OrthodoxieLa « droite croyance » byzantine
Deuxième grande confession chrétienne, héritière directe de Byzance. Sans pape unique, elle se structure en Églises autocéphales liées par la foi, l'icône et la liturgie.
1Définition
L'orthodoxie (ou christianisme orthodoxe) est la deuxième plus importante confession chrétienne. Le mot vient du grec orthodoxos (« droite croyance » ou « juste glorification »). Elle se considère comme la continuatrice directe de l'Église des premiers conciles œcuméniques, avant la séparation avec Rome en 1054.
- 220-260 millions de fidèles dans le monde (estimations 2023).
- ≈ 11 % des chrétiens.
- Concentration géographique : Russie, Ukraine, Grèce, Roumanie, Serbie, Bulgarie, Géorgie, Éthiopie, Moyen-Orient.
- Russie : plus de 100 M d'orthodoxes, première Église mondiale par le nombre.
- Plus de 14 Églises autocéphales (autonomes) reconnues.
- Langue liturgique : grec, slavon d'église, arabe, géorgien, roumain selon les Églises.
2Le Grand Schisme de 1054
- Causes lointaines — divergences culturelles et politiques entre Rome (latin, empire d'Occident tombé en 476) et Constantinople (grec, empire byzantin persistant).
- Causes théologiques — querelle du Filioque (« et du Fils »), ajout latin au Credo sur la procession du Saint-Esprit. Non reconnu par l'Orient.
- Causes disciplinaires — pain azyme (Rome) vs pain levé (Constantinople) pour l'eucharistie ; célibat des prêtres (seulement à Rome) ; autorité universelle du pape (rejetée en Orient).
- 16 juillet 1054 — le cardinal Humbert de Silva Candida dépose une bulle d'excommunication sur l'autel de Sainte-Sophie contre le patriarche Michel Cérulaire. Celui-ci excommunie à son tour les légats romains. Schisme consommé.
- 1204 — sac de Constantinople par les croisés latins : blessure profonde.
- 1453 — chute de Constantinople, l'Empire byzantin disparaît.
- 1965 — les excommunications mutuelles sont levées par Paul VI et Athénagoras.
- 2016 — Concile de Crète (« Grand et Saint Concile »), première réunion panorthodoxe depuis des siècles, boycottée par plusieurs Églises dont Moscou.
3Doctrine orthodoxe
- Trinité — un seul Dieu en trois personnes, comme chez les catholiques. Mais sans le Filioque : l'Esprit procède du Père seul.
- Sept conciles œcuméniques reconnus (325-787). Les conciles latins postérieurs ne sont pas reçus.
- Théosis / divinisation — concept central : l'homme est appelé à être « divinisé », participer à la vie divine par grâce.
- Hésychasme — tradition contemplative du silence intérieur, prière de Jésus (« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur »). Théologie de Grégoire Palamas (XIVe s.) : distinction essence / énergies divines.
- Marie — Theotokos (« Mère de Dieu »), profondément vénérée, mais pas de dogmes équivalents à l'Immaculée Conception ou l'Assomption catholiques (ces mystères sont crus sans dogme formel).
- Icônes — reconnues comme théologiquement fondées depuis le VIIe concile (Nicée II, 787, contre l'iconoclasme).
- Pas d'infaillibilité pontificale — seul l'ensemble de l'Église, en concile, est infaillible.
- Pas de purgatoire au sens latin, mais prière pour les défunts reconnue.
4Les Églises autocéphales
L'orthodoxie ne connaît pas de chef unique équivalent au pape. Elle est organisée en Églises autocéphales (totalement autonomes) et autonomes, liées par la communion de foi.
