Traumatisme

1Définition

Un traumatisme psychique (ou psychotraumatisme) est la conséquence durable de l'exposition à un événement violent, menaçant pour l'intégrité physique ou psychique, qui dépasse les capacités d'adaptation du sujet. Le trauma n'est pas l'événement lui-même mais son impact persistant sur le psychisme.

Distinctions terminologiques
  • Événement traumatogène — l'incident déclencheur.
  • Traumatisme — l'effet psychique durable.
  • Trauma simple — événement unique.
  • Trauma complexe — exposition répétée et prolongée, souvent en enfance.
  • Trauma vicariant — atteinte par identification (soignants, journalistes de guerre).
  • Résilience — capacité à surmonter un trauma sans séquelles durables.

2Histoire du concept

Évolution historique
  • 1889 — Pierre Janet décrit les « idées fixes » post-traumatiques dans L'Automatisme psychologique.
  • 1895 — Freud et Breuer : Études sur l'hystérie. Théorie de la séduction, abandonnée en 1897.
  • 1914-1918 — Shell shock (obusite, « commotion des tranchées ») chez les soldats de la Grande Guerre. 80 000 cas documentés côté britannique. Condamnations pour « lâcheté » pour certains.
  • 1941-1945 — Névrose de guerre reconnue chez les soldats de la 2e GM. Abram Kardiner pose les bases du concept moderne.
  • 1960s — Travaux sur les survivants de la Shoah (Niederland, Eitinger).
  • 1980 — Reconnaissance officielle du PTSD (Post-Traumatic Stress Disorder) dans le DSM-III, sous la pression des vétérans du Vietnam.
  • 1992 — Judith Herman (Trauma and Recovery) théorise le trauma complexe.
  • 2013 — DSM-5 élargit les critères. CIM-11 (OMS, 2022) ajoute le Complex PTSD.

3Trouble de stress post-traumatique

Le TSPT (ou PTSD en anglais) est le tableau clinique le plus étudié du trauma.

Critères DSM-5 (simplifiés)

Après exposition à un événement traumatogène, persistance > 1 mois de :

  1. Reviviscences — flashbacks, cauchemars, pensées intrusives.
  2. Évitements — fuite des rappels de l'événement.
  3. Altérations cognitives et de l'humeur — croyances négatives, amnésie dissociative, anhédonie, culpabilité.
  4. Hyperactivation neurovégétative — hypervigilance, sursauts, insomnie, irritabilité, difficultés de concentration.
Épidémiologie
  • Prévalence vie entière : 6-9 % (USA), 1-2 % (Europe continentale).
  • Femmes 2 fois plus touchées que les hommes.
  • 80 % des personnes vivent au moins un événement potentiellement traumatique dans leur vie, mais seuls 5-15 % développent un TSPT.
  • Viol : 50 % de TSPT à 3 mois, 20 % à 1 an.
  • Combat militaire : 10-20 % de TSPT post-retour.
  • Accidents graves : 10 % de TSPT.
  • Catastrophes naturelles : 5-10 %.

4Types de traumatismes

  • Trauma unique (type I) — accident, agression, catastrophe naturelle, attentat. Souvenir souvent clair.
  • Trauma répété (type II) — abus sexuels intrafamiliaux, violences conjugales, maltraitance. Souvenirs fragmentés, dissociation.
  • Trauma développemental — dans l'enfance précoce, modifie la construction du psychisme. Van der Kolk (Developmental Trauma Disorder).
  • Trauma collectif — génocides, guerres, pandémies. Transmission transgénérationnelle.
  • Trauma historique — esclavage, colonisation, génocides. Effets sur plusieurs générations (recherches sur les descendants de survivants de la Shoah).
  • Trauma vicariant — professionnels exposés (psychothérapeutes, avocats spécialisés, travailleurs humanitaires, journalistes de guerre).
  • Trauma moral — actes contraires à ses valeurs profondes (soldats, soignants en triage).

5Traces cérébrales

Modifications neurobiologiques du TSPT
  • Hippocampe — volume réduit (−8 % en moyenne), altération de la mémoire contextuelle.
  • Amygdale — hyperactive, sur-réactive aux stimuli de peur.
  • Cortex préfrontal médial — hypoactif, déficit d'inhibition de l'amygdale.
  • Insula — dysrégulation intéroceptive (perception corporelle).
  • Axe HPA — paradoxalement, cortisol souvent bas en TSPT chronique (dérégulation en retour).
  • Système endogène des opioïdes — perturbé, lien avec la dissociation.
  • Mémoire traumatique — encodage « chaud » sensoriel et émotionnel, mal intégré dans la mémoire autobiographique (théorie dual-representation de Brewin).

6Thérapies

Plusieurs approches ont fait l'objet d'études randomisées contrôlées :

Thérapies validées
  • TCC centrée sur le trauma — exposition prolongée, restructuration cognitive. Foa, 1998. 1re ligne selon les guidelines internationales.
  • EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) — Francine Shapiro, 1987. Mouvements oculaires bilatéraux pendant l'évocation du souvenir. Efficacité démontrée, mécanisme débattu.
  • Thérapie narrative — notamment pour victimes de tortures et guerres.
  • Pharmacothérapie — ISRS (sertraline, paroxétine), prazosine pour cauchemars.
  • Thérapies corporelles — Somatic Experiencing (Levine), yoga traumaconsciente (van der Kolk).
  • Thérapies de 3e vague — ACT, thérapie compassion-focused.
  • MDMA-assisted therapy — essais cliniques de phase III (MAPS, USA). Résultats prometteurs. FDA a rejeté l'autorisation en 2024.
  • Psilocybine — recherche émergente pour trauma résistant.

7Débats actuels

  • Mémoires retrouvées — controverse des années 1990 aux USA : patients « retrouvant » en thérapie des souvenirs d'abus enfouis. Les fausses mémoires induites par suggestion (Elizabeth Loftus) sont une réalité démontrée ; mais des souvenirs réels peuvent aussi émerger.
  • Transmission transgénérationnelle — études sur descendants de survivants (Shoah, esclavage, génocide rwandais). Mécanismes épigénétiques plausibles (méthylation du gène NR3C1).
  • Croissance post-traumatique (Tedeschi & Calhoun, 1996) — certains sujets développent après trauma une nouvelle appréciation de la vie, des relations plus profondes, une spiritualité renouvelée.
  • Débat sur la résilience — concept popularisé par Boris Cyrulnik. Certains y voient un concept essentiel, d'autres un « injonction » à surmonter.
  • Thérapie vs médicalisation — le cadre psychiatrique du TSPT saisit-il tout le trauma, ou exclut-il le trauma collectif, historique, politique ?
  • Trauma et culture — le diagnostic TSPT s'applique-t-il universellement ou est-il culturellement situé ?
Ressources

Lectures de référence : Judith Herman, Trauma et guérison (1992) ; Bessel van der Kolk, Le Corps n'oublie rien (2014) ; Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur (1999). En cas de symptômes traumatiques persistants, une évaluation par un professionnel formé à la psychotraumatologie est recommandée.