Orbitales Atomiques — Équations, Normalisation & Visualisation

Résolution détaillée de l'atome hydrogénoïde, harmoniques sphériques, solveur numérique de Schrödinger et rendu volumétrique GPU des densités quantiques.

Équation de Schrödinger stationnaire pour l'atome hydrogénoïde

Pour un électron dans le potentiel coulombien \(V(r)=-\frac{Ze^2}{4\pi\varepsilon_0 r}\), l'équation stationnaire est

\[\left[-\frac{\hbar^2}{2\mu}\Delta-\frac{Ze^2}{4\pi\varepsilon_0 r}\right]\psi(\mathbf r)=E\psi(\mathbf r),\]

où \(\mu=m_e m_p/(m_e+m_p)\) est la masse réduite du système. La symétrie sphérique suggère les coordonnées \((r,\theta,\varphi)\) et la séparation angulaire/radiale. Les niveaux d'énergie quantifiés sont

\[E_n=-\frac{\mu Z^2 e^4}{2(4\pi\varepsilon_0)^2\hbar^2}\frac{1}{n^2}=-\frac{Z^2\cdot13{,}6\ \text{eV}}{n^2}.\]
Pour l'hydrogène (\(Z=1\)), les niveaux correspondent au spectre de Balmer (transitions vers \(n=2\)), Lyman (\(n=1\)) et Paschen (\(n=3\)), observés expérimentalement depuis le XIXe siècle.

Séparation complète des variables

On pose \(\psi(r,\theta,\varphi)=R(r)Y(\theta,\varphi)\). Le Laplacien en coordonnées sphériques vaut

\[\Delta=\frac{1}{r^2}\frac{\partial}{\partial r}\!\left(r^2\frac{\partial}{\partial r}\right)+\frac{1}{r^2\sin\theta}\frac{\partial}{\partial\theta}\!\left(\sin\theta\frac{\partial}{\partial\theta}\right)+\frac{1}{r^2\sin^2\theta}\frac{\partial^2}{\partial\varphi^2}.\]

Après division par \(RY\), on isole une constante de séparation \(l(l+1)\) liée au moment cinétique orbital. L'équation azimutale donne \(\Phi(\varphi)=e^{im\varphi}\), imposant \(m\in\mathbb{Z}\) pour la périodicité.

Partie radiale

Équation différentielle du second ordre pour \(R(r)\), faisant intervenir \(n\), \(l\) et le potentiel coulombien. Les solutions régulières à l'origine et décroissantes à l'infini imposent la quantification de \(n\).

Partie angulaire

Équation aux valeurs propres de \(\hat{L}^2\) et \(\hat{L}_z\) sur la sphère unité. Les solutions sont les harmoniques sphériques \(Y_l^m\), orthonormales sur \(S^2\).

Équation radiale, polynômes de Laguerre

En introduisant \(u(r)=rR(r)\) et \(\rho=2Zr/(na_0)\), l'équation radiale devient

\[-\frac{\hbar^2}{2\mu}\frac{d^2u}{dr^2}+\left[\frac{\hbar^2 l(l+1)}{2\mu r^2}-\frac{Ze^2}{4\pi\varepsilon_0 r}\right]u=Eu.\]

Après analyse asymptotique, on cherche \(u(\rho)=\rho^{l+1}e^{-\rho/2}v(\rho)\) où \(v\) satisfait une équation de Laguerre associée. La solution normalisée est

\[R_{nl}(r)=\left(\frac{2Z}{na_0}\right)^{3/2}\sqrt{\frac{(n-l-1)!}{2n(n+l)!}}\,e^{-\rho/2}\rho^l\,L_{n-l-1}^{2l+1}(\rho),\qquad\rho=\frac{2Zr}{na_0}.\]

Les polynômes de Laguerre associés \(L_p^q\) vérifient l'identité d'orthogonalité \(\int_0^\infty e^{-x}x^q L_p^q(x)L_{p'}^q(x)\,dx=\frac{(p+q)!}{p!}\delta_{pp'}\).

