AristoteLe Philosophe encyclopédique
Disciple de Platon qu'il dépasse, précepteur d'Alexandre, fondateur du Lycée : le savant encyclopédique qui a donné à l'Occident sa logique, sa biologie et son éthique des vertus.
1Identité
Aristote (Aristotélēs, 384 - 322 av. J.-C.), surnommé au Moyen Âge « le Philosophe » sans autre précision tant il dominait la pensée, est un des plus grands savants encyclopédiques de l'histoire. Disciple de Platon pendant 20 ans, précepteur d'Alexandre le Grand, fondateur du Lycée, il a écrit sur à peu près tout ce que l'on peut savoir : logique, métaphysique, physique, biologie, psychologie, éthique, politique, rhétorique, poétique.
- Naissance : 384 av. J.-C. à Stagire (Macédoine)
- Mort : 322 av. J.-C. à Chalcis (Eubée)
- Père : Nicomaque, médecin du roi Amyntas III de Macédoine
- À 17 ans : entre à l'Académie de Platon
- De 343 à 340 : précepteur d'Alexandre le Grand
- En -335 : fonde le Lycée à Athènes
- Mort de Platon en -347 : quitte l'Académie après ne pas avoir été désigné successeur
2Le Lycée
En -335, Aristote fonde le Lycée, à l'est d'Athènes, près du temple d'Apollon Lycien. On l'appelle aussi école péripatétique (peripatos, « promenade ») car Aristote enseignait en marchant sous les portiques du gymnase.
Le Lycée se distingue de l'Académie platonicienne par son orientation plus empirique : observation de la nature, collecte de spécimens, classement systématique. Aristote disséqua plus de 50 espèces animales. Alexandre lui envoyait du fond de ses conquêtes des échantillons exotiques (poissons du Nil, animaux d'Asie).
3Œuvres & systèmes
Aristote aurait écrit environ 200 traités ; il nous en reste 47, soit environ un cinquième. Ce sont des cours rédigés (acroamatiques), par opposition aux œuvres « exotériques » plus polies mais perdues.
- Organon (logique) — Catégories, De l'interprétation, Premiers Analytiques, Seconds Analytiques, Topiques, Réfutations sophistiques.
- Métaphysique — sur l'être en tant qu'être.
- Physique, Du Ciel, De la Génération et la Corruption, Météorologiques.
- Biologie — Histoire des animaux, Des parties des animaux, De la Génération des animaux (fondateurs de la biologie).
- Psychologie — De l'Âme, Petits traités d'histoire naturelle.
- Éthique à Nicomaque, Éthique à Eudème, Grande Morale.
- Politique, Constitution d'Athènes.
- Rhétorique, Poétique.
4Métaphysique & causes
Contre Platon, Aristote refuse le « monde séparé » des Idées. Pour lui, l'essence d'une chose est dans la chose, pas hors d'elle.
Aristote explique tout phénomène par quatre causes :
- Cause matérielle — ce dont une chose est faite (le marbre de la statue).
- Cause formelle — ce qu'elle est (sa forme, sa définition).
- Cause efficiente — ce qui la produit (le sculpteur).
- Cause finale — son but, son pourquoi (décorer un temple).
Exemple : une statue. La cause matérielle est le marbre ; la cause formelle est la forme du dieu représenté ; la cause efficiente est le sculpteur ; la cause finale est le culte ou la beauté.
Autres concepts centraux :
- Acte et puissance — un gland est en puissance un chêne, en acte un gland. Le changement, c'est le passage de la puissance à l'acte.
- Substance (ousia) — « ce qui existe par soi », vs les accidents (couleur, taille, position).
- Moteur immobile — au sommet de la chaîne causale, un principe qui meut sans être mu : cause de tout mouvement. Repris comme « Dieu » par la scolastique.
5Logique & syllogisme
Aristote est l'inventeur de la logique comme science formelle. Pendant 2 000 ans, sa logique restera la seule existante, jusqu'à la révolution de Frege et Russell au XIXe siècle.
Forme canonique :
- Prémisse majeure : Tous les hommes sont mortels.
- Prémisse mineure : Socrate est un homme.
- Conclusion : Donc Socrate est mortel.
Aristote classifie toutes les formes valides (19 modes sur 256 combinaisons possibles) et leurs figures. Il formalise les principes logiques fondamentaux :
- Principe d'identité : A = A.
- Principe de non-contradiction : une chose ne peut être et ne pas être en même temps sous le même rapport.
- Principe du tiers exclu : A ou non-A, pas de troisième option.
6Éthique & politique
L'Éthique à Nicomaque (dédiée à son fils) fonde l'éthique des vertus. La question : qu'est-ce que le bonheur (eudaimonia) ? Réponse : une vie d'activité conforme à la vertu.
- Eudémonisme — le bonheur est la fin suprême de l'homme.
- Vertu comme juste milieu (mesotes) — le courage est entre la lâcheté et la témérité ; la générosité entre l'avarice et la prodigalité ; l'amitié entre la flagornerie et la misanthropie.
- Vertus éthiques — courage, tempérance, libéralité, magnificence, magnanimité, douceur, amabilité, véracité, esprit, justice.
- Vertus dianoétiques (intellectuelles) — sagesse pratique (phronesis), intelligence, science, art, sagesse théorique.
- Vie contemplative — la plus haute activité, propre à ce qu'il y a de divin en nous.
En Politique, Aristote définit l'homme comme zôon politikon (« animal politique »). Il examine 158 constitutions grecques, en tire une typologie des régimes (monarchie / aristocratie / république ; tyrannie / oligarchie / démocratie). Il préfère la politie, régime mixte où la classe moyenne prévaut.
7Héritage
Aristote a dominé la pensée occidentale pendant près de 2 000 ans :
- Philosophie islamique — Al-Farabi, Avicenne, Averroès commentent et transmettent Aristote.
- Scolastique médiévale — Thomas d'Aquin synthétise Aristote et la théologie chrétienne (Somme théologique, 1265-1274). Aristote devient « le Philosophe ».
- Renaissance — contesté par les humanistes (Ramus, Galilée), mais fondement de l'enseignement universitaire.
- Modernité — sa physique remplacée (Galilée, Newton), mais sa métaphysique et son éthique restent.
- XXIe siècle — retour de l'éthique des vertus (Anscombe, MacIntyre, Nussbaum, Foot) contre le kantisme et l'utilitarisme.