MARCHÉS BOURSIERS
// Structure, valorisation, risque, dérivés — les marchés financiers dans leur complexité.
§ 1 Structure des marchés financiers
- Marché primaire : émission de nouveaux titres (IPO, augmentation de capital, émission obligataire). L'entreprise reçoit directement les fonds.
- Marché secondaire : échange de titres déjà émis entre investisseurs. La liquidité est assurée par les teneurs de marché (market makers).
| Bourse | Pays | Capi. (2024) | Indice principal |
|---|---|---|---|
| NYSE | États-Unis | ~$27 000 Md | Dow Jones, S&P 500 |
| NASDAQ | États-Unis | ~$25 000 Md | NASDAQ Composite, NASDAQ-100 |
| Tokyo Stock Exchange | Japon | ~$7 000 Md | Nikkei 225, TOPIX |
| Shanghai/Shenzhen | Chine | ~$9 000 Md | SSE Composite, CSI 300 |
| London Stock Exchange | Royaume-Uni | ~$4 000 Md | FTSE 100 |
| Euronext Paris | France | ~$3 500 Md | CAC 40 |
Le carnet d'ordres centralise les ordres d'achat (bids) et de vente (asks) triés par prix. Le spread (écart achat/vente) est la différence entre le meilleur ask et le meilleur bid. Types d'ordres :
- Marché (Market order) : exécution immédiate au meilleur prix disponible
- Limite (Limit order) : exécution uniquement à un prix spécifié ou meilleur
- Stop (Stop order) : déclenché quand le cours atteint un seuil
- Stop-limit : combinaison : stop déclenche un limit
- Iceberg : ordre massif partiellement masqué (seulement la "pointe" visible)
La cotation peut être continue (Euronext Paris pour les grandes caps) ou par fixing (petites caps, une ou deux cotations par jour). Le mode d'ouverture se fait par fixing : accumulation des ordres puis détermination du prix d'équilibre maximisant le volume échangé. Les seuils de réservation (±2%, ±5%, ±10%) suspendent les cotations en cas de variation excessive.
§ 2 Actions et indices boursiers
Une action représente une fraction du capital d'une société anonyme. Elle confère :
- Droit aux dividendes (part des bénéfices distribués)
- Droit de vote en assemblée générale (1 action = 1 voix pour les ordinaires)
- Droit au boni de liquidation en cas de dissolution (rang subordonné)
- Droit préférentiel de souscription en cas d'augmentation de capital
$P_t$ = cours à la date $t$, $D_t$ = dividende versé en $t$.
- Pondéré par les prix : DJIA (Dow Jones) — somme des cours / diviseur ajusté
- Pondéré par la capitalisation flottante : S&P 500, CAC 40, MSCI — la plupart des indices modernes
- Équipondéré : chaque constituant pèse le même poids
Calculé depuis le 31 décembre 1987 (base = 1000), le CAC 40 regroupe les 40 plus grandes capitalisations françaises cotées sur Euronext Paris. Pondéré par la capitalisation flottante, il est revu trimestriellement par le comité scientifique des indices. En juin 2024, le CAC 40 dépasse pour la première fois les 8 000 points. Exemples de poids : LVMH (~10%), Total (~7,5%), Hermès (~6%).
§ 3 Analyse fondamentale
La valeur fondamentale d'une action est la valeur actuelle de tous ses dividendes futurs :
Modèle de Gordon-Shapiro (croissance constante $g$) :
$r$ = taux d'actualisation (coût des fonds propres), $g$ = taux de croissance perpétuel des dividendes.
$FCF$ = Free Cash Flow (flux de trésorerie disponible), $WACC$ = coût moyen pondéré du capital, $E/D$ = capitaux propres/dettes, $T_c$ = taux d'imposition.