Valeurs propres et rayon moyen

\[\langle r\rangle_{nl}=\frac{a_0}{2Z}\left[3n^2-l(l+1)\right],\qquad\langle r^2\rangle_{nl}=\frac{n^2 a_0^2}{Z^2}\left[\frac{5n^2+1-3l(l+1)}{2}\right].\]

Partie angulaire : harmoniques sphériques \(Y_l^m\)

La partie angulaire satisfait \(\hat L^2 Y_l^m=\hbar^2 l(l+1)Y_l^m\), \(\hat L_z Y_l^m=\hbar m Y_l^m\). Les solutions normalisées sont

\[Y_l^m(\theta,\varphi)=(-1)^m\sqrt{\frac{2l+1}{4\pi}\frac{(l-m)!}{(l+m)!}}\,P_l^m(\cos\theta)e^{im\varphi},\]

où \(P_l^m\) sont les polynômes de Legendre associés. Leur orthonormalité sur la sphère :

\[\int_0^{2\pi}\int_0^\pi Y_l^m{}^*Y_{l'}^{m'}\sin\theta\,d\theta\,d\varphi=\delta_{ll'}\delta_{mm'}.\]

Premières harmoniques explicites :

\[Y_0^0=\frac{1}{\sqrt{4\pi}},\quad Y_1^0=\sqrt{\frac{3}{4\pi}}\cos\theta,\quad Y_1^{\pm1}=\mp\sqrt{\frac{3}{8\pi}}\sin\theta\,e^{\pm i\varphi},\quad Y_2^0=\sqrt{\frac{5}{16\pi}}(3\cos^2\theta-1).\]

Nombres quantiques

NombreSymboleValeursObservable associée
Principaln1, 2, 3, …Énergie \(E_n\propto-1/n^2\)
Orbitall0, 1, …, n−1Moment cinétique \(|L|=\hbar\sqrt{l(l+1)}\)
Magnétiquem−l, …, +lProjection \(L_z=\hbar m\)
Spinm_s±½Spin électronique \(S_z=\pm\hbar/2\)

Dans l'atome d'hydrogène sans corrections relativistes fines, l'énergie dépend seulement de \(n\), conséquence d'une symétrie cachée \(SO(4)\) liée au vecteur de Runge–Lenz \(\mathbf{A}=\mathbf{p}\times\mathbf{L}/\mu-Ze^2\hat r/(4\pi\varepsilon_0)\). La dégénérescence en \(l\) est levée pour les atomes à plusieurs électrons (interaction d'échange, pénétration du cœur).

Normalisation complète

La fonction d'onde \(\psi_{nlm}(r,\theta,\varphi)=R_{nl}(r)Y_l^m(\theta,\varphi)\) est normalisée si

\[\int_{\mathbb{R}^3}|\psi_{nlm}|^2\,d^3r=\int_0^\infty|R_{nl}(r)|^2 r^2\,dr\int|Y_l^m|^2\,d\Omega=1.\]

Les premières fonctions d'onde explicites pour l'hydrogène (\(Z=1\)) :

\[\psi_{100}=\frac{1}{\sqrt{\pi}a_0^{3/2}}e^{-r/a_0},\quad \psi_{200}=\frac{1}{4\sqrt{2\pi}a_0^{3/2}}\!\left(2-\frac{r}{a_0}\right)e^{-r/(2a_0)},\quad \psi_{210}=\frac{1}{4\sqrt{2\pi}a_0^{3/2}}\frac{r}{a_0}e^{-r/(2a_0)}\cos\theta.\]

Densité de probabilité et interprétation

La densité spatiale est \(|\psi_{nlm}|^2\). La densité radiale est

\[P_{nl}(r)\,dr=|R_{nl}(r)|^2 r^2\,dr.\]

Elle présente \(n-l-1\) nœuds radiaux. Le rayon le plus probable pour l'état fondamental est \(r_{\rm max}=a_0\). Les nœuds angulaires (plans et cônes nodaux) sont déterminés par les zéros de \(Y_l^m\) : une orbitale \(l\) a \(l\) nœuds angulaires.

Une orbitale n'est pas une trajectoire classique mais une structure d'amplitude et de phase dans l'espace des configurations. La densité \(|\psi|^2\) donne une probabilité de présence, interprétable comme nuage électronique.

Structure qualitative des orbitales s, p, d, f

s

\(l=0\) · sphérique · \(2n^2\) états pour coquille \(n\)

p

\(l=1\) · bilobée · plan nodal · 3 orientations

d

\(l=2\) · quadrilobée · 2 nœuds angulaires · 5 orientations

f

\(l=3\) · géométrie riche · 3 nœuds angulaires · 7 orientations

Les représentations cartésiennes réelles (\(p_x, p_y, p_z\), \(d_{xy}, d_{xz}\), etc.) sont des combinaisons linéaires réelles des \(Y_l^m\) complexes. Ces formes réelles, utilisées en chimie, sont obtenues par

\[p_x=\frac{1}{\sqrt{2}}(Y_1^{-1}-Y_1^1),\quad p_y=\frac{i}{\sqrt{2}}(Y_1^{-1}+Y_1^1),\quad p_z=Y_1^0.\]

