Sciences de la Terre · Géomorphologie & Pédologie
L'érosion est l'ensemble des processus naturels ou anthropiques qui détachent, transportent et déposent les particules du sol et de la roche. Principal sculpteur des paysages terrestres, elle modèle montagnes, vallées et plaines depuis des milliards d'années.
Classification
Causée par l'impact des gouttes de pluie (érosion par splash) et le ruissellement en nappe, rigoles et ravines. C'est la forme d'érosion la plus répandue et la plus dévastatrice à l'échelle mondiale. Les fines particules argileuses sont emportées en suspension, tandis que les sables se déplacent par saltation.
Le vent mobilise les particules légères (sables, limons) par reptation, saltation et suspension. Prédomine dans les zones arides et semi-arides. À l'origine des dunes, des loess et des tempêtes de poussière intercontinentales. Accéléré par la dénudation végétale.
Les glaciers érodent la roche sous-jacente par abrasion (stries glaciaires) et par arrachement (plucking). Responsable des vallées en U, des fjords, des cirques alpins et du dépôt de moraines. Actuellement en recul du fait du réchauffement climatique.
L'action des vagues, des courants et des marées attaque les côtes : falaises, plages et estuaires en perpétuelle mutation. Le recul des falaises normandes atteint localement 30 cm par an. L'élévation du niveau marin accélère ce processus.
Les activités humaines multiplient par 10 à 40 la vitesse naturelle d'érosion : déforestation, labour, construction, urbanisation, mines à ciel ouvert. C'est la principale cause de perte de sols arables à l'échelle mondiale.
La dissolution des roches par l'eau acidulée (CO₂, acides humiques) forme les paysages karstiques : grottes, dolines, rivières souterraines. La calcite et le carbonate de calcium sont particulièrement sensibles à ce processus.
Déterminants
Plus les pluies sont intenses et brèves, plus l'énergie cinétique des gouttes est élevée et le ruissellement fort. Les orages méditerranéens provoquent des érosions spectaculaires.
La vitesse et la capacité de transport du ruissellement augmentent exponentiellement avec la pente. Une pente double peut multiplier l'érosion par 4 à 5.
Les sols limoneux sont très vulnérables (croûte de battance). Les argiles gonflantes génèrent des effondrements. Les granites résistent, les calcaires se dissolvent.
Les racines maintiennent les particules, les feuilles absorbent l'énergie des pluies. Un sol nu peut perdre 100× plus de matière qu'un sol boisé lors d'un même épisode pluvieux.
Le sens du labour, la présence de haies, l'utilisation de couverts végétaux en hiver déterminent largement la vulnérabilité des parcelles agricoles à l'érosion.
L'intensification des événements extrêmes (orages, sécheresses, fonte des glaces) accélère l'érosion dans toutes ses formes, avec des effets parfois irréversibles à l'échelle humaine.
Mesures comparatives
| Milieu / Contexte | Perte moyenne (t/ha/an) | Sévérité | Remarque |
|---|---|---|---|
| Forêt primaire | 0,01 – 0,1 | Très faible | Protection quasi totale par litière et racines |
| Prairie permanente | 0,1 – 1 | Faible | Couvert continu, racines denses |
| Grandes cultures (bonnes pratiques) | 1 – 5 | Modérée | Rotation, couverture hivernale |
| Sol nu après labour | 10 – 50 | Élevée | Très vulnérable aux orages d'automne |
| Chantier de construction | 50 – 200 | Critique | Sans mesures de protection |
| Zone de badlands / versant méditerranéen | 100 – 500 | Extrême | Marne et argile très érodables |
Impacts
Lutte & Remédiation
Interrompent le ruissellement et piègent les sédiments en bas de parcelle. Freinent le vent et favorisent la biodiversité.
Couverts végétaux hivernaux, paillage et techniques de semis direct maintiennent les particules en place et améliorent la structure.
Travaux de génie civil qui réduisent la longueur et la pente effective des versants cultivés, limitant la vitesse du ruissellement.
Replantation d'espèces à enracinement profond sur les versants dégradés, particulièrement efficace dans les bassins versants à risque.
Approche systémique coordonnant agriculture, forêt, urbanisme et gestion de l'eau à l'échelle d'un territoire hydrologique cohérent.
Les marais et ripisylves filtrent naturellement les sédiments et les polluants, tamponisent les crues et retiennent les matières en suspension.
Cartographie des zones à risque, modulation des pratiques selon la vulnérabilité des parcelles et optimisation des apports d'intrants.
Seuils de ravine, fascines, géotextiles et enrochements limitent l'incision des lits et stabilisent les versants les plus dégradés.
« La civilisation qui détruit ses sols se détruit elle-même. Les Empires ont péri, non à cause de l'épée ennemie, mais parce qu'ils avaient trop saigné leurs terres. »— W.C. Lowdermilk, hydrologue du sol, 1938