Neurologie · Maladies neurodégénératives

AlzheimerMaladie d'Alzheimer

Maladie neurodégénérative progressive d'évolution lente, caractérisée par une détérioration des fonctions cognitives conduisant à la démence. Elle représente 60 à 70 % des démences et constitue un enjeu de santé publique mondial majeur.

0Personnes atteintes (monde)
0Cas estimés (France)
0Des démences
0
Cas sporadiques (>65 ans)
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Durée évolution moyenne
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Avant les symptômes (lésions)
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Femmes pour 1 homme
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Physiopathologie

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Plaques amyloïdes (plaques séniles)
Accumulation extracellulaire de peptide bêta-amyloïde (Aβ40, Aβ42) résultant du clivage anormal de la protéine précurseur de l'amyloïde (APP) par les bêta et gamma-sécrétases. Les plaques amyloïdes sont le premier marqueur lésionnel, précédant les symptômes de 15-20 ans. Neurotoxiques directement et via activation gliale et neuroinflammation.
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Dégénérescences neurofibrillaires (DNF)
Agrégats intraneuronaux de protéine Tau hyperphosphorylée formant des paires de filaments hélicoïdaux. La Tau hyperphosphorylée perd sa fonction de stabilisation des microtubules, provoquant la désintégration du cytosquelette neuronal et la mort cellulaire. Propagation selon les stades de Braak (I-VI).
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Perte synaptique et neuronale
La perte synaptique corrèle le mieux avec le déficit cognitif. Atteinte précoce de l'hippocampe (mémoire épisodique), cortex entorhinal, puis diffusion néocorticale. Perte neuronale : 50% des neurones cholinergiques du noyau de Meynert à un stade avancé. Atrophie cérébrale progressive visible en IRM.
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Déficit cholinergique
Atteinte précoce du système cholinergique ascendant (noyau de Meynert, noyaux du septum médian). Réduction de 50-90% de la choline acétyltransférase (ChAT) dans le cortex. Le déficit cholinergique explique les troubles mnésiques et attentionnels — base des traitements par inhibiteurs de l'acétylcholinestérase.
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Neuroinflammation
Activation microgliale et astrocytaire autour des plaques amyloïdes. Libération de cytokines pro-inflammatoires (IL-1β, IL-6, TNF-α). La neuroinflammation est à la fois protectrice (clairance Aβ) et délétère (amplification lésionnelle). Cible thérapeutique émergente.
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Stress oxydatif et dysfonction mitochondriale
Accumulation de radicaux libres dans les neurones, oxydation des lipides membranaires et de l'ADN. Dysfonction de la chaîne respiratoire mitochondriale. L'Aβ s'accumule dans les mitochondries et perturbe leur fonctionnement — cercle vicieux lésionnel.
Hypothèse Amyloïde (Cascade Hypothesis, Hardy & Higgins, 1992) : L'accumulation d'Aβ est l'événement déclencheur primaire, entraînant en cascade la phosphorylation de Tau, la perte synaptique, la neuroinflammation et la mort neuronale. Les thérapies anti-amyloïdes récentes (lécané­mab, donanemab) valident partiellement cette hypothèse en montrant un ralentissement cognitif après élimination des plaques.
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Facteurs de risque

FacteurTypeImpactMécanismeModifiable
Âge Non modifiable Principal facteur — risque double tous les 5 ans après 65 ans Accumulation progressive des lésions amyloïdes et Tau avec le temps Non
Génétique — APOE ε4 Non modifiable Risque ×3 (hétérozygote) à ×8-12 (homozygote) Réduction de la clairance de l'Aβ, augmentation de son agrégation Non
Génétique — formes familiales (APP, PS1, PS2) Non modifiable Alzheimer précoce (< 65 ans) — 1% des cas Mutations autosomiques dominantes augmentant la production d'Aβ42 Non
Syndrome de Down (trisomie 21) Non modifiable Quasi-certitude d'Alzheimer après 40 ans APP localisée sur le chromosome 21 — surproduction d'Aβ Non
Hypertension artérielle (midlife) Cardiovasculaire Risque ×1.6 si HTA non traitée entre 40-65 ans Lésions vasculaires, réduction du débit cérébral, accumulation Aβ Oui
Diabète type 2 Métabolique Risque ×1.5-2 Résistance à l'insuline cérébrale, hyperglycémie neurotoxique, microangiopathie Oui
Faible niveau d'éducation Réserve cognitive Risque inversement proportionnel au niveau d'éducation Réserve cognitive réduite (moins de connexions synaptiques compensatrices) Oui (éducation continue)
Sédentarité Mode de vie Activité physique réduit le risque de 30-40% Réduction BDNF, neuroinflammation accrue, maladies métaboliques Oui
Dépression (midlife) Psychiatrique Risque ×2, surtout si récurrente avant 65 ans Hypercortisolémie chronique, neurogenèse hippocampique réduite Oui (traitement)
Perte auditive non traitée Sensoriel Risque ×2 selon degré de perte Réduction des afférences cognitives, isolement social, surcharge cognitive Oui (prothèse)
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Stades cliniques — évolution

