Corée du Sud

§ 1 Identité et données clés

Données fondamentales
IndicateurValeur
Superficie100 363 km² — 107e mondial (1/5 de la France)
Population~51,7 M (2024) — 29e mondial, en déclin
CapitaleSéoul (9,5 M, aire métropolitaine 26 M — 4e mégapole mondiale)
Autres villesBusan (3,3 M, 2e port mondial), Incheon, Daegu, Daejeon, Gwangju
PIB 2024~1 870 Md$ — 13e mondial
PIB/hab.~36 100 $ (nominal) — ~60 000 $ (PPA)
IDH0,929 — 19e (très élevé)
RégimeRépublique présidentielle (6e République depuis 1987)
LangueCoréen (한국어) — alphabet hangul inventé en 1443 par le roi Sejong
MonnaieWon sud-coréen (KRW)
ReligionSans religion 56 %, protestantisme 20 %, bouddhisme 16 %, catholicisme 8 %
Du « miracle du Han » à Squid Game

Péninsule divisée en 1945 (zones d'occupation soviétique au nord, américaine au sud). La République de Corée est proclamée le 15 août 1948 (Syngman Rhee 1er président). Guerre de Corée (1950-1953) dévaste le pays — 2 M de morts, Séoul rasée et rependue 4 fois. En 1960, la Corée du Sud est aussi pauvre que le Ghana (PIB/hab. 80 $). Dictature militaire de Park Chung-hee (1961-1979 — coup d'État, assassiné) : industrialisation forcée, création des chaebols (Samsung, Hyundai, LG), autoritarisme. Après l'assassinat de Park, dictature de Chun Doo-hwan (massacre de Gwangju, mai 1980 — 200+ morts d'étudiants, traumatisme national). Juin 1987 : soulèvement démocratique, adoption de la 6e République (Constitution actuelle) avec élection directe du président. Alternances : Kim Young-sam (1993), Kim Dae-jung (1998 — Prix Nobel Paix 2000, Sunshine Policy avec le Nord), Roh Moo-hyun (suicide en 2009), Lee Myung-bak, Park Geun-hye (2013-2017 — 1re femme présidente, fille de Park Chung-hee, destituée 2017), Moon Jae-in (2017-2022 — sommets avec Kim et Trump), Yoon Suk-yeol (PPP, 2022 — mars 2025). Loi martiale du 3 décembre 2024 : Yoon décrète la loi martiale à 22h30, envoie des troupes occuper l'Assemblée — parlementaires sautent les grilles, votent son annulation en 6h ; Yoon destitué le 14 décembre 2024, confirmé par la Cour constitutionnelle le 4 avril 2025, condamné à prison à vie pour insurrection le 19 février 2026. Lee Jae-myung (Parti démocrate/DPK) est élu président le 3 juin 2025 avec 49,4 %, investi le 4 juin.

§ 2 Géographie physique

Un pays de montagnes, bordé par trois mers

La Corée du Sud occupe 45 % de la péninsule coréenne, entre mer du Japon (« mer de l'Est ») à l'est, mer Jaune à l'ouest, et détroit de Corée au sud. 70 % de montagnes — chaîne T'aebaek longeant la côte est, chaîne Sobaek en diagonale. Point culminant : Hallasan (1 947 m) sur l'île volcanique de Jeju (UNESCO 2007). Plaines côtières étroites à l'ouest et au sud (où vit la population). Fleuve Han (Han-gang, 514 km — traverse Séoul, symbole du « miracle économique »), fleuves Nakdong (Busan), Geum (Gongju). Plus de 3 000 îles (principalement au sud-ouest — archipel de Jeolla). Climat continental avec influence de mousson : quatre saisons marquées, hiver froid et sec (-10°C possible à Séoul), été chaud et humide (30°C, mousson jangma juin-juillet), automne splendide (feuillage), printemps des cerisiers en fleurs (fin mars). DMZ au nord : 248 km de long, 4 km de large — frontière la plus fortifiée au monde, paradoxalement réserve naturelle (grues, ours, tigres signalés).

Ressources et risques

Pauvre en matières premières (pays entièrement dépendant des importations énergétiques — 95 %). Hydroélectricité limitée, nucléaire 30 % de l'électricité (25 réacteurs), renouvelables en essor. Risques naturels : typhons (août-octobre — Maemi 2003 : 135 morts ; Hinnamnor 2022 : 11 morts à Pohang) ; sismicité modérée mais réveil en 2016 (Gyeongju, magnitude 5,8 — plus forte depuis instrumentation) et 2017 (Pohang 5,5 — lié à une centrale géothermique enhanced). Pollution atmosphérique sévère (PM2.5 importées de Chine en hiver — « brume jaune » — et produites localement). Île de Dokdo (Takeshima en japonais) : rochers en mer du Japon revendiqués par le Japon depuis l'époque coloniale — contentieux diplomatique majeur, patrimoine national pour les Coréens.

