Oncologie · Hématologie

Cancernéoplasie maligne

Maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anarchique, incontrôlée et autonome, avec capacité d'invasion locale et de dissémination à distance. Première cause de mortalité en France depuis 2004, le cancer reste l'un des défis majeurs de la médecine moderne.

0Nouveaux cas/an (France)
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0Taux de survie à 5 ans (tous cancers)
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Décès / an (monde)
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Hommes concernés (vie entière)
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Femmes concernées (vie entière)
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Mécanismes de la cancérogenèse

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Instabilité génomique
Accumulation de mutations somatiques dans les cellules : mutations ponctuelles, délétions, amplifications, translocations chromosomiques. Les cancers résultent de l'accumulation de plusieurs mutations (théorie multi-étapes). Mutation de TP53 dans 50% des cancers — gardien du génome.
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Proto-oncogènes et oncogènes
Les proto-oncogènes codent des protéines de prolifération (RAS, MYC, HER2). Une mutation gain-de-fonction les transforme en oncogènes actifs en permanence — accélérateur de croissance coincé. Amplification HER2 dans 20% des cancers du sein.
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Gènes suppresseurs de tumeurs
Régulateurs négatifs du cycle cellulaire (RB, TP53, BRCA1/2, APC). Deux coups de Knudson : inactivation des deux allèles nécessaire. Mutation germinale BRCA1/2 : risque cumulé de cancer du sein 70%, ovaire 40%.
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Échappement à l'apoptose
Les cellules cancéreuses surexpriment des anti-apoptotiques (Bcl-2, survivine) et sous-expriment les pro-apoptotiques. Résistance aux signaux de mort cellulaire programmée — immortalisation. Cible thérapeutique : venetoclax (leucémies).
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Angiogenèse tumorale
La tumeur sécrète du VEGF pour recruter de nouveaux vaisseaux sanguins assurant son apport en O₂ et nutriments. Vaisseaux tumoraux anarchiques, perméables. Cible des anti-angiogéniques (bevacizumab, sunitinib).
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Invasion et métastases
Capacité des cellules tumorales à franchir la membrane basale (protéases matricielles — MMPs), envahir les tissus voisins, entrer dans la circulation, extravasation, colonisation d'organes à distance. Implique transition épithélio-mésenchymateuse (TEM).
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Immunoédition et échappement immunitaire
Les tumeurs modifient leur microenvironnement pour échapper aux lymphocytes T cytotoxiques : surexpression de PD-L1, recrutement de cellules immunosuppressives (Treg, MDSC), perte d'expression du CMH-I. Cible des immunothérapies anti-PD-1/PD-L1.
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Microenvironnement tumoral (TME)
La tumeur est un écosystème : cellules cancéreuses + stroma (fibroblastes associés aux tumeurs), vaisseaux, cellules immunitaires, matrice extracellulaire. Le TME régule la progression, les métastases et la réponse aux traitements.
Les 10 hallmarks du cancer (Hanahan & Weinberg, 2000 — révisés 2011 et 2022) : Autosuffisance en signaux de croissance · Insensibilité aux signaux antiprolifératifs · Échappement à l'apoptose · Potentiel de réplication illimité (télomérase) · Angiogenèse soutenue · Invasion et métastases · Reprogrammation métabolique (Warburg) · Échappement immunitaire · Instabilité génomique · Inflammation pro-tumorale. Deux nouveaux en 2022 : déverrouillage de la plasticité phénotypique + microbiome tumoral.
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Principaux cancers en France

Sélectionner un type de cancer

Stade TNMTumeur (T)Ganglions (N)Métastases (M)Pronostic général
Stade I Tumeur localisée, petite taille, limitée à l'organe d'origine N0 : aucun envahissement ganglionnaire régional M0 : pas de métastase à distance Bon — Traitement curatif possible. Survie 5 ans souvent > 80-90%.
Stade II Tumeur plus volumineuse, envahissement possible des structures adjacentes N0-N1 : ganglions régionaux parfois envahis M0 : pas de métastase Intermédiaire — Chirurgie + traitement adjuvant. Survie 5 ans 60-80%.
Stade III Tumeur localement avancée, envahissement des structures voisines N1-N3 : envahissement ganglionnaire régional marqué M0 : pas de métastase Difficile — Radio-chimiothérapie concomitante souvent. Survie 5 ans 30-50%.
Stade IV Toute taille tumorale N quelconque M1 : métastases à distance (poumon, foie, os, cerveau, péritoine) Palliatif en règle — Chimiothérapie, immunothérapie, thérapies ciblées. Survie 5 ans < 20% (sauf exceptions).
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Démarche diagnostique en oncologie

