Algérieالجمهورية الجزائرية · République algérienne
Plus vaste État d'Afrique, l'Algérie articule une façade méditerranéenne densément peuplée, les chaînes de l'Atlas et l'immensité saharienne — puissance gazière, porte de l'Europe au Maghreb et acteur pivot entre mondes arabe, africain et méditerranéen.
§ 01 Identité et repères
| Nom officiel | République algérienne démocratique et populaire |
| Superficie | 2 381 741 km² — 1ᵉʳ pays d'Afrique (84 % de Sahara) |
| Population | ~46 millions (est. 2024) |
| Capitale | Alger (الجزائر, Al-Jazāʾir) — agglo. ~3,5 millions |
| Régime | République présidentielle unitaire |
| Président | Abdelmadjid Tebboune (depuis 2019, réélu sept. 2024) |
| Langues officielles | Arabe et tamazight (berbère, officiel depuis 2016) |
| Monnaie | Dinar algérien (DZD) — د.ج |
| PIB nominal | ~240 Md $ (2024) — 4ᵉ d'Afrique |
| IDH | 0,745 (2023, 93ᵉ mondial) |
| Adhésions | ONU · UA · Ligue arabe · OPEP · Union du Maghreb arabe |
| Fête nationale | 5 juillet (indépendance, 1962) |
L'espace algérien connaît une stratification millénaire : peuplement berbère néolithique (peintures rupestres du Tassili, 10 000 av. J.-C.), colonisation phénicienne puis romaine (Timgad, Djemila, Tipasa — UNESCO), christianisation (saint Augustin d'Hippone, 354–430), conquête arabo-musulmane au VIIᵉ siècle, dynasties berbéro-musulmanes (Zirides, Hammadides, Almohades).
De 1516 à 1830, l'Algérie est province ottomane semi-autonome (Régence d'Alger), puissance corsaire redoutée en Méditerranée. La colonisation française commence en 1830 — 132 années de présence qui bouleversent démographie, terres et structures sociales. La guerre d'indépendance (1954–1962), menée par le FLN, coûte entre 300 000 et 1,5 million de vies et s'achève par les accords d'Évian (mars 1962) et l'indépendance le 5 juillet 1962.
Sous Houari Boumédiène (1965–1978) puis Chadli Bendjedid, l'Algérie devient une puissance pétrolière socialiste non-alignée. La décennie 1990 — guerre civile opposant l'État aux islamistes du GIA — cause 150 000 à 200 000 morts. La présidence Bouteflika (1999–2019) stabilise le pays avant que le soulèvement pacifique du Hirak (février 2019) ne force son départ. Tebboune lui succède en décembre 2019.
§ 02 Géographie physique
Le territoire algérien s'organise selon trois bandes parallèles nord-sud :
- Le Tell littoral (nord, 4 % du territoire, 90 % de la population) : plaines côtières de la Mitidja, d'Oran et de Annaba, collines boisées, adossées aux chaînes de l'Atlas tellien (Djurdjura 2 308 m en Kabylie).
- Les Hauts Plateaux : steppes semi-arides entre 500 et 1 200 m, pastoralisme, chotts (lacs salés).
- L'Atlas saharien puis le Sahara : erg (mer de sable) occidental et oriental, regs (plateaux pierreux), massifs du Hoggar (Tahat 2 908 m, point culminant) et du Tassili n'Ajjer (site UNESCO).
Le littoral connaît un climat méditerranéen (hivers doux et humides, étés chauds et secs). Les Hauts Plateaux sont semi-arides à continentaux, avec amplitudes thermiques fortes. Le Sahara est hyper-aride : précipitations < 100 mm/an, températures diurnes dépassant 50 °C en été.
L'eau est une ressource stratégique. Le pays dépend de barrages au nord (80 grands barrages), de nappes fossiles non renouvelables au Sahara, et massivement du dessalement d'eau de mer : une vingtaine d'usines fournissent déjà ~20 % de l'eau potable, avec un plan d'extension à 60 % d'ici 2030.
L'Algérie est exposée aux séismes majeurs (Boumerdès 2003, 2 300 morts ; El Asnam 1980, 3 000 morts) — la faille nord-africaine traversant le Tell est très active. La désertification progresse sur les Hauts Plateaux. Le stress hydrique s'aggrave avec le changement climatique et la croissance urbaine. Les feux de forêt (Kabylie 2021, 90 morts) traduisent l'assèchement méditerranéen.
