Voltaire

1Identité

Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet (1694-1778), est un écrivain et philosophe des Lumières, le plus célèbre intellectuel du XVIIIe siècle. Son œuvre monumentale (plus de 200 volumes) couvre tous les genres : théâtre, poésie, contes philosophiques, essais, histoire, correspondance (21 000 lettres conservées).

Fiche biographique
  • Naissance : 21 novembre 1694 à Paris
  • Mort : 30 mai 1778 à Paris (83 ans)
  • Père : François Arouet, notaire
  • Éducation : collège Louis-le-Grand (jésuites)
  • Pseudonyme : Voltaire (anagramme approximative d'« Arouet l. j. » — le jeune)
  • Compagne : Émilie du Châtelet (jusqu'à sa mort en 1749), puis sa nièce Marie-Louise Denis
  • Œuvre : 200+ volumes, 21 000 lettres, 50 pièces de théâtre

2Parcours & exils

Une vie de voyages et d'exils
  • 1717-1718 — 11 mois à la Bastille pour des satires contre le Régent.
  • 1718 — Succès triomphal d'Œdipe, sa première tragédie.
  • 1726-1729 — Exil en Angleterre après bastonnade par les hommes du chevalier de Rohan. Découvre Locke, Newton, Shakespeare, la monarchie parlementaire.
  • 1734 — Lettres philosophiques (ou Lettres anglaises) condamnées. Fuite à Cirey chez Mme du Châtelet (10 ans de vie commune).
  • 1745-1747 — Favori à la cour de Louis XV, historiographe du roi.
  • 1750-1753 — Séjour à la cour de Frédéric II de Prusse à Potsdam, qui se termine en brouille.
  • 1755 — S'installe aux Délices, près de Genève.
  • 1759 — Achète Ferney (Ain) à la frontière suisse : « sublime portier de la France ».
  • 1759 — Publie Candide, chef-d'œuvre littéraire.
  • 1778 — Retour triomphal à Paris après 28 ans d'absence ; y meurt quelques mois plus tard.
  • 1791 — Panthéonisation par la Révolution.

3Les grands combats

Voltaire a fait de l'écriture une arme. Trois grands combats :

Les affaires Voltaire
  • Affaire Calas (1762-1765) — Jean Calas, protestant toulousain, est roué vif pour avoir prétendument tué son fils qui voulait se convertir au catholicisme. Voltaire démontre l'innocence, obtient la révision et la réhabilitation posthume. Traité sur la tolérance (1763).
  • Affaire Sirven (1762-1771) — Même genre d'accusation. Sirven, averti par Calas, fuit à temps. Voltaire le fait réhabiliter.
  • Chevalier de La Barre (1766) — jeune noble abbevillois torturé et exécuté pour blasphème. Voltaire mène campagne contre la loi.
  • Lutte contre l'Inquisition, la torture, les superstitions religieuses, la censure.
  • « Écrasez l'Infâme » — mot d'ordre de sa correspondance (l'Infâme = l'intolérance religieuse).

Voltaire est l'inventeur moderne de l'intellectuel engagé. Il utilise sa célébrité, ses réseaux, sa plume pour infléchir le droit et les mœurs.

4L'œuvre littéraire

  • Théâtre — 50 pièces, le plus grand dramaturge de son temps. Zaïre (1732), Mahomet (1741), Mérope (1743). Son théâtre est aujourd'hui peu joué.
  • Contes philosophiques — forme qu'il invente. Zadig (1747), Micromégas (1752), Candide (1759), L'Ingénu (1767).
  • Épopée — La Henriade (1723), en l'honneur d'Henri IV.
  • Histoire — Siècle de Louis XIV (1751), Essai sur les mœurs (1756). Inaugure l'histoire des civilisations.
  • Philosophie — Lettres philosophiques (1734), Dictionnaire philosophique (1764), Traité sur la tolérance (1763).
  • Correspondance — 21 000 lettres (édition de la Pléiade en 13 volumes), monument de la prose française.

Candide ou l'Optimisme (1759) est son chef-d'œuvre : conte philosophique qui ridiculise l'optimisme leibnizien (« tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ») après le tremblement de terre de Lisbonne (1755). Fin célèbre : « Il faut cultiver notre jardin. »

5La pensée philosophique

Voltaire n'est pas un philosophe systématique comme Kant ou Hegel, mais un penseur critique et diffuseur :

Les positions voltairiennes
  • Déisme — il croit en un « horloger » (Dieu créateur et ordonnateur du monde) mais refuse les religions révélées.
  • Tolérance religieuse — pilier central de sa pensée. « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire » (aphorisme probablement apocryphe attribué par Evelyn Beatrice Hall, 1906).
  • Empirisme — influencé par Locke et Newton, préfère l'expérience au rationalisme cartésien.
  • Monarchie éclairée — préfère un roi réformateur à la démocratie (qu'il méprise comme « règne du peuple »).
  • Progrès — la civilisation peut s'améliorer par l'éducation et la raison.
  • Antisémitisme ambigu — certains textes cruellement hostiles au judaïsme, sources de controverses.

6Ferney & la vieillesse

De 1759 à 1778, Voltaire règne sur Ferney comme un véritable « patriarche » européen. Son château devient un lieu de pèlerinage pour tous les esprits éclairés d'Europe.

  • Il développe le village : manufacture de montres, agriculture, école. Ferney passe de 50 à 1 200 habitants.
  • Il y reçoit des visiteurs illustres (Casanova, Boswell) et correspond avec les souverains (Catherine II, Frédéric II, Louis XV).
  • Il publie à un rythme effréné et continue ses combats.

Son retour à Paris en février 1778 est triomphal : couronné au Théâtre-Français, reçu en héros après 28 ans d'exil de facto. Il meurt épuisé le 30 mai. Enterrement clandestin pour éviter un refus ecclésiastique.

7Héritage

Voltaire est le symbole même des Lumières françaises. Son influence est gigantesque :

  • Révolution française — panthéonisation en 1791.
  • Laïcité — son combat pour la tolérance est à la racine de la loi de 1905 en France.
  • Intellectuel engagé — figure inaugurée par lui, reprise de Zola (« J'accuse », 1898) à Sartre.
  • Théâtre — éclipsé au XIXe siècle par Hugo et les romantiques.
  • Conte philosophique — genre qu'il invente, repris par Diderot, Kundera, Calvino.
  • Anti-voltairiens — Chateaubriand, de Maistre, Barrès, Maurras l'ont honni comme père de la « France impie ». Pascal et Rousseau représentent le camp opposé.

Le « siècle de Voltaire » — 1715-1789 — désigne couramment le XVIIIe siècle philosophique français.