| Multiple | Formule | Benchmark (secteur) |
|---|---|---|
| PER (P/E) | Cours / BPA | 15–25x (marchés développés) |
| PBR (P/B) | Cours / Actif net par action | 1–3x (dépend du ROE) |
| EV/EBITDA | Valeur d'entreprise / EBITDA | 8–15x |
| EV/Sales | Valeur d'entreprise / CA | 1–5x (maturité) |
| Rendement dividende | DPA / Cours | 2–5% (Europe) |
| Price/FCF | Cours / FCF par action | 15–30x |
Un marché est efficient si les prix reflètent instantanément et intégralement l'information disponible. Trois formes :
- Faible : prix reflètent l'historique des cours → l'AT ne permet pas de battre le marché
- Semi-forte : prix reflètent toute information publique → l'AF ne permet pas de battre le marché
- Forte : prix reflètent aussi l'information privée (insider) → personne ne peut battre le marché
§ 4 Analyse technique
- Les marchés actualisent tout (informations, anticipations)
- Les cours évoluent en tendances (primaire, secondaire, tertiaire)
- L'histoire se répète : les figures chartistes se reproduisent
| Indicateur | Formule/Description | Signal |
|---|---|---|
| Moyenne mobile (MA) | $MA_n = \frac{1}{n}\sum_{i=0}^{n-1}P_{t-i}$ | Croisement court/long = signal |
| MACD | EMA(12) − EMA(26) et signal EMA(9) | Divergence MACD/signal |
| RSI | $100 - \frac{100}{1+\frac{\text{gains moyens}}{\text{pertes moyennes}}}$ | >70 surachat, <30 survente |
| Bandes de Bollinger | $MA \pm 2\sigma_{20}$ | Contact des bandes = signal |
| Volume | Nb de titres échangés | Confirme ou invalide le mouvement |
| ATR | Average True Range | Mesure de volatilité, stops |
- Tête-épaules : figure de retournement baissier (pull-back sur la ligne de cou)
- Double sommet/creux : retournement baissier/haussier
- Triangles (ascendant, descendant, symétrique) : figures de continuation
- Drapeau / fanion : consolidation dans une tendance forte
- Chandelier japonais : doji, marteau, étoile du soir — retournements
Basés sur la suite de Fibonacci, les niveaux 23,6%, 38,2%, 50%, 61,8% et 78,6% d'un mouvement servent de supports/résistances. Le nombre d'or $\varphi = (1+\sqrt{5})/2 \approx 1.618$ est à la base de ces ratios. La validité empirique est débattue : ces niveaux fonctionnent en partie parce que de nombreux traders les utilisent (prophétie auto-réalisatrice).
§ 5 Produits dérivés
Une option donne le droit (sans obligation) d'acheter (call) ou vendre (put) un actif sous-jacent à un prix d'exercice $K$ à (option européenne) ou avant (option américaine) une date $T$.
Prix d'un call européen sur actif sans dividende :
$\Phi$ : fonction de répartition de $\mathcal{N}(0,1)$, $\sigma$ : volatilité implicite, $r$ : taux sans risque, $T$ : maturité.
| Grec | Définition | Usage |
|---|---|---|
| Delta $\Delta$ | $\partial V/\partial S$ | Couverture directionnelle (delta-hedging) |
| Gamma $\Gamma$ | $\partial^2 V/\partial S^2$ | Convexité, coût du delta-hedging |
| Theta $\Theta$ | $-\partial V/\partial t$ | Décroissance temporelle (time decay) |
| Vega $\mathcal{V}$ | $\partial V/\partial\sigma$ | Sensibilité à la volatilité implicite |
| Rho $\rho$ | $\partial V/\partial r$ | Sensibilité aux taux d'intérêt |
Un future est un engagement ferme d'acheter/vendre un actif à un prix $F_0$ fixé aujourd'hui, à une date $T$ future. En l'absence d'arbitrage :
$q$ = rendement de dividende ou rendement de commodité (convenience yield). Les futures sont standardisés et compensés par une chambre de compensation (CCP), éliminant le risque de contrepartie via les appels de marge.
§ 6 Gestion de portefeuille et risque
Pour un portefeuille de $n$ actifs avec poids $w_i$, $\sum w_i = 1$ :
La frontière efficiente est l'ensemble des portefeuilles offrant le rendement maximal pour un risque donné (ou risque minimal pour un rendement donné). La diversification réduit le risque total sans nécessairement réduire le rendement espéré.
À l'équilibre, le rendement espéré d'un actif est :
$R_f$ = taux sans risque, $R_m$ = rendement du marché, $\beta$ = sensibilité systématique. La prime de risque de marché historique (actions vs obligations) est d'environ 5–7% en Europe.