| Église | Siège | Fondation / indép. |
|---|---|---|
| Patriarcat œcuménique | Constantinople (Istanbul) | IVe s. |
| Patriarcat d'Alexandrie | Alexandrie | Ier s. |
| Patriarcat d'Antioche | Damas | Ier s. |
| Patriarcat de Jérusalem | Jérusalem | Ier s. |
| Patriarcat de Moscou | Moscou | 1589 |
| Patriarcat de Serbie | Belgrade | 1219 / 1922 |
| Patriarcat de Roumanie | Bucarest | 1925 |
| Patriarcat de Bulgarie | Sofia | 927 / 1953 |
| Patriarcat de Géorgie | Tbilissi | Ve s. |
| Église de Chypre | Nicosie | 431 |
| Église de Grèce | Athènes | 1833 |
| Église d'Albanie | Tirana | 1937 |
| Église de Pologne | Varsovie | 1924 |
| Église de Tchéquie-Slovaquie | Prešov | 1951 |
| Église d'Ukraine | Kiev | 2018 (contestée) |
Le patriarche œcuménique de Constantinople est « premier parmi ses pairs » (primus inter pares), sans juridiction directe sur les autres Églises. Actuellement Bartholomée Ier (depuis 1991).
5Liturgie & spiritualité
La liturgie orthodoxe est d'une beauté solennelle et d'une richesse symbolique remarquables. Les deux liturgies principales sont :
- Liturgie de saint Jean Chrysostome — la plus utilisée, dimanches ordinaires.
- Liturgie de saint Basile — 10 fois par an (grandes fêtes, Carême).
- Liturgie des présanctifiés — en semaine pendant le Carême.
Durée habituelle d'une liturgie dominicale : 1h30 à 2h30. On chante tout ; pas d'instruments (à cappella). Les fidèles sont debout (pas de bancs traditionnellement).
- Iconostase — cloison d'icônes séparant le sanctuaire de la nef. Portes royales au centre.
- Encens omniprésent.
- Communion sous les deux espèces — pain levé trempé dans le vin, donné à la cuillère.
- Baptême par triple immersion, suivi immédiat de la chrismation (équivalent confirmation).
- Calendrier julien — encore utilisé par les Églises russe, serbe, géorgienne, Jérusalem. 13 jours de décalage avec le grégorien. Noël le 7 janvier.
- Prière de Jésus — tradition hésychaste, popularisée par les Récits d'un pèlerin russe (XIXe s.).
- Jeûnes — exigeants : Carême de 7 semaines, Avent de 40 jours, jeûne des apôtres, de la Dormition.
- Mont Athos — république monastique autonome en Grèce, 20 monastères, ≈ 2 000 moines, seul lieu saint orthodoxe sans présence féminine.
6Les icônes
L'icône (du grec eikōn, « image ») tient une place centrale en orthodoxie. Elle n'est pas une simple image pieuse mais une présence théologique : « fenêtre ouverte sur le divin ».
- Crise iconoclaste (726-843) — les empereurs byzantins interdisent les icônes. Des milliers sont détruites.
- 787 — IIe concile de Nicée rétablit les icônes : « la vénération de l'image remonte au prototype ».
- 843 — « Triomphe de l'Orthodoxie », fête du 1er dimanche du Carême.
- Andreï Roublev (≈ 1360-1430) — moine russe, auteur de la célèbre Trinité.
- École de Novgorod, Moscou, Crète — grands foyers iconographiques.
- L'iconographe est un écrivain d'icônes, non un peintre libre : il suit des canons stricts.
- Techniques : bois de tilleul, enduit de craie-colle, peinture à l'œuf (tempera), feuille d'or.
7Aujourd'hui
- Renaissance post-soviétique — après 1991, relance massive en Russie, Ukraine, Roumanie. Reconstruction de cathédrales, monastères.
- Schisme en Ukraine — en 2018, le patriarcat de Constantinople accorde l'autocéphalie à une nouvelle Église d'Ukraine, créant une rupture avec Moscou. Aggravée par la guerre depuis 2022.
- Tensions Moscou-Constantinople — querelle de primauté.
- Diaspora — églises orthodoxes en Europe occidentale, Amériques, Australie.
- Dialogue avec Rome — progrès depuis Vatican II, mais obstacles persistants.
- Présence culturelle — en Europe de l'Est et en Russie, l'orthodoxie joue un rôle identitaire et politique majeur.
- Débats internes — rôle des femmes (diaconesses), mariage des évêques, calendrier.