LCAO et orbitales moléculaires

Dans l'approximation LCAO (Linear Combination of Atomic Orbitals), une orbitale moléculaire est une combinaison linéaire d'orbitales atomiques :

\[\psi_\pm(\mathbf r)=\frac{1}{\sqrt{2(1\pm S)}}(\phi_A(\mathbf r)\pm\phi_B(\mathbf r)),\qquad S=\langle\phi_A|\phi_B\rangle.\]

L'intégrale de recouvrement \(S\) et l'intégrale de résonance (ou de Coulomb) \(\beta=\langle\phi_A|H|\phi_B\rangle\) déterminent l'énergie des orbitales liante (\(-\)) et antiliante (\(+\)). Pour \(H_2^+\) :

\[E_\pm=\frac{H_{AA}\pm H_{AB}}{1\pm S},\]

avec un gap d'énergie \(\Delta E=2(\beta-S H_{AA})/(1-S^2)\). La théorie DFT (Kohn–Sham) généralise ce formalisme aux systèmes à N électrons en remplaçant la fonction d'onde par la densité électronique \(n(\mathbf r)\) et en minimisant une fonctionnelle d'énergie \(E[n]\).

Corrections relativistes : couplage spin-orbite et terme de Darwin

La structure fine de l'atome d'hydrogène provient de l'expansion relativiste du Hamiltonien de Dirac. Les trois termes correctifs à l'ordre \((v/c)^2\) sont :

\[H' = \underbrace{-\frac{p^4}{8m_e^3c^2}}_{\text{correction cinétique}} + \underbrace{\frac{1}{2m_e^2c^2}\frac{1}{r}\frac{dV}{dr}\mathbf{L}\cdot\mathbf{S}}_{\text{couplage SO}} + \underbrace{\frac{\hbar^2}{8m_e^2c^2}\nabla^2 V}_{\text{terme de Darwin}}.\]

Le couplage spin-orbite lève la dégénérescence en \(j=l\pm1/2\). Le nombre quantique total est \(j\), avec \(|l-s|\le j\le l+s\). L'énergie totale au premier ordre est

\[E_{nlj}=-\frac{13{,}6\ \text{eV}}{n^2}\left[1+\frac{\alpha^2}{n^2}\left(\frac{n}{j+1/2}-\frac{3}{4}\right)\right]+\cdots,\quad\alpha\approx\frac{1}{137}.\]

La structure hyperfine (couplage du spin électronique au moment magnétique nucléaire) lève davantage la dégénérescence et génère la raie à 21 cm de l'hydrogène atomique (\(\Delta E\approx5{,}9\times10^{-6}\) eV), fondamentale en radioastronomie.

Extension numérique : solveur de Schrödinger, raymarching volumétrique et champ scalaire discret

Le simulateur intégré contient trois couches complémentaires :

  • un solveur numérique de Schrödinger dépendant du temps sur grille 2D, formulé sur les parties réelle et imaginaire ;
  • un rendu volumétrique GPU par texture 3D et intégration de rayon (raymarching) ;
  • une simulation de champ scalaire discret de type \(\phi^4\), maquette de théorie quantique des champs sur réseau.

Schrödinger réel-imaginaire

En unités \(\hbar=m=1\), avec \(\psi=u+iv\) :

\[\partial_t u=-\tfrac12\Delta v+Vv,\qquad\partial_t v=+\tfrac12\Delta u-Vu.\]

Rendu volumique GPU

La densité 3D est stockée dans une texture \(\rho(x,y,z)\). Le fragment shader résout une intégrale discrète sur le rayon entrant :

\[C_{\text{sortie}}\approx\sum_{n=0}^{N-1}(1-\alpha_{

Champ \(\phi^4\) sur réseau

\[\mathcal{L}=\tfrac12\partial_\mu\phi\,\partial^\mu\phi-\tfrac12 m^2\phi^2-\tfrac{\lambda}{4}\phi^4,\qquad\ddot\phi-\Delta\phi+m^2\phi+\lambda\phi^3=0.\]

Simulateur scientifique intégré

Le simulateur ci-dessous visualise la densité \(|\psi|^2\), la phase locale, des nuages Monte Carlo, un exemple LCAO pour \(H_2\), ainsi qu'une animation temporelle simplifiée.