§ 03 Population et société
Avec 46 millions d'habitants et une densité moyenne de 19 hab/km² (trompeuse — plus de 500 hab/km² sur la bande côtière, < 1 au Sahara), l'Algérie concentre sa population sur une frange méditerranéenne de 100 km. La transition démographique est aboutie (1,8 enfant par femme en 2023, contre 7 en 1970), mais la jeunesse reste massive : 45 % des Algériens ont moins de 25 ans.
L'urbanisation dépasse 75 %. Alger, Oran, Constantine et Annaba concentrent l'activité. Le chômage des jeunes (~25 %) alimente l'émigration vers l'Europe (France surtout — une des plus importantes diasporas algériennes en Europe).
La société algérienne est à dominante arabo-berbère musulmane sunnite (99 %, rite malékite). Les Berbères (Imazighen) représentent 25–30 % de la population : Kabyles (Kabylie, au nord-est d'Alger), Chaouis (Aurès), Mozabites (vallée du M'zab — ibadites), Touaregs (Sahara). Le tamazight est langue officielle depuis 2016 et langue nationale depuis 2002 — reconnaissance arrachée par de longs combats.
Le français, héritage colonial, demeure largement pratiqué dans l'éducation supérieure, l'administration et les médias, même si l'arabisation est une politique d'État. La société reste structurée par la famille étendue et les solidarités régionales.
§ 04 Économie
L'Algérie est une rente gazo-pétrolière : les hydrocarbures représentent ~93 % des exportations et 50 % des recettes de l'État. La compagnie nationale Sonatrach (créée 1963) est l'un des plus grands groupes énergétiques africains. Le pays détient les 10ᵉˢ réserves mondiales de gaz naturel et est le 7ᵉ exportateur mondial.
Depuis la guerre en Ukraine, l'Algérie est devenue le premier fournisseur de gaz de l'Italie et monte en puissance vers l'Espagne, le Portugal, la France — via les gazoducs Medgaz, Transmed et les terminaux de GNL. Cette position en fait un partenaire énergétique stratégique pour l'Union européenne.
Toutes les présidences ont promis la diversification. Les résultats sont modestes : agriculture (céréales, dattes — Algérie 1ᵉʳ exportateur mondial de dattes Deglet Nour), industrie sidérurgique (El Hadjar), automobile (assemblage Renault, projet chinois), pharmacie, BTP. Le Plan d'action 2020-2024 mise sur les énergies renouvelables (objectif 15 GW solaire d'ici 2035), les start-ups et l'ouverture aux investisseurs — mais la règle de l'actionnariat 51/49 et la lourdeur administrative freinent l'attractivité.
L'endettement est faible (< 60 % du PIB) grâce aux recettes gazières. Les réserves de change (68 Md $ fin 2024) restent confortables mais se sont érodées depuis 2014.
Le modèle rentier s'essouffle : emploi public saturé, secteur privé bridé, économie informelle massive (40 % du PIB), subventions universelles pesant sur le budget (carburants à 0,30 €/L, pain, lait), corruption systémique. La question du jour d'après les hydrocarbures n'a pas reçu de réponse.
§ 05 Organisation politique
Le président, élu au suffrage universel direct pour 5 ans (mandat renouvelable une fois), dispose de pouvoirs étendus : chef de l'État et des armées, nommant le Premier ministre. Le Parlement est bicaméral : Assemblée populaire nationale (élue) et Conseil de la Nation (dont un tiers des sénateurs est désigné par le président).
L'État est unitaire, divisé en 58 wilayas (depuis la réforme de 2019 qui a créé 10 nouvelles wilayas sahariennes) dirigées par des walis nommés par le président.
L'Armée nationale populaire (ANP), héritière de l'ALN de la guerre d'indépendance, reste le pouvoir décisif — le « pouvoir réel » selon une expression consacrée. Elle arbitre les transitions politiques majeures (1965, 1992, 2019). Le budget militaire, dopé par les tensions régionales, est l'un des plus élevés d'Afrique (~22 Md $ en 2024). L'Algérie est aussi premier importateur d'armes russes d'Afrique.
