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La glande exocrine masculineProstate

Glande exocrine de l'appareil reproducteur masculin, la prostate entoure l'urètre à sa sortie de la vessie. Elle sécrète le liquide prostatique (30 % du volume séminal) et est le siège de trois grandes pathologies : l'hypertrophie bénigne, la prostatite et le cancer — 1er cancer chez l'homme en France.

~20 g
Poids adulte normal
1er
Cancer ♂ en France
50 %
HBP après 50 ans
Vessie Urètre Péri. 70% Transi. Centr. Canaux éjac. V.S. V.S. Sphincter . Prostate
01 — Anatomie

Structure et topographie de la prostate

La prostate est une glande exocrine de 20–25 g chez l'adulte jeune (3 × 3 × 4 cm, forme de châtaigne), entourant l'urètre dans sa portion prostatique (3–4 cm), immédiatement sous le col vésical. Elle est palpable au toucher rectal (face antérieure du rectum). La prostate est en rapport avec la symphyse pubienne en avant, le rectum en arrière, les vésicules séminales en haut, le sphincter strié en bas et la lame recto-vésicale (fascia de Denonvilliers) qui la sépare du rectum.

La capsule prostatique est une structure fibromusculaire recouvrant la glande, traversée par les bandelettes neurovasculaires (nerfs érecteurs — branches du plexus pelvien) dont la préservation conditionne la continence et la fonction érectile post-chirurgicale.

🔗 Relations anatomiques avec l'urètre

L'urètre prostatique reçoit à mi-hauteur les canaux éjaculateurs (issus des vésicules séminales et des ampoules déférentielles), qui s'abouchent dans le veru montanum (colliculus séminal). De part et d'autre, les canaux prostatiques (15–30) se déversent dans les sinus prostatiques. Le sphincter lisse interne (col vésical, dépendant du système sympathique α) et le sphincter strié externe (en dessous, dépendant du système somatique) contrôlent la continence urinaire et empêchent l'éjaculation rétrograde.

02 — Zonation de McNeal (1981)

Les quatre zones anatomiques de la prostate

La zonation de McNeal (1981) est fondamentale en urologie car les pathologies ne se développent pas de manière uniforme selon les zones.

Zone périphérique
70 % du volume glandulaire
Siège de 70–75 % des cancers de la prostate. Accessible au toucher rectal (face postérieure). Richement glandulaire. Site des prostatites chroniques.
Zone centrale
20–25 % du volume
Entoure les canaux éjaculateurs. Siège de 5–10 % des cancers. Tissu histologiquement différent de la zone périphérique.
Zone de transition
5–10 % (adulte jeune)
Siège quasi-exclusif de l'HBP (hyperplasie bénigne). Peut représenter 90 % du volume en cas d'HBP massive. 10–20 % des cancers naissent ici.
Zone fibro-musculaire antérieure
Non glandulaire
Face antérieure de la prostate. Stroma fibro-musculaire sans glandes. Pas de cancer ni d'HBP. Sépare la prostate de la symphyse pubienne.
03 — Physiologie

Sécrétion et rôle dans la reproduction

La prostate est une glande tubuloalvéolaire dont les acini sécrètent le liquide prostatique, composante majeure du liquide séminal (30 % du volume total d'un éjaculat de 2–5 ml). Ce liquide joue un rôle essentiel dans la survie et la capacité fertilisante des spermatozoïdes.

ComposantConcentrationRôle
PSA (Kallikréine 3)0,5–2 mg/ml (liquide séminal)Protéase sérine → liquéfaction du coagulum séminal post-éjaculation (1–20 min). Biomarqueur carcinologique sérique.
Zinc150 mg/L (plus haute concentration du corps)Stabilisation de la chromatine des spermatozoïdes, activité antibactérienne, régulation de l'activité du PSA.
Acide citrique150 mMSource d'énergie pour les spermatozoïdes, maintien de l'osmolarité séminalé et du pH.
Phosphatase acide prostatique (PAP)Très élevéeAncienne marqueur carcinologique (remplacé par PSA). Rôle physiologique incertain.
SpermineÉlevéePolyamine aux propriétés antibactériennes, stabilisation de l'ADN spermatique.
pH liquidien6,4–6,8 (légèrement acide)Tamponne le milieu vaginal acide (pH 3,5–4,5) avec le bicarbonate des vésicules séminales pour protéger les spermatozoïdes.

La sécrétion prostatique est sous contrôle androgénique (dihydrotestostérone, DHT — produite localement par la 5α-réductase à partir de la testostérone). La castration (orchidectomie ou agonistes LHRH) entraîne une atrophie prostatique significative — principe de la privation androgénique dans le cancer de la prostate.

