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Les jeux d'arcade sont des jeux vidéo conçus pour être joués sur des bornes spécialisées, généralement installées dans des lieux publics — salles d'arcade, bars, bowlings, fêtes foraines, parcs de loisirs, gares, restaurants familiaux.
Leur design obéit à un cahier des charges très contraint, hérité du modèle économique « pièce-par-partie » :
L'arcade est ainsi le laboratoire historique du jeu vidéo : nombre des conventions du médium (vies, niveaux, boss, scoring) y ont été codifiées avant d'essaimer sur consoles et ordinateurs.
Avant l'arcade électronique, les flippers (pinball) règnent sur les salles depuis les années 1930. Interdits à New York en 1942 par le maire La Guardia (assimilés à des jeux de hasard !), ils ne sont autorisés à nouveau qu'en 1976 — l'année où Roger Sharpe démontre devant le conseil municipal qu'il s'agit bien d'un jeu d'adresse. Les jeux foraines électromécaniques (course de chevaux Sega, simulateurs de tir Midway) préparent culturellement le terrain.
Computer Space (Nutting Associates, 1971) — adapté de Spacewar! par Nolan Bushnell — est la première borne d'arcade commerciale de l'histoire. Trop complexe, elle échoue commercialement. Bushnell fonde alors Atari avec Ted Dabney et confie à Allan Alcorn la conception, en guise d'exercice, de Pong (1972) : le succès est planétaire et fonde l'industrie. Suivront Tank (1974), Breakout (1976, conçu en partie par les jeunes Steve Wozniak et Steve Jobs) et l'apparition des microprocesseurs.
L'âge d'or s'ouvre avec Space Invaders (Tomohiro Nishikado, Taito, 1978), puis explose mondialement avec Pac-Man (Toru Iwatani, Namco, 1980). Le jeu vidéo devient phénomène culturel : t-shirts, dessins animés, hit-parades. Les bornes équipent les diners américains, les bars-tabacs français, les pubs anglais, les game centers japonais.
L'arcade vit sa seconde explosion grâce à deux genres : le versus fighting et la course en pseudo-3D / 3D.
Le rattrapage des consoles domestiques (PlayStation 2, Dreamcast, GameCube) sape progressivement le modèle économique : pourquoi payer 1 euro la partie quand le même titre est disponible à la maison ? La crise frappe d'abord l'Amérique du Nord et l'Europe.
Le Japon, lui, conserve un écosystème dynamique grâce à : game centers climatisés et propres, jeux en réseau locaux (cartes de membres avec progression sauvegardée), titres exclusifs (Initial D, Border Break, Maimai), et la spécificité culturelle de la sortie quotidienne après le travail (oshare, otaku, salaryman).
Les barcades (bars-arcades adultes) fleurissent : Barcade à New York (2004), Reload Bar à Toronto, La Tête dans les Nuages (Paris, depuis 1996, devenu chaîne). En parallèle, les bornes connectées et géolocalisées (Sega All.Net, Konami e-amusement) maintiennent une base de joueurs hardcore. Le retrogaming ramène les bornes au cœur des salons d'antiquités et des collections privées.
| Type | Description | Exemples |
|---|---|---|
| Upright (borne droite) | Forme verticale standard occidentale, écran et marquee surmontés. | Pac-Man, Donkey Kong |
| Cocktail | Borne horizontale en forme de table, deux joueurs face à face. | Space Invaders (modèle bar) |
| Candy (japonaise) | Borne universelle JAMMA pliable, largement utilisée dans les game centers. | Sega Astro City, New Astro City, Blast City |
| Deluxe / cockpit | Borne immersive avec siège, périphériques (volant, pistolet, danse). | Daytona USA, After Burner, Time Crisis |
| Dédiée | Conçue pour un seul jeu, esthétique et contrôles spécifiques. | Dragon's Lair, Tron, Star Wars (Atari) |
| Connectée (en ligne) | Sauvegarde réseau, classements mondiaux, événements en ligne. | Maimai, Sound Voltex |
Une borne d'arcade typique des années 1980-1990 contient :
Adopté en 1985 par la Japan Amusement Machinery Manufacturers Association, la norme JAMMA (et son extension JAMMA+, JVS) standardise un connecteur unique de 56 broches reliant la PCB à la borne. Cette interopérabilité a structuré toute l'industrie arcade : un même cabinet peut accueillir successivement des centaines de jeux différents, simplement en changeant la carte.