Le soulèvement pacifique du Hirak (22 février 2019), mobilisant des millions d'Algériens chaque vendredi pendant plus d'un an, a obtenu la démission de Bouteflika mais non la refondation du système. Depuis 2021, la répression a étouffé le mouvement : dizaines de prisonniers d'opinion, médias fermés, dissolution d'associations. L'élection présidentielle de 2024, remportée par Tebboune avec 84 % des voix, a été marquée par une abstention massive.
§ 06 Territoires
| Région | Poids | Caractère |
|---|---|---|
| Alger et sa région | ~4 M hab. | Capitale politique, économique, portuaire, culturelle |
| Oran et l'Oranie | ~1,5 M hab. | Ouvre sur l'Espagne, industrie, culture raï, patrimoine andalou |
| Constantinois | ~1,5 M hab. | Constantine (ville des ponts), culture malouf, Aurès chaoui |
| Kabylie | ~5 M hab. | Région berbérophone, Djurdjura, fort capital identitaire |
| Hauts Plateaux | Moyen | Pastoralisme, steppe dégradée, enjeux de désertification |
| Sahara | ~10 % pop. | 84 % du territoire, hydrocarbures, oasis (M'zab, Ouargla, Tamanrasset) |
Dans le Sahara central, la pentapole du M'zab (Ghardaïa, Beni Isguen, Melika, Bou Noura, El Atteuf), fondée au XIᵉ siècle par les ibadites, est classée UNESCO. Son architecture de terre, ses oasis irriguées par un système hydraulique millénaire et sa société austère constituent un conservatoire unique de l'urbanisme saharien. Le tissage mozabite et l'artisanat féminin y perpétuent des savoir-faire anciens.
§ 07 Culture et rayonnement
L'Algérie compte sept sites inscrits à l'UNESCO : la Casbah d'Alger (dédale ottoman de 50 hectares), les cités romaines de Timgad (Thamugadi), Djemila (Cuicul), Tipasa, la vallée du M'zab, le Tassili n'Ajjer (15 000 peintures rupestres préhistoriques) et la Qal'a des Beni Hammad. Les peintures du Tassili documentent le basculement d'un Sahara vert à un Sahara aride il y a 7 000 ans.
La littérature algérienne (francophone et arabophone) est l'une des plus riches du monde : Mouloud Feraoun, Mohammed Dib, Kateb Yacine (Nedjma, 1956), Assia Djebar (Académie française, 2005), Yasmina Khadra, Kamel Daoud (prix Goncourt 2024 pour Houris).
La musique couvre une exceptionnelle diversité : raï d'Oran (Khaled, Cheb Mami), chaâbi algérois, malouf andalou de Constantine, kabyle politique (Matoub Lounès, Idir), gnawa saharien. Le cinéma a vu son âge d'or avec Pontecorvo (La Bataille d'Alger, 1966) puis Lakhdar-Hamina (Palme d'or 1975, Chronique des années de braise).
Cuisine méditerranéenne méditerranéenne et saharienne : couscous (inscrit UNESCO 2020 avec le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie), mechoui, chorba, tadjine, bourek, makroud. L'artisanat — tapis berbères, bijoux en argent kabyles, poterie, cuivre — reste vivant.
§ 08 Enjeux contemporains
- Diversification économique : sortir de la rente gazière sans effondrement social — équation non résolue depuis 40 ans.
- Jeunesse et emploi : offrir des perspectives aux 45 % de moins de 25 ans, contenir l'émigration (harga, traversées clandestines de Méditerranée).
- Stress hydrique : déployer le dessalement, réformer l'agriculture irriguée, gérer les nappes fossiles sahariennes.
- Transition énergétique : valoriser le potentiel solaire saharien exceptionnel, tout en maintenant l'exportation gazière.
- Relations France-Algérie : mémoire coloniale, dossier migratoire, rivalité sur le Sahara occidental, crise diplomatique de 2024 après reconnaissance par Paris du plan d'autonomie marocain.
- Rivalité avec le Maroc : frontière fermée depuis 1994, rupture des relations en 2021, question du Sahara occidental où Alger soutient le Front Polisario.
- Sahel : sécurisation de frontières immenses (Mali, Niger, Libye), rôle de médiateur affaibli par les coups d'État au Sahel, retrait français et présence Wagner/Africa Corps.
- État de droit et libertés : ouverture de l'espace politique, traitement des prisonniers d'opinion, pluralisme médiatique.