Simulateur de score MMSE (Mini Mental State Examination)

0 30
28/30
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Phase préclinique (silencieuse)
15-20 ans avant les symptômes
Accumulation des plaques amyloïdes et des DNF sans symptômes cliniques. Détectable uniquement par biomarqueurs (TEP-amyloïde, LCR : Aβ42 abaissé, Tau élevé). Cible idéale pour les thérapies préventives. Stade SCD (Subjective Cognitive Decline) : plaintes subjectives sans déficit objectif.
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Trouble cognitif léger (MCI)
MMSE 24-28 — CDR 0.5
Déficits cognitifs objectivés aux tests neuropsychologiques (mémoire épisodique +++) sans retentissement sur les activités quotidiennes complexes. Taux de conversion vers la démence : 10-15%/an. Biomarqueurs amyloïdes et Tau permettent de prédire la conversion. Stade MCI amnésique (forme la plus fréquente) ou multidomaine.
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Démence légère (stade 1)
MMSE 20-26 — CDR 1
Troubles de mémoire épisodique (oublis récents, répétitions, oubli de mots — manque du mot). Désorientation temporelle. Difficultés professionnelles. Le patient est encore autonome pour les activités de base. Anosognosie souvent présente. Aidant proche généralement seul garant de la prise en charge.
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Démence modérée (stade 2)
MMSE 10-20 — CDR 2
Extension aux fonctions exécutives, au langage (aphasie), aux praxies (apraxie) et aux gnosies (agnosie). Syndrome aphaso-apraxo-agnosique. Déambulation, fugues. Dépendance partielle pour les activités instrumentales et de base. Risque de chutes. Troubles du comportement et psychologiques (BPSD) fréquents.
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Démence sévère (stade 3)
MMSE <10 — CDR 3
Dépendance totale — perte de toutes les fonctions cognitives. Mutisme, grabatisation, complications de décubitus (escarres, infections pulmonaires, dénutrition). Troubles de la déglutition. La mort survient généralement de bronchopneumopathie par fausse route ou infection intercurrente. Durée médiane de survie après stade sévère : 1-3 ans.
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Diagnostic & Biomarqueurs

