Neurologie · Électrophysiologie · Neurosciences

// unité fondamentale du système nerveuxNeurone

Cellule excitable spécialisée dans la réception, l'intégration et la transmission de signaux électrochimiques. Avec 86 milliards d'unités dans le seul cerveau humain, le neurone est la brique computationnelle du système nerveux — chaque neurone pouvant former jusqu'à 10 000 connexions synaptiques.

86 milliards (cerveau) 100–500 T synapses jusqu'à 400 Hz
Noyau Soma Dendrites Cône axonal Myéline Ranvier ↑ Synapses
01 — Anatomie

Structure du neurone

Le neurone est une cellule hautement différenciée, post-mitotique après la période périnatale. Sa polarité fonctionnelle est stricte : informations reçues par les dendrites, intégrées dans le soma, transmises unidirectionnellement via l'axone jusqu'aux boutons terminaux synaptiques.

Réception
Dendrites
Extensions arborisées du soma. Reçoivent 10 000 à 100 000 contacts synaptiques. Les épines dendritiques sont les sites de plasticité (LTP/LTD). Surface d'intégration des PPSE et PPSI.
Intégration
Corps cellulaire (soma)
Contient le noyau (ADN), ribosomes, REG, mitochondries. Intègre les potentiels entrants. Siège de la synthèse protéique. Diamètre : 5–120 µm selon le type neuronal.
Initiation
Cône axonal
Zone gâchette à la jonction soma-axone. Densité maximale de canaux Nav voltage-dépendants. Le PA est initié ici si la dépolarisation dépasse le seuil de −55 mV.
Conduction
Axone
Prolongement unique, de 0,1 mm à 1 m. Myélinisé : 70–120 m/s (conduction saltatoire) ; amyélinisé : 0,5–2 m/s. Transporte le PA sans atténuation sur toute sa longueur.
Isolation
Gaine de myéline
Formée par les cellules de Schwann (SNP) ou les oligodendrocytes (SNC). Multiplie par ~100 la vitesse de conduction. Les nœuds de Ranvier régénèrent le signal par conduction saltatoire.
Transmission
Boutons terminaux
Renflements pré-synaptiques contenant des vésicules chargées en neurotransmetteurs. L'arrivée du PA déclenche l'exocytose Ca²⁺-dépendante via les protéines SNARE dans la fente synaptique (20–40 nm).
⚡ Transport axonal — Le défi logistique

Les protéines synthétisées dans le soma doivent atteindre des terminaisons parfois distantes d'un mètre. Transport antérograde (kinésine, sur microtubules) : rapide 200–400 mm/j (vésicules synaptiques, mitochondries) ou lent 1–10 mm/j (cytosquelette). Transport rétrograde (dynéine) : retour des facteurs trophiques (NGF, BDNF) et des vésicules dégradées. Perturbations → maladies neurodégénératives (SLA, Alzheimer).

02 — Classification

Types de neurones

Les neurones se classifient selon leur morphologie (nombre de prolongements), leur rôle fonctionnel dans le circuit nerveux ou leur neurotransmetteur principal. Plus de 100 types de neurones distincts ont été identifiés dans le seul cortex cérébral.

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Neurones sensitifs (afférents)
Pseudounipolaires
Transmettent les informations sensorielles (proprioception, douleur, toucher, température) vers le SNC. Corps cellulaire dans les ganglions rachidiens dorsaux (DRG). Types Aα, Aβ, Aδ, C selon le diamètre et la myélinisation.
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Interneurones
Multipolaires (> 99 % des neurones)
Assurent l'intégration et le traitement intra-SNC. Peuvent être excitateurs (glutamatergiques) ou inhibiteurs (GABAergiques, glycinergiques). Forment les microcircuits locaux et les réseaux distribués.
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Neurones moteurs (efférents)
Multipolaires, grands axones
Transmettent les ordres moteurs vers les muscles squelettiques (motoneurones α), lisses et les glandes. Jonction neuromusculaire : ACh sur nAChR → dépolarisation de la plaque motrice → contraction.
03 — Électrophysiologie

Le potentiel d'action

Le potentiel d'action (PA) est un événement électrique stéréotypé de type "tout ou rien" qui se propage sans atténuation le long de l'axone. Il repose sur l'ouverture et la fermeture séquentielles des canaux ioniques voltage-dépendants (Nav, Kv).

