Endocrinologie · Maladies métaboliques

Diabètediabetes mellitus

Groupe de maladies métaboliques caractérisées par une hyperglycémie chronique résultant d'un défaut de sécrétion d'insuline, d'un défaut d'action de l'insuline, ou des deux. La complication chronique de l'hyperglycémie est la destruction progressive des organes cibles (vaisseaux, nerfs, reins, yeux).

0Diabétiques dans le monde
0Personnes atteintes (France)
0Décès liés au diabète
0
Diabète type 2
0
Seuil diagnostic (à jeun)
0
Cible HbA1c (général)
0
Cas projetés (milliards)
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Classification des diabètes

5-10%
Diabète de type 1 (DT1)
Auto-immun — destruction des cellules bêta du pancréas par lymphocytes T CD8+ auto-réactifs (antigènes : insuline, GAD65, IA-2). Déficit absolu en insuline. Début souvent chez l'enfant ou l'adulte jeune. Acidocétose diabétique en cas de diagnostic tardif. Insulinodépendance définitive. Marqueurs : Ac anti-GAD, anti-IA2, anti-insuline, anti-ZnT8.
85-90%
Diabète de type 2 (DT2)
Insulinorésistance + déficit relatif progressif de la sécrétion d'insuline. Contexte : obésité, sédentarité, alimentation hypercalorique. Terrain génétique (héritabilité 50-70%). Longtemps asymptomatique — 30% diagnostiqués en retard (présence de complications). Évolution progressive sur 10-15 ans de l'insulinorésistance vers le déficit insulinosécrétoire.
2-5%
Diabète gestationnel (DG)
Intolérance glucidique apparaissant ou diagnostiquée pour la première fois pendant la grossesse. Mécanisme : insulinorésistance physiologique de la grossesse non compensée. Risque : macrosomie fœtale, hypoglycémie néonatale, dystocie des épaules. Dépistage entre 24-28 SA par HGPO 75g. Risque de DT2 maternel à long terme : 50-70% à 10 ans.
2%
Diabètes secondaires
MODY (Maturity-Onset Diabetes of the Young) : diabètes monogéniques AD (MODY1-6, HNF4A, GCK+++). Diabète pancréatique (pancréatite chronique, cancer du pancréas, mucoviscidose). Diabète endocrinien (acromégalie, syndrome de Cushing, phéochromocytome, hyperthyroïdie). Iatrogène : corticoïdes, antipsychotiques atypiques.
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Physiopathologie — Insuline & Glucose

Action de l'insuline (hormone clé)

Sécrétion
Produite par les cellules bêta des îlots de Langerhans (pancréas endocrine). Sécrétion basale continue + pics post-prandiaux (glucose → dépolarisation → exocytose des granules d'insuline). Aussi stimulée par le GLP-1 (incrétine intestinale) et l'acétylcholine.
Récepteur insuline (RTK)
Récepteur tyrosine kinase (RTK) transmembranaire. Liaison insuline → autophosphorylation → cascade IRS-1/PI3K/Akt → translocation GLUT4 à la membrane cellulaire (muscle et graisse) → captation du glucose.
Effets métaboliques
Anabolisant majeur : stimule l'entrée du glucose dans les cellules, la synthèse de glycogène (foie, muscle), la synthèse protéique et lipidique. Inhibe la glycogénolyse, la néoglucogenèse et la lipolyse.
Défaut dans le DT2
Résistance à l'insuline : réduction de l'expression des GLUT4, altération de la cascade IRS-1/PI3K. Compensation pancréatique puis épuisement des cellules bêta → déficit de sécrétion progressif.

Régulation de la glycémie

HormoneOrigineEffet sur la glycémie
Insuline Cellules β pancréas ↓ Hypoglycémiante — entrée glucose GLUT4, glycogénogenèse
Glucagon Cellules α pancréas ↑ Hyperglycémiante — glycogénolyse et néoglucogenèse hépatiques
Adrénaline Médullosurrénale ↑ Hyperglycémiante — glycogénolyse rapide (stress, hypoglycémie)
Cortisol Corticosurrénale ↑ Hyperglycémiante — néoglucogenèse, insulinorésistance
GH (STH) Hypophyse antérieure ↑ Hyperglycémiante — insulinorésistance périphérique
GLP-1 Cellules L intestin grêle ↓ Hypoglycémiante — potentialise sécrétion insuline, inhibe glucagon
SGLT2 Co-transporteur rénal Réabsorbe 90% glucose filtré — cible thérapeutique (inhibiteurs SGLT2)
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Critères diagnostiques & Valeurs glycémiques

Simulateur de glycémie à jeun

0.4 3.5
0.90 g/L
ExamenValeur normalePré-diabèteDiabèteCommentaire
Glycémie à jeun (GAJ) < 1.0 g/L 1.0 – 1.25 g/L (IFG) ≥ 1.26 g/L × 2 occasions 8h de jeûne. Référence principale du diagnostic. Confirmer par 2e dosage.
Glycémie 2h après HGPO 75g < 1.4 g/L 1.4 – 1.99 g/L (IGT) ≥ 2.0 g/L Test de référence pour le diabète gestationnel. Examen fonctionnel.
Glycémie aléatoire + symptômes — — ≥ 2.0 g/L avec symptômes Polyurie, polydipsie, amaigrissement = diabète évident. 1 seul dosage suffit.
HbA1c (hémoglobine glyquée) < 5.7% (< 39 mmol/mol) 5.7 – 6.4% (39-47 mmol/mol) ≥ 6.5% (≥ 48 mmol/mol) Reflet de la glycémie moyenne des 3 derniers mois. Cible thérapeutique clé. Moins sensible dans les anémies hémolytiques.
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Complications chroniques & aiguës