04 — Dépistage

Le PSA — Antigène Prostatique Spécifique

Le PSA (Prostate-Specific Antigen) est une glycoprotéine de 28 kDa produite spécifiquement par l'épithélium glandulaire prostatique (codé par le gène KLK3). Il est normalement confiné dans la lumière des acini mais diffuse dans le sang lors de perturbations de l'architecture glandulaire (cancer, prostatite, HBP). Le PSA est organo-spécifique mais non cancéro-spécifique.

🧪 Interpréteur PSA total
—
⚖️ Limites du PSA et nouveaux biomarqueurs

Le PSA seul a une valeur prédictive positive de seulement 25–30 % pour seuil > 4 ng/mL. Pour améliorer sa spécificité : densité du PSA (PSA/volume prostatique, seuil 0,15), vélocité (variation annuelle > 0,75 ng/mL/an : suspect), rapport PSA libre/PSA total (si < 15 % → risque élevé de cancer), PHI (Prostate Health Index), Select MDx (urine), ExoDx. L'IRM multiparamétrique (mpIRM) + score PI-RADS (1–5) guide les biopsies ciblées et révolutionne le diagnostic depuis 2015.

05 — HBP

Hyperplasie bénigne de la prostate

L'HBP est la tumeur bénigne la plus fréquente chez l'homme (50 % après 50 ans, 80 % après 80 ans). Elle résulte de la prolifération des cellules stromales et épithéliales de la zone de transition, sous l'influence des androgènes (DHT) et des œstrogènes. Elle peut atteindre 200–300 g (volume normal : 20–30 cm³).

Les symptômes (LUTS — Lower Urinary Tract Symptoms) sont classés selon le score IPSS (International Prostate Symptom Score, 0–35) : dysurie (jet faible, retard à la miction), pollakiurie nocturne (nycturie), urgences mictionnelles, sensation de vidange incomplète. Complications : rétention aiguë d'urine (RAU), infections urinaires à répétition, lithiase vésicale, insuffisance rénale obstructive.

Traitement médicamenteux : alpha-bloquants (tamsulosine, alfuzosine — relaxation du muscle lisse urétral, effet rapide), inhibiteurs de la 5α-réductase (finastéride, dutastéride — réduction du volume prostatique de 20–30 % en 6–12 mois, prévention de la RAU). Traitement chirurgical si échec médical : résection transurétrale de la prostate (RTUP, standard), vaporisation laser (Greenlight), HoLEP (laser holmium, technique de référence pour gros volumes).

06 — Pathologies

Cancer de la prostate et prostatites

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OncologieAdénocarcinome de la prostate

1er cancer de l'homme en France (60 000 nouveaux cas/an), 3e cause de mortalité par cancer. 95 % d'adénocarcinomes (acini glandulaires). Souvent asymptomatique aux stades localisés. Score de Gleason / Grade Group (1–5) quantifie l'agressivité histologique. Staging TNM. Traitement localisé : surveillance active (très bas risque), prostatectomie radicale robotique (Da Vinci), radiothérapie externe (IMRT) ± curiethérapie. Métastatique : privation androgénique (castration chimique : agonistes LHRH, antiandrogènes de nouvelle génération — enzalutamide, apalutamide, darolutamide) + docétaxel ou abiratérone. Cibles émergentes : PARP inhibiteurs (olaparib si BRCA1/2), immunothérapie (sipuleucel-T), thérapie au radium-223, PSMA-lutetium.

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InfectieuxProstatite aiguë bactérienne

Urgence infectieuse ulogique. Fièvre > 38,5°C, frissons, douleurs pelviennes intenses, dysurie, rétention aiguë d'urine possible. Toucher rectal : prostate chaude, tendue, exquise à la pression — À NE PAS MASSER (risque de bactériémie/sepsis). ECBU positif. Agents : E. coli (80 %), Klebsiella, Proteus, Enterococcus. Traitement : fluoroquinolones (ciprofloxacine 4 semaines) ou ceftriaxone IV si sepsis. Évolution : guérison ou chronicisation.

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ChroniqueProstatite chronique / Syndrome douloureux pelvien chronique (SDPC)

Syndrome clinique (NIH type III) : douleurs pelviennes ≥ 3 mois sans infection documentée. Tableau complexe : douleurs périnéales/scrotales/péniennes, troubles mictionnels, dysfonction érectile, douleur à l'éjaculation. ECBU négatif. Physiopathologie mixte : neurologique, psychologique, musculaire. Traitement multimodal : alpha-bloquants, AINS, rééducation pelvi-périnéale, anxiolytiques, neuromodulation.