// Oscilloscope — Potentiel de membrane (mV) · Animation temps réel
Vm (mV) Seuil −55 mV
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Potentiel de repos (−70 mV)

La pompe Na⁺/K⁺-ATPase maintient l'asymétrie ionique (3 Na⁺ sortent / 2 K⁺ entrent par cycle, ATP-dépendant). Les canaux K⁺ de fuite stabilisent le Vm à −70 mV.

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Dépolarisation → pic (+30 mV)

Si la somme des PPSE dépasse le seuil de −55 mV, les Nav s'ouvrent massivement → afflux de Na⁺ → Vm monte à +30 mV en moins d'1 ms. Phénomène tout ou rien.

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Repolarisation (retour à −70 mV)

Inactivation rapide des Nav + ouverture retardée des Kv → efflux de K⁺ → Vm redescend vers la ligne de base en 1–2 ms.

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Hyperpolarisation transitoire (−90 mV)

Dépassement par les Kv encore ouverts → période réfractaire absolue (impossible de déclencher un PA) puis relative. Garantit l'unidirectionnalité de la propagation.

5
Restauration des gradients

La pompe Na⁺/K⁺ restaure les asymétries ioniques en quelques ms. Un seul PA ne mobilise qu'une infime fraction des ions disponibles : le neurone peut décharger des milliers de fois sans épuisement immédiat.

04 — Synapse

La transmission synaptique

La synapse est la zone de contact fonctionnel entre deux neurones ou entre un neurone et un effecteur. Le cerveau humain contient 100 à 500 trillions de synapses. La fente synaptique mesure 20 à 40 nm — une distance franchie par diffusion en moins de 1 ms.

La synapse chimique (dominante) : l'arrivée du PA ouvre les canaux Cav présynaptiques → afflux Ca²⁺ → activation des protéines SNARE (synaptobrévine, syntaxine, SNAP-25) → fusion des vésicules → exocytose des neurotransmetteurs → liaison aux récepteurs postsynaptiques → PPSE (dépolarisation) ou PPSI (hyperpolarisation).

🔬 Règle de Hebb — La base de l'apprentissage (1949)

"Neurons that fire together, wire together." La coactivation répétée pré- et postsynaptique renforce la connexion (LTP — Long-Term Potentiation) : activation des récepteurs NMDA (lever le blocage Mg²⁺) → entrée Ca²⁺ → CaMKII → insertion de récepteurs AMPA → synapse renforcée durablement. À l'inverse, la stimulation désynchronisée affaiblit la synapse (LTD). Ces mécanismes sont la base cellulaire de la mémoire associative et de l'apprentissage (hippocampe).

La synapse électrique (gap junctions, connexines) : transmission bidirectionnelle ultrarapide sans délai chimique. Synchronise les populations neuronales (oscillations gamma, interneurones). Prédominante dans l'embryon, persiste dans certains circuits adultes (rétine, olive inférieure, cortex).

05 — Pharmacologie

Les neurotransmetteurs principaux

Les neurotransmetteurs agissent sur des récepteurs ionotropes (effets rapides en millisecondes : ouverture de canaux ioniques) ou métabotropes (effets lents en secondes : couplés aux protéines G, cascades de signalisation intracellulaire).

NeurotransmetteurActionVoies principalesFonctions & cibles thérapeutiques
GlutamateExcitateurCortex, hippocampe, cervelet, thalamusApprentissage, mémoire (NMDA, AMPA). Excitotoxicité dans l'AVC et l'épilepsie.
GABAInhibiteurPartout dans le SNCPrincipal frein neuronal. GABA-A (Cl⁻) — cible des benzodiazépines, barbituriques, alcool.
DopamineModulateurNigrostrié, mésolimbique, mésocorticalRécompense, motivation, contrôle moteur. Déficit → Parkinson ; excès mésolimbique → psychose.
Sérotonine (5-HT)ModulateurNoyaux du raphé → tout le SNCHumeur, sommeil, appétit. Cible des ISRS (dépression, TOC, anxiété).
NoradrénalineModulateurLocus coeruleus → cortex, amygdaleVigilance, attention, stress. Cible des IRSNA, α/β-bloquants.
AcétylcholineExcitateurJonction NM, noyaux de Meynert, SNPContraction musculaire, mémoire. Déficit → Alzheimer. Cible des inhibiteurs d'AChE.
GlycineInhibiteurMoelle épinière, tronc cérébralRéflexes spinaux, tonus musculaire. La strychnine (antagoniste) → convulsions mortelles.
EndorphinesModulateurSystème opioïde endogène (APC, PAG)Analgésie, euphorie. Cibles des opiacés (morphine, codéine, fentanyl).
06 — Plasticité