ComplicationTypeMécanismeManifestationsPrévention
Rétinopathie diabétique Microvasculaire chronique Hyperglycémie → altération des péricytes rétiniens → microanévrismes → exsudats → néovaisseaux (forme proliférante) 1ère cause de cécité en France chez les 20-65 ans. Fond d'œil annuel obligatoire. FO annuel, contrôle glycémique strict (HbA1c < 7%), HTA (cible < 130/80)
Néphropathie diabétique Microvasculaire chronique Hyperfiltration glomérulaire → expansion mésangiale → microalbuminurie → macroprotéinurie → IRC 1ère cause d'insuffisance rénale chronique en France (dialyse). DFG et albuminurie annuels. IEC ou ARA II (néphroprotecteurs), contrôle glycémique, inhibiteurs SGLT2 (cardio-rénal)
Neuropathie diabétique Nerfs périphériques Stress oxydatif, accumulation sorbitol, altération conduction axonale → démyélinisation Polyneuropathie sensitive distale (pied diabétique +++), neuropathie végétative (hypotension ortho, gastroparésie, troubles érectiles) Contrôle glycémique, soins podologiques, détection plaies
Macroangiopathie (athérosclérose accélérée) Macrovasculaire chronique Dysfonction endothéliale, inflammation, dyslipidémie, hypertension → plaques athéromateuses accélérées IDM (risque ×2-4), AVC ischémique (×2-3), artériopathie oblitérante membres inférieurs Statine, antiagrégants, contrôle TA, arrêt tabac, activité physique
Pied diabétique Mixte : neuro-ischémique Neuropathie sensitivo-motrice + ischémie + porte d'entrée infectieuse → ulcère → ostéite → amputation Ulcérations chroniques (30% des hospitalisations), 1ère cause d'amputation non traumatique Soins podologiques, chaussures adaptées, éducation, Wagner score
Acidocétose diabétique (CAD) Aiguë — DT1 surtout Déficit insuline → lipolyse massive → acides gras → corps cétoniques (acidose métabolique) Nausées/vomissements, dyspnée de Kussmaul (acidose), haleine acétonée, coma. Urgence vitale. Bonne éducation thérapeutique, insuline continue, gestion des maladies intercurrentes
Syndrome hyperosmolaire (SHH) Aiguë — DT2 personnes âgées Hyperglycémie majeure (> 6g/L) sans cétose (insuline résiduelle) → déshydratation massive Troubles de conscience, convulsions, coma. Mortalité 15-20%. Glycémie parfois > 10 g/L. Hydratation, insuline IV, recherche facteur déclenchant (infection, négligence de traitement)
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Stratégies thérapeutiques

TraitementClasse / MécanismeIndicationEffets remarquables
Mesures hygiéno-diététiques Mode de vie Activité physique ≥ 150 min/semaine (marche rapide), alimentation méditerranéenne hypocalorique si surpoids. Perte de 5-10% du poids = amélioration majeure de la sensibilité à l'insuline. DT2 — 1ère ligne obligatoire
Metformine Biguanide — réduction néoglucogenèse hépatique, amélioration sensibilité insulinique DT2 — 1ère intention en l'absence de CI (IRC sévère). Neutre sur le poids. Coût faible, sécurité cardiovasculaire prouvée
Inhibiteurs SGLT2 (empagliflozine, dapagliflozine, canagliflozine) Réduction de la réabsorption rénale du glucose — glycosurie — effet osmotique DT2 avec maladie cardiovasculaire, insuffisance cardiaque ou IRC (bénéfices CV et rénaux prouvés) Réduction mortalité CV, insuffisance cardiaque, progression IRC — perte de poids, diminution PA
Agonistes GLP-1 (semaglutide, liraglutide, dulaglutide, tirzepatide) Mimétiques incrétines — sécrétion insuline glucose-dépendante, satiété, ralentissement vidange gastrique DT2 avec obésité ou maladie cardiovasculaire. Semaglutide oral (Rybelsus) ou SC. Perte de poids majeure (-15 à -25% avec tirzepatide/semaglutide haute dose), réduction CV
Inhibiteurs DPP-4 (sitagliptine, vildagliptine, saxagliptine) Allongement de la demi-vie du GLP-1 endogène — sécrétion insuline glucose-dépendante DT2 — bien tolérés, neutres sur le poids, sans hypoglycémie Sécurité cardiovasculaire prouvée, bonne tolérance rénale (certains)
Insuline (DT1 et DT2 avancé) Remplacement ou supplémentation insulinique — schéma basal-bolus ou pompe à insuline DT1 : indispensable dès le diagnostic. DT2 : insuffisance secondaire des ADO, situations aiguës (chirurgie, infection, grossesse) Schéma basal-bolus : analogue lent (glargine, détémir, dégludec) + analogue rapide (aspart, lispro, glulisine)
Références : SFD — Recommandations pour la prise en charge du diabète de type 2, 2023. sfdiabete.org · IDF — Diabetes Atlas, 10e éd., 2021. diabetesatlas.org · ADA — Standards of Medical Care in Diabetes, 2024. diabetes.org · EASD — Management of Hyperglycaemia in Type 2 Diabetes. Diabetologia, 2022. · Marso SP. et al. — Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in DT2. NEJM, 2016.