ExamenIndicationRésultat évocateurSensibilité/Spécificité
MMSE / MoCA / ADAS-Cog Dépistage et suivi cognitif MMSE <24 (démence) ou déclin >3 points/an. MoCA plus sensible pour le MCI. MMSE : Sens. 87%, Spéc. 82% pour démence
IRM cérébrale (3T) Exclusion autre cause, évaluation atrophie Atrophie hippocampique et corticale temporo-pariétale (score de Scheltens). Pas de lésion vasculaire majeure. Aide au diagnostic, non spécifique
TEP-FDG cérébral Stades précoces, MCI — hypométabolisme Hypométabolisme temporo-pariétal bilatéral, cortex cingulaire postérieur. Pattern spécifique d'Alzheimer. Sens. 90%, Spéc. 89%
TEP-amyloïde (18F-florbetapir) Confirmation amyloïde — essais cliniques Captation corticale diffuse du traceur amyloïde (florbetapir, florbetaben, flutémétamol). Normal vs positif. Sens. 95%, Spéc. 90%+
LCR (ponction lombaire) Confirmation biomarqueurs in vivo Triade Alzheimer : Aβ42 abaissé (<550 pg/mL), Tau total élevé (>350 pg/mL), pTau181 élevé. Ratio Aβ42/40 et Aβ42/pTau. Sens. 95%, Spéc. 85%
Dosage Aβ42 et pTau plasmatiques Outil non invasif émergent (2022+) pTau217 plasmatique corrèle fortement avec le statut amyloïde TEP. Révolution diagnostique en cours. pTau217 plasma : Sens. 88%, Spéc. 86%
Génotypage APOE Conseil génétique — risque APOE ε4 augmente le risque mais n'est pas diagnostique seul. Utile pour conseil génétique et inclusion dans les essais. Non diagnostique seul
Neuropsychologie complète Profil cognitif détaillé, diagnostic différentiel Atteinte mémoire épisodique (rappel différé effondré), fluences verbales réduites, tests visuospatiaux altérés. Gold standard fonctionnel
Critères NIA-AA 2018 : Le diagnostic peut désormais reposer sur les biomarqueurs biologiques (biomarqueur A+ = amyloïde, T+ = Tau, N+ = neurodégénérescence) même en l'absence de symptômes (stade préclinique). Schéma ATN permettant de classer les patients dans les essais thérapeutiques.
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Traitements & Prise en charge

TraitementClasseMécanismeIndicationNiveau preuve
Donépézil (Aricept) Inhibiteur AChE Inhibe l'acétylcholinestérase — augmente l'acétylcholine synaptique. Comprime 5-10 mg/j. Alzheimer léger à modérément sévère Niveau A
Rivastigmine (Exelon) Inhibiteur AChE + BuChE Double inhibition AChE et BuChE. Patch transdermique ou gélule. Moins d'effets gastro-intestinaux avec le patch. Alzheimer léger à modéré et démence de Parkinson Niveau A
Galantamine (Reminyl) Inhibiteur AChE + modulateur nAChR Inhibe AChE et potentialise les récepteurs nicotiniques. LP 16-24 mg/j. Alzheimer léger à modéré Niveau A
Mémantine (Ebixa) Antagoniste NMDA Bloque les récepteurs NMDA au glutamate (excitotoxicité) — neuroprotecteur. 20 mg/j. Peut être associée aux iAChE. Alzheimer modéré à sévère Niveau A
Lécané­mab (Leqembi) Anticorps anti-amyloïde (mAb) Elimine les protofibrilles Aβ — 18 mois de traitement IV. Approuvé FDA 2023. Ralentit le déclin de 27% (essai CLARITY AD). Alzheimer précoce (MCI-léger), amyloïde confirmé Niveau A (2023)
Donanemab (Kisunla) Anticorps anti-amyloïde (mAb) Cible la forme pyro-glutamate de l'Aβ. Essai TRAILBLAZER-ALZ2 : ralentissement de 35% du déclin. Approuvé FDA 2024. Alzheimer précoce, amyloïde + Tau confirmés Niveau A (2024)
Prise en charge non médicamenteuse Rééducation cognitive Stimulation cognitive, orthophonie, ergothérapie, activité physique adaptée, musicothérapie, réminiscence. Tous stades Niveau B
Gestion des BPSD Antipsychotiques (avec précaution) Rispéridone (si agitation sévère, courte durée). Citalopram ou trazodone en 1ère intention. Éviter benzodiazépines. Troubles comportementaux et psychologiques Niveau B-C
Annonce du diagnostic : La HAS recommande une annonce diagnostique en consultation dédiée, progressive, avec la personne atteinte ET son aidant proche, par un médecin formé. Prescription d'un plan personnalisé de soins (PPS). Orientation vers une consultation mémoire de proximité ou un CMRR (Centre Mémoire de Ressources et de Recherche).
Références : HAS — Maladie d'Alzheimer — Guide du parcours de soins, 2023. · Van Dyck CH. et al. — Lecanemab in Early Alzheimer's Disease. NEJM, 2023. · Sims JR. et al. — Donanemab in Early Symptomatic Alzheimer Disease (TRAILBLAZER-ALZ2). JAMA, 2023. · Jack CR. et al. — NIA-AA Research Framework, Alzheimer's & Dementia, 2018. · Livingston G. et al. — Dementia prevention, intervention, and care. Lancet, 2020.