§ 3 Population et sociétés

L'effondrement démographique record

Population ethniquement très homogène (~96 % Coréens, 3 % Chinois ethniques, 1 % autres — Sud-Est asiatiques, Japonais, Occidentaux). Urbanisation : 81 %. Séoul-Incheon-Gyeonggi (aire métropolitaine) concentre 26 M d'habitants (50 % de la population nationale sur 12 % du territoire) — une des plus fortes concentrations urbaines au monde. Taux de fécondité : 0,72 en 2023 (officiellement 0,78 en 2022) — record mondial absolu du taux le plus bas de l'histoire. Séoul : 0,55. Conséquences : population totale en déclin depuis 2021, chaque génération divisée par 3 tous les 30 ans à ce rythme, armée nord-coréenne deviendrait numériquement 5 fois supérieure d'ici 2070. Causes structurelles : coût de l'éducation (hagwon), pression scolaire/professionnelle, cherté du logement, inégalités genre, individualisation. Gouvernement dépense 270 Md$ en natalisme depuis 2006 — sans effet. Espérance de vie : 83,5 ans (parmi les plus hautes au monde). Vieillissement : 20 % de +65 ans en 2024, 40 % en 2050. Langue : coréen avec alphabet hangul (inventé en 1443 sous le roi Sejong le Grand — Hunminjeongeum, UNESCO 2007). Religions : 56 % sans religion, 20 % protestants (une des plus fortes implantations en Asie — méga-églises de Séoul), 16 % bouddhistes (surtout Sŏn/Zen coréen), 8 % catholiques (Kim Dae-jung).

§ 4 Économie des chaebols

La 13e économie mondiale

Success story économique sans équivalent dans l'histoire : de l'un des pays les plus pauvres du monde en 1960 (80 $/hab.) à la 13e économie mondiale aujourd'hui — le « miracle du fleuve Han ». Stratégie historique : développement par exportations, industries stratégiques, chaebols (conglomérats familiaux) champions nationaux. Les grands chaebols : Samsung (électronique — 1er fabricant mondial de smartphones, mémoires DRAM/NAND, 17 % du PIB coréen), Hyundai/Kia (automobile — 3e constructeur mondial avec Kia), LG (électroménager, écrans), SK Hynix (semi-conducteurs — 2e mondial derrière Samsung), Lotte (distribution), POSCO (sidérurgie). Les 10 premiers chaebols pèsent 60 % du PIB. R&D : 4,9 % du PIB — 2e ratio mondial (derrière Israël). Exportations : semi-conducteurs (20 %, 1er fabricant mondial avec Taïwan), voitures, navires (1er chantier naval mondial avec HD Hyundai), batteries Li-ion (LG, Samsung SDI, SK On), écrans, K-pop et contenus. Partenaires : Chine (1er, 20 %), USA, Vietnam, Japon, UE. Défis : dépendance aux exports (44 % PIB), concurrence chinoise, restrictions américaines (chips), croissance ralentie (2,1 % en 2024).

§ 5 6e République

République présidentielle

République présidentielle (Constitution de 1987). Président élu au suffrage universel direct pour un mandat unique de 5 ans non renouvelable — mécanisme anti-autoritaire hérité des dictatures. Assemblée nationale unicamérale (Gukhoe) — 300 membres élus pour 4 ans (253 au scrutin majoritaire + 47 à la proportionnelle compensatoire). Cour constitutionnelle (8 membres) — clé institutionnelle (destitutions Park Geun-hye 2017, Yoon 2025). Système partisan bipartisan : Parti démocrate de Corée (DPK) (centre-gauche, progressiste, Moon et Lee Jae-myung) vs People Power Party (PPP) (centre-droit conservateur, Park, Yoon). Polarisation extrême.

La crise de la loi martiale et le président Lee Jae-myung

Le 3 décembre 2024 à 22h30, le président Yoon Suk-yeol décrète la loi martiale à la télévision nationale, accusant l'opposition majoritaire de collusion « pro-nord-coréenne ». Troupes spéciales envoyées occuper l'Assemblée nationale et la Commission électorale. Des parlementaires escaladent les grilles pour entrer dans l'hémicycle. À 1h du matin, 190 députés votent la levée de la loi martiale (décision constitutionnelle contraignante). Yoon doit l'annuler à 4h30. Durée totale : 6 heures. 14 décembre 2024 : destitution par 204 voix sur 300. 4 avril 2025 : Cour constitutionnelle unanime (8-0) confirme la destitution. 3 juin 2025 : élection anticipée — Lee Jae-myung (DPK) remporte avec 49,4 % des voix contre Kim Moon-soo (PPP, 41,2 %) et Lee Jun-seok (Parti de la Réforme, 8,3 %). Participation record depuis 1997 (79,4 %). Investiture le 4 juin 2025, Premier ministre Kim Min-seok. Lee Jae-myung (né 1963) : ancien gouverneur de Gyeonggi, 3e candidature présidentielle gagnante après deux défaites, survivant d'une tentative d'assassinat (janvier 2024). Orientations : plus de dialogue avec la Chine et la RPDC, prudence vis-à-vis Tokyo et Washington. Yoon condamné à la perpétuité pour insurrection le 19 février 2026.