| Genre | Description | Exemples |
|---|---|---|
| Beat'em up | Combat à mains nues contre des vagues d'ennemis, en défilement horizontal. | Final Fight, Streets of Rage, Cadillacs & Dinosaurs |
| Versus fighting | Combats en duel, écrans fixes, manettes à 6 ou 8 boutons. | Street Fighter II, Tekken, The King of Fighters |
| Shoot'em up (shmup) | Vaisseau ou avatar tirant en continu, esquive de motifs (danmaku). | R-Type, Gradius, DoDonPachi, Touhou |
| Run'n gun | Plateforme + tir, défilement. | Contra, Metal Slug |
| Plateforme | Sauts, énigmes spatiales, collectes. | Donkey Kong, Bubble Bobble, Wonder Boy |
| Course | Conduite arcade ou simulation grand public. | OutRun, Daytona USA, Cruis'n USA, Initial D |
| Sport | Variantes spectaculaires de sports collectifs ou individuels. | NBA Jam, Virtua Tennis, Punch-Out!! |
| Light gun shooter | Tir au pistolet à diode infrarouge, sur rails. | Time Crisis, The House of the Dead, Virtua Cop |
| Music / rhythm game | Suivi du tempo et des notes, périphériques dédiés (tapis, platines, taiko). | Dance Dance Revolution, Beatmania IIDX, Taiko no Tatsujin, Maimai |
| Maze / labyrinthe | Déplacement en labyrinthe, fuite ou collecte. | Pac-Man, Bomberman, Dig Dug |
| Puzzle | Logique, association, chute de pièces. | Tetris, Puyo Puyo, Magical Drop |
Une sélection de bornes incontournables, créatrices ou perfectrices d'un genre :
Les jeux d'arcade fonctionnent sur des PCB (Printed Circuit Board), parfois propriétaires. Les system boards partagés ont été essentiels :
L'émulation permet aujourd'hui d'exécuter sur ordinateur les ROMs d'origine, à des fins de préservation patrimoniale et de pratique privée. Le projet phare est MAME (Multiple Arcade Machine Emulator), démarré en 1997 par Nicola Salmoria, qui prend désormais en charge plus de 7 000 titres. FinalBurn Neo, fork de FB Alpha, est spécialisé dans Neo Geo et CPS. RetroArch agrège l'ensemble dans une interface unifiée.
La question de la légalité reste complexe : l'émulateur est légal, les ROMs sont protégées par le droit d'auteur. Quelques éditeurs (Capcom, SNK via la Neo Geo Mini) commercialisent désormais des compilations officielles. La Internet Arcade de l'Internet Archive offre près d'un millier de bornes jouables dans le navigateur.
L'arcade a inventé une culture de la performance : le scoring, l'inscription des trois initiales en haut de l'écran, le ranking entre habitués. Le documentaire The King of Kong: A Fistful of Quarters (2007, Seth Gordon) raconte la rivalité entre Steve Wiebe et Billy Mitchell pour le record de Donkey Kong. Twin Galaxies, fondé en 1981 par Walter Day à Ottumwa (Iowa), a longtemps été l'arbitre officiel des records mondiaux.
Au Japon, l'arcade reste une institution. Les quartiers d'Akihabara, Shibuya et Shinjuku à Tokyo, Den Den Town à Osaka, abritent des dizaines d'étages de bornes : SEGA Akihabara Building 2 (depuis 2003, racheté par GiGO en 2022), Mikado (focus retro & FGC), Hey (paradis du shmup). La culture arcade japonaise mêle compétition, scène musicale (rhythm games), print club (Purikura) et lieu de socialisation post-travail.
Issue directement des arcades de quartier, la Fighting Game Community est l'une des communautés vidéoludiques les plus anciennes et les plus soudées. Le tournoi EVO (Evolution Championship Series), héritier des B² Tournament Series, attire chaque année plusieurs milliers de joueurs à Las Vegas. Daigo Umehara, surnommé « The Beast », auteur du célèbre « EVO Moment 37 » (parry de 15 coups consécutifs sur Street Fighter III: 3rd Strike en 2004), incarne mieux que personne la mythologie FGC.
La France n'a jamais eu de scène arcade aussi structurée que le Japon ou les États-Unis, mais a connu son réseau : La Tête dans les Nuages (Paris, depuis 1996), Réalité, Réalité 2 / Stratos, Capucines, Game'In. Les bars-arcades contemporains (Meltdown, Dernier Bar avant la Fin du Monde, Player One) prolongent l'expérience à destination d'un public adulte. Le festival Stunfest (Rennes, depuis 2005) est devenu la grand-messe FGC francophone.
En hommage à la borne fondatrice (Atari, 1972), une partie minimaliste : votre raquette en cyan à gauche, l'IA en magenta à droite, balle jaune. Premier joueur à marquer assez de points pour que l'autre s'effondre.
Malgré la domination des consoles et du jeu en ligne, l'arcade évolue plutôt qu'elle ne disparaît :
L'arcade ne sera probablement plus jamais le canal principal du jeu vidéo, mais elle devient — à l'image du vinyle pour la musique — une expérience culturelle de niche, intense, communautaire et patrimoniale, irréductible à la consommation à domicile.