La VaR à 99% à 1 jour = perte maximale sur 1 jour avec probabilité 99%. L'Expected Shortfall (CVaR) est la perte moyenne au-delà de la VaR : $ES_\alpha = \mathbb{E}[L \mid L > \text{VaR}_\alpha]$. La VaR est requise réglementairement (Bâle III : 97,5% ES sur 10 jours).
| Ratio | Formule | Interprétation |
|---|---|---|
| Sharpe | $(R_p - R_f)/\sigma_p$ | Rendement excédentaire par unité de risque total |
| Treynor | $(R_p - R_f)/\beta_p$ | Rendement par unité de risque systématique |
| Jensen $\alpha$ | $R_p - [R_f + \beta_p(R_m - R_f)]$ | Surperformance vs CAPM |
| Information ratio | $(R_p - R_{bm})/TE$ | Tracking error normalisé |
| Calmar | $R_p / \text{Max Drawdown}$ | Performance ajustée au drawdown |
§ 7 Microstructure de marché
Le modèle de Glosten-Milgrom (1985) : le teneur de marché fixe le spread bid-ask pour se protéger contre les informed traders (informés). Le spread couvre :
- Coût d'inventaire (risque de position)
- Coût d'ordre (traitement, technologie)
- Composante adverse sélection : risque de trader face à quelqu'un de mieux informé
Le trading algorithmique haute fréquence représente ~50–70% des volumes sur les marchés actions US. Stratégies :
- Market making algorithmique : fournir de la liquidité en permanence
- Arbitrage statistique : exploiter les corrélations entre actifs liés
- Latency arbitrage : exploiter les différences de prix entre places (co-location)
- Momentum ignition : (illicite) déclencher des mouvements pour en profiter
La co-location (serveurs physiquement proches de la bourse) réduit la latence à quelques microsecondes.
En 36 minutes, le Dow Jones chuta de ~1 000 points (−9%), puis se rétablit. Enquête SEC/CFTC : déclenchement par un large ordre vente de futures S&P 500, amplifié par le retrait simultané des HFT du marché (évaporation de liquidité). Conséquence : introduction des circuit breakers individuels et des limit up/limit down rules.
§ 8 Finance comportementale
La finance comportementale (Kahneman & Tversky, Thaler) identifie des biais systématiques contredisant l'hypothèse de rationalité des investisseurs :
| Biais | Description | Effet sur les marchés |
|---|---|---|
| Excès de confiance | Surestimation de ses capacités prédictives | Sur-trading, bulles |
| Ancrage | Sur-pondération de la première information reçue | Prix qui collent au 52-week high/low |
| Aversion aux pertes | Pertes ressenties 2x plus que les gains (prospect theory) | Effet disposition, refus de réaliser |
| Confirmation | Recherche d'informations confirmant ses croyances | Chambres d'écho, bulles sectorielles |
| Herding | Suivre la foule plutôt que son analyse | Momentum, paniques, manies |
| Représentativité | Généraliser à partir de courtes séries | Chasse aux gérants surperformants |
Les individus évaluent les gains et pertes par rapport à un point de référence, avec une fonction de valeur en S :
Paramètres estimés : $\alpha \approx \beta \approx 0.88$, $\lambda \approx 2.25$ (coefficient d'aversion aux pertes). La distorsion de probabilité : les petites probabilités sont sur-pondérées, les grandes sous-pondérées.
- Effet momentum (Jegadeesh & Titman, 1993) : les gagnants à 12 mois continuent à surperformer à 3-12 mois
- Effet taille (small cap premium) : les petites capitalisations surperforment sur longue période
- Effet valeur : les titres à faible P/B surperforment (Fama-French 1992)
- Effet janvier : rendements anormaux en janvier, surtout sur les small caps
- Low volatility anomaly : les titres à faible volatilité surperforment les titres très volatils ajusté au risque
- Post-earnings announcement drift (PEAD) : dérive des cours plusieurs semaines après une annonce de résultats
La gestion active (stock-picking) peine à battre les indices après frais. Moins de 20% des fonds actifs surperforment leur benchmark sur 15 ans (SPIVA scorecard). La montée de la gestion passive (ETF, trackers) — BlackRock, Vanguard et State Street contrôlent collectivement ~$20 000 Md — soulève des questions de gouvernance d'entreprise et d'efficience informationnelle.