§ 6 17 régions

Organisation territoriale
TypeEntitésCaractéristique
1 ville spécialeSéoulCapitale, 9,5 M, siège des chaebols, Gangnam
6 métropolesBusan, Incheon, Daegu, Daejeon, Gwangju, UlsanBusan (2e port mondial), Incheon (aéroport), Ulsan (Hyundai)
1 ville spéciale autonomeSejongCréée en 2012, capitale administrative délocalisée
8 provinces (Do)Gyeonggi, Gangwon, Chungcheongbuk/nam, Jeollabuk/nam, Gyeongsangbuk/namGyeonggi = banlieue de Séoul (13 M), Gangwon = montagnes/Pyeongchang (JO 2018)
1 province spéciale autonomeJejuÎle volcanique, tourisme, UNESCO, sans visa

§ 7 Hallyu et K-culture

La vague coréenne mondiale

La Hallyu (한류, « vague coréenne ») désigne le rayonnement culturel sud-coréen mondial depuis les années 2000 — soft power le plus spectaculaire de l'histoire récente. K-drama : Winter Sonata (2002, succès pan-asiatique), Descendants of the Sun, Crash Landing on You, Squid Game (Netflix 2021 — série la plus regardée de l'histoire de Netflix avec 142 M de foyers, saison 2 en 2024, saison 3 en 2025). Cinéma : Palme d'or et Oscar du meilleur film pour Parasite de Bong Joon-ho (2019-2020 — 1er film non-anglophone à remporter l'Oscar), Park Chan-wook (Oldboy, Decision to Leave), Hong Sang-soo, Lee Chang-dong (Burning), Kim Ki-duk. K-pop : BTS (groupe le plus vendu au monde 2020-2022, hiatus service militaire 2022-2025), BLACKPINK (1er groupe féminin coréen à tête d'affiche Coachella 2023), NewJeans, TWICE, aespa, Stray Kids, SEVENTEEN. Industrie musicale coréenne : 12 Md$ en 2024, exportations culturelles dépassent celles de l'acier. Littérature : Han Kang — Prix Nobel de littérature 2024 (1re Coréenne et 1re Asiatique femme), auteure de La Végétarienne et Celui qui revient. Webtoon : industrie mondiale née en Corée (Naver Webtoon, Kakao Page). Gastronomie : kimchi (UNESCO 2013 — chou fermenté, plat national), bibimbap, bulgogi, samgyeopsal (poitrine de porc grillée), tteokbokki, jajangmyeon, soju (alcool national), makgeolli. Arts martiaux : taekwondo (sport olympique depuis 2000). Patrimoine UNESCO (15) : Bulguksa (Gyeongju), Jongmyo, Changdeokgung, Haeinsa (Tripitaka Koreana), Hwaseong, dolmens, grottes de Gangwon, villages traditionnels Hahoe et Yangdong, Jeju, Baekje.

§ 8 Enjeux contemporains

Défis 2025–2040
  • Crise démographique : fécondité 0,72 — record absolu mondial, effondrement de la population projeté (51 M → 36 M en 2070), militaires manquants face au Nord
  • Tensions avec la RPDC : abandon par Kim de l'objectif de réunification (déc. 2023), menace balistique croissante, alliance Pyongyang-Moscou
  • Relations USA : alliance stratégique, 28 500 soldats US, pression Trump pour augmenter la contribution financière, inquiétudes sur la crédibilité du parapluie nucléaire
  • Tensions Japon : contentieux historiques (femmes de réconfort, travail forcé), îles Dokdo/Takeshima, réchauffement Yoon mais incertitudes sous Lee
  • Rivalité Chine : 1er partenaire commercial mais rival stratégique, pressions sur les chaebols (THAAD 2017), Lee plus conciliant
  • Semi-conducteurs : Samsung et SK Hynix visés par les restrictions US, réorganisation chaînes mondiales, usines aux USA (Texas)
  • Inégalités : jeunes sans logement (Gangnam inaccessible), chômage des jeunes, suicides (#1 OCDE), dualisme marché du travail
  • Polarisation politique : fractures droite-gauche extrêmes, « Game of Thrones » politique (2 destitutions présidentielles en 8 ans)
  • Transition énergétique : 95 % énergie importée, nucléaire débat, décarbonation 2050
  • Hallyu : maintien du rayonnement face à la concurrence, industrie K-pop essoufflée ?
Un modèle sud-coréen au sommet

En 70 ans, la Corée du Sud est passée de l'un des pays les plus pauvres du monde à l'une des économies les plus avancées (R&D, IT, industries de pointe), l'une des démocraties libérales les plus actives (200+ députés escaladent le Parlement pour défendre la démocratie en décembre 2024), l'une des grandes puissances culturelles de la planète (Oscar, Nobel, Netflix-#1), une nation exportatrice qui pèse sur chaque continent. L'avenir se joue sur la démographie et la péninsule — le basculement 2025-2040 est crucial.