ExamenIndicationApport diagnostique
Biopsie + anatomopathologie Diagnostic de certitude — obligatoire avant tout traitement Typage histologique (carcinome, sarcome, lymphome...), grade tumoral (différenciation), marqueurs immunohistochimiques (ER, PR, HER2, Ki67, PD-L1), index mitotique.
Biologie moléculaire tumorale (NGS) Médecine de précision — thérapies ciblées Next Generation Sequencing : profil mutationnel complet (EGFR, KRAS, BRAF, ALK, ROS1, BRCA1/2, MSI/MMR, TMB). Guide le choix des thérapies ciblées et de l'immunothérapie.
Biopsie liquide (ctDNA) Suivi, résistance, rechute — non invasif ADN tumoral circulant dans le plasma. Détection précoce de la rechute, monitoring de la réponse, identification des mutations de résistance. Résolution spatiale limitée.
Scanner thoraco-abdomino-pelvien (TDM) Bilan d'extension systémique Détection des adénopathies, métastases hépatiques, pulmonaires, péritonéales. Mesure des lésions selon critères RECIST 1.1 (évaluation réponse).
IRM Tumeurs cérébrales, hépatiques, pelviennes, osseuses Meilleure résolution des parties molles. Rehaussement après gadolinium — distingue tissu tumoral vivant vs nécrose. IRM fonctionnelle (spectroscopie, perfusion) pour grading.
TEP-FDG (PET scan) Bilan d'extension, rechute, évaluation précoce réponse Hypermétabolisme glucidique des tumeurs (effet Warburg). Détection de sites métastatiques occultes. Évaluation précoce (cycle 2) de la réponse à la chimiothérapie (critères PERCIST).
Marqueurs tumoraux biologiques Dépistage, suivi, récidive (jamais diagnostic seul) PSA (prostate), ACE (colorectal), AFP (hépatocarcinome, tumeurs germinales), CA 125 (ovaire), CA 19-9 (pancréas), bêta-HCG (tumeurs germinales), thyroglobuline (cancer thyroïde différencié).
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Traitements en oncologie

TraitementMécanismeIndication principaleEffets indésirables clés
Chirurgie oncologique Exérèse de la tumeur avec marges saines (RO). Curative si localisée. Peut être prophylactique (mastectomie BRCA+). Tous cancers solides localisés — pierre angulaire de la guérison Complications opératoires selon localisation, lymphœdème (curage axillaire/inguinal)
Radiothérapie (RT) Irradiation ionisante ciblée (photons X, protons) provoquant des cassures double-brin de l'ADN tumoral. Conformationnelle 3D, stéréotaxique (SBRT), IMRT. Tumeurs localisées (sein, prostate, cerveau, ORL, rectum) — adjuvante ou exclusive Mucite, radiodermatite, fatigue, fibrose tardive, toxicité organe à risque
Chimiothérapie cytotoxique Agents alkylants (cisplatine), antimétabolites (5-FU, méthotrexate), taxanes, anthracyclines, inhibiteurs topoisomérase — tuent les cellules en division (effets sur cellules normales également). Cancers métastatiques, néoadjuvant, adjuvant, sensibles à la chimio (ovaire, sein TN, CBPC) Aplasie médullaire, nausées/vomissements, alopécie, neuropathie, cardiotoxicité (anthracyclines)
Thérapies ciblées Inhibiteurs de kinases (imatinib, erlotinib, crizotinib), anticorps monoclonaux (trastuzumab HER2, cetuximab EGFR). Ciblent spécifiquement la mutation conductrice. Cancers avec biomarqueur prédictif (EGFR poumon, HER2 sein/gastrique, BCR-ABL LMC, BRAF mélanome) Rash cutané (anti-EGFR), cardiotoxicité (trastuzumab), diarrhée, HTA (anti-VEGF)
Immunothérapie (ICI) Inhibiteurs de checkpoint immunitaire anti-PD-1 (pembrolizumab, nivolumab), anti-PD-L1 (atézolizumab), anti-CTLA-4 (ipilimumab). Réactivent les LT cytotoxiques anti-tumoraux. Mélanome, poumon, vessie, rein, MSI-H (tous cancers), Hodgkin — en expansion massive Effets indésirables immuno-médiés (irAE) : colite, pneumopathie, thyroïdite, hépatite (1-30%)
Thérapies CAR-T Lymphocytes T autologues génétiquement modifiés pour exprimer un récepteur chimérique anti-tumoral (anti-CD19 pour B, anti-BCMA pour myélome). Traitement unique. Lymphome diffus grandes cellules B réfractaire, LAL-B, myélome multiple en rechute/réfractaire Syndrome de relargage cytokinique (CRS), neurotoxicité (ICANS), aplasie prolongée
Hormonothérapie Privation hormonale (anti-androgènes, inhibiteurs aromatase) ou blocage des récepteurs hormonaux (tamoxifène anti-ER, enzalutamide anti-AR). Pour tumeurs hormono-dépendantes. Cancer du sein ER+/PR+, cancer de la prostate Bouffées de chaleur, ostéoporose, troubles sexuels, risque thromboembolique (tamoxifène)
Radioligand thérapeutique (RLT) Ligand spécifique couplé à un radionucléide (Lu-177-DOTATATE pour NET, Lu-177-PSMA pour prostate). Irradiation interne ciblée des récepteurs tumoraux. Tumeurs neuroendocrines SSTR+ (LUTATHERA), cancer prostate PSMA+ réfractaire (PLUVICTO) Cytopénie, fatigue, xérostomie (PSMA), néphrotoxicité (surveillance)
Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) : Toute décision thérapeutique oncologique doit être validée en RCP — équipe pluridisciplinaire (chirurgien, oncologue médical, radiothérapeute, radiologue, pathologiste, pharmacien). Obligatoire en France (Plan Cancer). Discussion du dossier sur la base du résumé standardisé de dossier (RSD).
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Prévention & Dépistage organisé

