laser & lumière pulsée (IPL)

Destruction thermique sélective de la mélanine folliculaire par laser Alexandrite (755 nm), Diode (810 nm) ou Nd:YAG (1064 nm). Efficace sur poils pigmentés et peaux claires. Le Nd:YAG traite les peaux foncées sans risque de brûlure. 6–8 séances requises (poils en anagène uniquement).

Définitif
Électrolyse

Destruction de la papille par courant galvanique, thermique (thermique) ou mixte (blend). Seule méthode reconnue comme permanente par la FDA. Applicable sur tous types de poils et toutes carnations. Lente, poil par poil. Traitement de référence pour les poils blancs ou blonds non traçables au laser.