Simone de Beauvoir

1Identité

Simone de Beauvoir (1908-1986) est une philosophe, romancière, essayiste et militante française. Figure majeure de l'existentialisme et pionnière du féminisme moderne, elle est surtout connue pour son ouvrage monumental Le Deuxième Sexe (1949), qui a bouleversé la pensée occidentale sur la condition féminine.

Fiche biographique
  • Naissance : 9 janvier 1908 à Paris
  • Mort : 14 avril 1986 à Paris (78 ans)
  • Père : avocat
  • Études : Sorbonne, Normale Sup. Agrégation de philosophie en 1929 (à 21 ans, reçue 2e derrière Sartre).
  • Compagnon : Jean-Paul Sartre (rencontré à l'agrég. en 1929), relation ouverte toute leur vie
  • Enseigne : Marseille, Rouen, Paris (1931-1943)
  • Prix Goncourt : 1954, pour Les Mandarins

2Parcours & œuvre

Jalons
  • 1929 — Agrégation de philosophie (2e, derrière Sartre).
  • 1931-1943 — Professeur de philosophie en lycée.
  • 1943 — Premier roman, L'Invitée (thème : le trio amoureux avec Sartre et Olga Kosakiewicz).
  • 1945 — Fonde avec Sartre la revue Les Temps modernes.
  • 1947 — Pour une morale de l'ambiguïté, premier grand essai philosophique.
  • 1949 — Le Deuxième Sexe (2 volumes), 22 000 exemplaires en 8 jours.
  • 1954 — Les Mandarins, prix Goncourt.
  • 1958-1972 — Mémoires d'une jeune fille rangée, La Force de l'âge, La Force des choses, Tout compte fait.
  • 1964 — Une mort très douce (sur la mort de sa mère).
  • 1970 — La Vieillesse.
  • 1971 — Signe le « Manifeste des 343 » pour la légalisation de l'avortement.
  • 1981 — La Cérémonie des adieux (sur la fin de Sartre).
  • 1986 — Enterrée près de Sartre au cimetière Montparnasse.

3Le Deuxième Sexe

Publié en 1949 en deux volumes (Les Faits et les mythes, L'Expérience vécue), Le Deuxième Sexe est un monument intellectuel de 1 000 pages qui analyse la condition féminine à travers l'histoire, la biologie, la psychanalyse, la littérature, la sociologie.

Thèses fondamentales
  • « On ne naît pas femme, on le devient » — phrase ouvrant le tome II, devenue emblématique. Distingue le sexe biologique de la féminité construite socialement.
  • La femme comme Autre — dans la pensée patriarcale, l'homme est le Sujet, la femme est définie par rapport à lui, comme l'Autre (elle est la femme de, la mère de...).
  • Immanence vs transcendance — les hommes sont poussés vers la transcendance (projets, créations), les femmes sont maintenues dans l'immanence (reproduction, répétition).
  • Critique de l'essentialisme — il n'y a pas de « nature féminine ». Tout ce qu'on appelle féminité est produit historique et social.
  • Libération — passe par l'autonomie économique (travail), l'éducation, la maîtrise du corps (contraception, avortement).

Le livre fut un scandale en 1949 (Mauriac appela à l'intervention du gouvernement, le Vatican l'inscrivit à l'Index). Il inspira en profondeur le féminisme dit de la « deuxième vague » des années 1960-1970 (Betty Friedan, Kate Millett, Shulamith Firestone).

4Existentialisme & engagement

Beauvoir appartient au mouvement existentialiste lancé par Sartre dans les années 1940. Son apport philosophique propre est majeur.

Pour une morale de l'ambiguïté (1947)

Répond à une objection faite à Sartre : si l'existentialisme affirme la liberté totale de l'individu, peut-il fonder une morale ?

Beauvoir répond : oui, à condition de reconnaître l'ambiguïté de la condition humaine (liberté et facticité, conscience et corps, moi et autrui). Ma liberté ne se réalise pleinement qu'à travers la liberté d'autrui. D'où l'engagement éthique envers la libération de tous.

Elle distingue plusieurs « attitudes » existentielles : le sous-homme, le sérieux, le nihiliste, l'aventurier, le passionné, et enfin l'homme libre qui assume l'ambiguïté.

Beauvoir refusait souvent d'être appelée « philosophe » (préférant se dire écrivaine), au profit de Sartre. Mais son œuvre éthique autonome et son analyse phénoménologique de l'oppression sont aujourd'hui pleinement reconnues en philosophie.

5Autobiographies & romans

Beauvoir est aussi une grande écrivaine. Son œuvre littéraire est abondante et diverse :

  • Romans — L'Invitée (1943), Le Sang des autres (1945), Tous les hommes sont mortels (1946), Les Mandarins (1954, Goncourt, sur les intellectuels d'après-guerre), Les Belles Images (1966), La Femme rompue (1967).
  • Autobiographies — cycle en 4 volumes : Mémoires d'une jeune fille rangée (1958), La Force de l'âge (1960), La Force des choses (1963), Tout compte fait (1972).
  • Récits existentiels — Une mort très douce (1964, la mort de sa mère), La Cérémonie des adieux (1981, la fin de Sartre).
  • Essais — La Vieillesse (1970), pendant du Deuxième Sexe consacré à l'âge.

6Féminisme militant

Après 1968, Beauvoir s'engage publiquement dans le mouvement féministe, qu'elle avait préparé sans en être immédiatement militante.

Combats féministes
  • 5 avril 1971 — Signe le « Manifeste des 343 » (dit « des 343 salopes » par Charlie Hebdo) dans le Nouvel Observateur, avec 342 autres femmes déclarant avoir avorté et exigeant la légalisation.
  • 1972 — Procès de Bobigny, soutien à Marie-Claire Chevalier.
  • 1974 — Présidente de la Ligue du droit des femmes.
  • 17 janvier 1975 — Loi Veil dépénalisant l'avortement.
  • 1977 — Fonde la revue Questions féministes.
  • 1981 — Nommée par Mitterrand présidente de la Commission « Femmes et culture ».

7Héritage

Simone de Beauvoir est aujourd'hui reconnue comme une philosophe majeure du XXe siècle à part entière (longtemps éclipsée par Sartre).

  • Féminisme mondial — Le Deuxième Sexe est la matrice de la deuxième vague féministe (Friedan, Millett, Greer).
  • Judith Butler — Trouble dans le genre (1990) prolonge la distinction sexe/genre de Beauvoir par la théorie performative.
  • Care, études de genre, théorie queer — héritières plus ou moins directes.
  • Études existentialistes — réhabilitation philosophique récente (Kate Kirkpatrick, Michèle Le Dœuff).
  • Prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes — décerné chaque année depuis 2008.
  • Pont Simone-de-Beauvoir à Paris (inauguré en 2006).