Neuroplasticité et apprentissage

La plasticité neuronale est la capacité du système nerveux à se modifier structurellement et fonctionnellement en réponse à l'activité, l'expérience, les lésions ou le développement. Elle s'opère du niveau moléculaire (modification des canaux, des récepteurs) au niveau du réseau (réorganisation des projections).

LTP (Long-Term Potentiation) : Induction par stimulation haute fréquence (> 100 Hz). Débloque les récepteurs NMDA (dépolarisation post-synaptique lève le blocage Mg²⁺) → Ca²⁺ → CaMKII → insertion de récepteurs AMPA dans la membrane → renforcement synaptique durable (heures à semaines). La consolidation à long terme nécessite la synthèse de nouvelles protéines (BDNF, Arc, c-Fos) et la croissance de l'épine dendritique.

Neurogenèse adulte : De nouveaux neurones naissent en continu dans le gyrus denté de l'hippocampe (mémoire spatiale et émotionnelle) et le bulbe olfactif. Favorisée par l'exercice aérobie, l'enrichissement de l'environnement et le BDNF. Inhibée par le stress chronique, les glucocorticoïdes et l'alcool.

💡 Neuroplasticité post-lésionnelle — Applications cliniques

Après un AVC, les neurones sains proches de la lésion réorganisent leurs projections axonales ("sprouting") pour prendre en charge les fonctions perdues. La rééducation intensive précoce, la contrainte induite du membre sain et la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) exploitent ces mécanismes plastiques pour maximiser la récupération fonctionnelle. La fenêtre de plasticité maximale se situe dans les 3 à 6 premiers mois post-AVC.

07 — Pathologies

Maladies affectant le neurone

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NeurodégénérativeMaladie d'Alzheimer

Dégénérescence des neurones cholinergiques (noyau basal de Meynert) puis corticaux. Plaques amyloïdes (Aβ42) et dégénérescences neurofibrillaires (tau hyperphosphorylée). 55 millions de malades. Inhibiteurs d'AChE (donépézil), mémantine, anticorps anti-Aβ (lécaneamab, donanemab, 2023–2024).

⚡
NeurodégénérativeMaladie de Parkinson

Dégénérescence des neurones dopaminergiques de la substance noire (voie nigrostriée). Triade : tremblement de repos, akinésie, rigidité plastique. Corps de Lewy (α-synucléine). L-Dopa + carbidopa, agonistes dopaminergiques, stimulation cérébrale profonde du NST.

🔴
Auto-immuneSclérose en plaques (SEP)

Démyélinisation inflammatoire auto-immune des axones du SNC (oligodendrocytes cibles). Ralentissement et blocage de la conduction saltatoire. Clinique protéiforme : névrite optique, paresthésies, déficit moteur, ataxie. Interférons β, natalizumab, ocrélizumab (anti-CD20).

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PsychiatriqueSchizophrénie

Dérégulation dopaminergique : hyperactivité mésolimbique (hallucinations, délires) et hypoactivité mésocorticale (apathie, alogie). Hypo-glutamatergie NMDA. Antipsychotiques (antagonistes D2), clozapine, aripiprazole (agoniste partiel D2).

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NeurodégénérativeSLA — Sclérose latérale amyotrophique

Dégénérescence des motoneurones supérieurs (cortex moteur) et inférieurs (corne antérieure, bulbe). Paralysie progressive ascendante. Mutations SOD1, TDP-43, FUS, C9orf72. Riluzole (anti-glutamate), tofersen (ARN antisens anti-SOD1), édavarone.

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NeurologiqueÉpilepsie

Hypersynchronisation anormale récurrente : déséquilibre excitation/inhibition (excès glutamate ou déficit GABA). Causes génétiques (canalopathies Nav), structurelles, métaboliques. Valproate, lamotrigine, lévétiracétam, chirurgie (lobectomie temporale si foyer résistant).