CancerFacteurs de risque modifiablesDépistage organisé (France)Cible
Poumon Tabac (×15-30), tabagisme passif, radon, amiante, hydrocarbures Scanner faible dose thoracique (INCa 2023) — en cours de déploiement en France Grands fumeurs 50-74 ans, ≥ 20 PA, actifs ou sevrés < 15 ans
Sein Âge, ATCD familiaux, mutation BRCA, hormones exogènes (THS), alcool, obésité post-ménopause Mammographie biennale + examen clinique — Dépistage organisé national Femmes 50-74 ans
Colorectal Alimentation (viandes transformées), alcool, obésité, sédentarité, ATCD familiaux, MICI, adénomes Test immunologique fécal (FIT) tous les 2 ans + coloscopie si positif Hommes et femmes 50-74 ans
Col utérin HPV (16, 18 — 99,7% des cas), tabac, immunodépression, multipartenariat Frottis cervico-utérin tous les 3 ans (25-65 ans). Vaccination HPV (Gardasil 9) Femmes 25-65 ans — vaccination 11-14 ans (rattrapage 15-19 ans)
Prostate Âge (> 50 ans), origine africaine-antillaise, ATCD familiaux BRCA2 Pas de dépistage organisé national. Dosage PSA sur décision individuelle après information Hommes > 50 ans à risque élevé (décision individuelle éclairée)
Mélanome UV naturels et artificiels (cabines de bronzage), peau claire, nombreux naevi, ATCD familiaux Pas de dépistage organisé. Auto-surveillance (règle ABCDE) + examen dermatologique annuel si FDR Population à risque (phototype I-II, > 50 naevi, ATCD)
Facteurs de risque évitables : Selon l'INCa, 40% des cancers pourraient être évités en agissant sur les facteurs de risque modifiables. Les cinq principaux : tabac (20% des cancers), alcool (8%), surpoids/obésité (6%), agents infectieux (HPV, Helicobacter, HBV/HCV), surexposition aux UV. La suppression du tabac seule éviterait 45 000 cancers par an en France.
Références : INCa — Les cancers en France — Edition 2023. e-cancer.fr · Hanahan D. — Hallmarks of Cancer : New Dimensions. Cancer Discovery, 2022. · ESMO — Clinical Practice Guidelines 2023. esmo.org · Sung H. et al. — Global Cancer Statistics 2020 (GLOBOCAN). CA Cancer J Clin, 2021. · Plan national de lutte contre le cancer 2021-2030. gouvernement.fr